‹ Pédagogie à l'usage de l'enseignement primaireChapitre 14 sur 206 · Lhomond, préface da De viris · texte numérisé non relu

Lhomond, préface da De viris

et PÉDAGOaiH

sacré, »^ disait Pestalozzi; Montaigne avait dit avant loi, avec moins de solennité et non moins de sens : « Les jeux des enfants, où c'est nature qui parle, doivent être jugés non comme jeux, mais comme leurs plus sérieuses actions. » Gomment en effet (c s'accommoder à ces petites âmes », selon le mot de H. de Saci^ comment en prendre possession, si on ne les coo^ naît? Mais ici s'impose une condition particulière, sans laquelle on n'avancera pas dans ce travail de la psychologie de 1 enfant; il j faut une aptitude morale que ne suppléeni l'effort ni même la pénétration de l'intelligence, c II faut connaître les choses hu-> maines pour pouvoir les aimer; il faut aimer les choses divines pour pouvoir les connaître : » si ce mot de Pascal est vrai, ap* pliqué à la métaphysique, il ne l'est pas moins, appliqué à la science de l'éducation. C'est en quoi se distinguent éminemment les Pestalozzi, les P. Girard, les Frœbei; Rousseau, dont ils se faisaient gloire d'être les disciples, n'avait pas cette ouverture de cœur; mais on ne saurait faire le même reproche à Roliin, et surtout aux solitaires de Port-Royal, Ârnauld> Lan* celot, Tiilemont, Saint-Gyran lui-même, dont c'était la « dévotion de pouvoir servir les enfants », qui « aimait extrême^ ment toute sorte d'enfants ». Nulle part ailleurs, osons le ôm, et en aucun temps, le sentiment de la responsabilité profes* sionnelle, le respect pieux de l'enfance, n'ont été portés plus haut; nulle part la sollicitude n'a été plus éclairée, Tautorité plus tendre, la tendresse plus ferme, le dévouement plus ^ibsolo; nul autre qu'eux non plus n'a pénétré plus avant dans l'inconnu de l'Ame enfantine, n'en a éclairé d'une lumière plus vive les délicates profondeurs.

D'accord sur le but et le point de départ, l'est-on sur la m^ thode? Là encore, la pédagogie actuelle relève de Montaigne et de Rabelais. Leur méthode se peut résumer en un mot, l'action : qu'est-ce donc que l'homme, sinon un être né pour l'aetion? Au lieu de plonger l'écolier dans les livres, ils le ploi^ gent, en quelque sorte, dans la vie réelle par l'exercice simultané de toutes les facultés : nous n'apprenons pas à manier un cheval en regardant un écuyer, ni à chanter en écoutant im musicien; comment pourrions-nous c apprendre à bien parler et à bien juger », sans nous exercer à parler et à juger? Or, « à cet apprentissage, tout ce qui se présente à nos yeux sert de

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livre suffisant : la malice d'un page, la sotUae d'un valet, un propos de tsMe, te sont autant de nouvelles matières ^.. » A la promenade, «u jeu, à table, partout cet enseignoment peut trouver sa place. Gargantua et son gouverneur Ponacratès devisaient joyeusement ensemble, « parlant, pour les premiers mots, de la vertu, propriété, efficace (efficacité) et nature de tout ce qui leur était servi à table : du pain, du vin, de Teau, du sel, des viandes, poissons, fruits, herbes, racines, et de Tapprét dHcelles *, » On le voit, notre siècle n*a pas inventé les leçons de choses; on en trouverait encore la preuve chez Fénelon et chez l'abbé Fleury. C'est bien là le principe de la méthode intuitive et de cette dialectique qui conduit Tenfant, comme par degrés, du sensible au spirituel, du connu à Tinconnu, du particulier au général. Et ce n'est pas seulement une simple indication ; le procédé est expressément décrit dans les Essais : ce Nostre charge, ce n'est que redire ce qu'on nous a dit. Je voudrais que le maître corrigeât cette partie, et que de belle arrivée, selon la portée de l'ftme qu'il a en main, il commençât à la mettre sur la montré, lui faisant goûter les choses, les choisir et discerner d'elle même, quelquefois lui ouvrant le chemin, quelquefois le lui laissant ouvrir. Je ne veux pas qu'il invente et parle seul : je veux qu'il écoute son disciple parler à son tour. Sbcrate, et puis Arcesilaûs, faisaient premièrement parler leurs disciples, et puis ils parlaient à eux. Il est bon qu'il le fasse trotter devant lui pour juger de son train, et juger jusques à quel point il se doit ravaller, pour s'accommoder à sa force. A faute de cette proportion, nous gâtons tout. Et de la savoir choisir, et s'y conduire bien mesurément, c'est uner des plus ardues besognes que je sache. Et c'est l'effet d'une haute âme et bien forte, savoir condescendre à ces allures puériles et les guider... Qu'il ne lui demande pas seulement compte des mots de sa leçon, mais du sens et de la substance; et qu'il juge du profit qu'il aura fait, non par le témoignage de sa mémoire, mais de sa vie. Que ce qu'il viendra d'apprendre, il le lui fasse mettre en cent visages et accommoder à autant de divers sujets, pour voir s'il l'a encore bien pris et bien fait sien... C'est témoi-

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