Rabelais. GargantiM, liv. 1, ch. xxsn
gnage de, cradité et indigestion que de regorger la viande conune on Ta avalée : Testomac n'a pas fait son opération, s'il n'a fait changer la façon et la forme à ce qn'on lui avait donné À Caire... » Ce programme a été aussi fidèlement réalisé par les petites écoles de Port*Royal, quoique dans des conditions différentes , que par celles qu'ont inspirées ou dirigées Pestalozzi et Frœbel.
C'était plus qu'une réforme, c'était une révolution entraînant des conséquences multiples. La langue maternelle doit dès lors remplacer le latin; l'exemple en est donné, avec plus de succès que par Ramus, par Arnauld, Nicole, Lancelot, le P. Lamy de l'Oratoire, et suivi par Fleury et Rollin, tandis que les Jésuites conservent encore le iktin. L'esprit de l'enseignement change avec son instrument : on enseigne à lire aux enfants par le français et non par le latin, et Port-Royal, qui a l'honneur de cette victoire du hon sens sur la routine, invente la méthode de lecture qui porte son nom. Il ne faut pas dédaigner, je le répète, les collèges des Jésuites où l'on enseignait toujours en latin, mais qui étaient bien supérieurs à ceux de l'Université avant Roliin; mais qu'est-ce que la Grammaire latine du P. Alvarez, la Grammaire grecque du P. Gretzen, la Bhétorique de Gyprien Suarez, la Logique de Tolet, à côté des Méthodes^ connues encore aiyourd'hui, pour l'étude des langues latine, grecque, italienne, espagnole, à côté surtout de la Grammaire générale et raisonnée? Quant à Y Art de penser, à cette œuvre d'élite d'Amauld et de Nicole, elle est à la Logique de Tolet ce qu'est le Discours de la méthode de Descartes aux tristes productions* des derniers scolastiques. C'est encore Port-Royal qui, le premier, ajoute à l'étude des humanités celle de l'histoire, de ]a géographie, des mathématiques, de la jurisprudence K L'Orar toire marche dans la même voie; cette parenté entre l'Oratoire et Port-Royal s'explique par la commune influence du cartésianisme. L'Université de Paris, la plus lente à modifier les vieilles coutumes, entre à son tour dans le mouvement. Que si nous nous arrêtions maintenant au détail des procédés pédagogiques, nous verrions Arnauld, Lhomond, le P. Lamy préférer
1. L'abbé Fleury réclamait en outre Thistoire naturelle, des notions de science économique et même de science politique.
an livre la parole du maître, ce livre vivant; f^cole, recommander Tusage des cartes géographiques, des tableaux d'histoire, de tout ce qui parle aux yeux; Fénelon, conseiller pour lliistoire sainte la forme de Fentretien et du récit. Gharmei l'enfant, lui rendre la science aimable, voilà à quoi tendent tout ces maîtres sans distinction, Jansénistes, Jésuites, Oratorient Pascal comme Fénelon, RoUin comme Rousseau. M. Gréard a remarqué avec raison que nous avions eu avant Frœbel la riante idée des jardins d'enfants ^ Pestalozzi va trop loin quand il veut faire de l'étude un amusement. Le travail est chose sérieuse: il doit rester chose sérieuse, tout en devenant intéressant, attrayant même quelquefois. C'est là la note juste, à laquelle s'est fixé le bon sens français. Car l'absolue recherche de cet idéal pourrait bien aller contre le but môme de l'éducation : supprimer la peine et la difficulté du travail pour l'enfant serait une médiocre préparation aux difQcultés et aux peines de l'existence. Au reste, tranquillisons-nous, on ne les supprimera jamais assez pour que l'école cesse d'être l'apprentissage de la vie. Et si l'on se reporte aux traditions de la scolastique, on s'explique cette réaction unanime, plus qu'utile, nécessaire contre la discipline et la méthode du moyen âge, qui semblait avoir pris à tâche d'entourer l'étude de l'appareil le plus sombre, le plus répugnant, le plus propre à comprimer la naturelle expansion de Tâme et du corps; quand Montaigne appelle l'école de son temps une u geaule »; quand Rabelais appelle l'écolier un « forcez » (forçat), ils n'exagèrent que de peu; or l'enfant, qui est tout activité et dont l'activité se nourrit de gaieté et de lumière, a besoin d'essor et d'horizon.
Dans ce grand mouvement de la pédagogie française, quelle a été au juste la part de l'instruction primaire? Nous l'avons déjà constaté, il y avait assurément des écoles avant 1789 : petites écoles, écoles de charité, écoles du dimanche; mais elles existaient à l'état isolé, sans lien entre elles, surtout sans grande connaissance ni grand souci de la pédagogie. Les Etats générauis ^ s'en étaient pourtant inquiétés : en 1560, les Etats <l'Orléans ' demandaient au roi d'édicter l'obligation, c voulant qu'il y eût "
1. Elle est due à Bernardin de S&int-Pierre, Études de la tuUure, XIV* étude.
coatrainte et amende conti'e les pères et mères qui négitgeraieni' d'envoyer leurs enfants aux écoles. » Le n»ême vœu était renouvelé par rOrdre de la noblesse aux Etats de 1614, ce qati prouve que l'ordonnance de Henri IV, en 1598, était restée sanse£fet. Louis XIV reprit l'ordonnance de son aïeul; mais c'était à l'époque de la révocation de ré(Mt de Nantes, et à cette seule* fin d'enlever les enfants à leurs parï*ents protestants et de les^ faire élever dans la religion catholique. Il faut bien l*a.vouer,nul parmi les grands esprits du xv!®, du xviie et du xvni« siècle ne semble avoir eu souci de l'éducation populaire. L'écolier dont^ 8*inquiètent les novateurs, c'est l'élève des collèges et non celui des écoles : Ponocrates fait l'éducation d'un fils de roi, et Mon«j taigne prend cure de celle d'un fils de gentilhomme; Bossuet, Fleury sont des précepteurs de princes; Fénelon adresse à une grande damé son Traité de l'édùcatUm des fiUesiMme de Maintenon fonde Saint-Cyr pour des filles d'officiers nobles qui se sont honorés, mais non enrichis au service du roi. Rousseao lui-même, si voisin de la Révolution française et si justement^ à certains égards, revendiqué par elle, Rousseau suit les mêmes' errements : Emile a un gouverneur. Il l'écrit d'ailleurs en toutes lettres : « Le pauvre n'a pas besoin d'éducation; celle de 86n état est forcée; il ne saurait en avoir d'autre i. » La Ghalotais, ce magistrat qui réclamait une éducation nationale, ce gaIlîoaa> qui réclamait une éducation laïque (c'est-à-dire donnée par âei^ laïques], et qui paya de la prison les hardiesses de sa pensée^ Un Ghalotaîs pose en principe que « le bien de la société demanda que les connaissances du peuple ne s*étendent pas plus loin queses occupations »; et il ne se tient pas d'indignation contre lei Frères de la Doctrine chrétienne qui, en l'instruisant, «achèvent de tout perdre*. »
Ainsi tous pensent ou paraissent penser, comme l'auteur des Essais *, que si l'instruction est c un grand ornement et ua outil de merveilleux service », c'est « notamment aux personne» élevées », et « qu'à la vérité elle n'a point son vrai usage eii>