D'un mot grec qui signifie trouver
fait de cette maturité un fonds qui manque à Tintelligenee enfantine. Pestalozâ disait avec un grand sens : « Socrate inte^ rogeait des gens qui déjà possédaient abondamment de quoi répondre, » et il n'admettait pas comme unique et infaillible le procédé d'interrogations. Il faut ne demander à Tenfant que ce qu'il peut déjà savoir, partir toujours de faits bien connus, bien compris, et de telle nature qu'ils le conduisent aisément, par l'association des idées, à d'autres faits, dont le rapport soit assez apparent pour qu'il puisse l'apercevoir; si alors les questions sont naturellement graduées, il pourra y répondre et croira réellement avoir inventé telle ou telle vérité. Et, de fait, l'enfant qui arrive ainsi à résoudre par exemple un théorème de géométrie est un Euclide par rapport à ce théorème. Mais rien de plus de malaisé que de bien mener un exercice de ce genre, de ne pas excéder la mesure des interrogations possibles, de ne pas rester en deçà, de conserver le mouvement et la vie à un exercice qui dégénère si vite en une récitation machinale. Là est le plus grand danger : on retombe dans le questionnaire, où se cantonnent paresseusement le maître et l'élève, et, au lieu d'une gymnastique fortifiante, on n'a plus qu'un mécanisme en quelque sorte artificiel ^ C'est recueil oh est venue échouer dans la pratique, et surtout dans la pratique des disciples, la méthode de Pestalozzi lui-même. Je ne m'arrête pas ici sur les interrogations d'une autre sorte qui sont usitées partout, et qui sont un moyen de s'assurer que l'élève a retenu ce qui a été enseigné ; ce sont plutôt des répétitions ou une forme particulière de récitation.
Nous n'avons pas encore parlé de la méthode dite intuitive; mais ne l'avons-nous pas décrite ? En quoi consiste*t-elle, sinon dans l'appropriation de tous les procédés d'enseignement à la nature des facultés intellectuelles et à leur développement spontané?
Toutefois il faut dire que la dénomination de méthode intuitive n'est pas d'une exactitude rigoureuse et pourrait prêter à l'erreur. Le mot intuition ^ signifie littéralement connaissance
4. C'est le défaut de la méthode dite catéchétique, laquelle n'est d*aUleurs qu'un simple procédé, étendu de l'enseignement religieux (catéchisme) à toutes sortes de sujets.
5. Du latin tueri, «i, regarder intérieurement, regarder en soi-même.
soudaine et indubitable, comme celle que la vue nous donne de la lumière et des formes extérieures, mais connaissance dont Tobjet est en nous, et non en dehors de nous comme dans le phénomène de la vision sensible. L'esprit aperçoit la vérité, il en conçoit la notion, mais toujours d'une manière spontanée^ sans réflexion, sans raisonnement, sans effort* L'idée de mé» thode, qui emporte nécessairement avec elle l'idée de travail intellectuel, parait donc au premier abord peu conciliable avec la nature de la connaissance intuitive. Les pédagogues allemands, qui ont introduit le mot dans la langue pédagogique, l'ont détourné (sauf de respectables exceptions), sur la foi d'un de leurs philosophes, Kant^ de son acception primitive et traditionnelle ; ils en ont fait exclusivement et abusivement, le synonyme de connaissance sensible et empirique. Veut-on donner à ^ un enfant l'idée des sept couleurs du prisme? On les met devant lui, il n'a qu'à ouvrir les yeux. Le malheur est qu'en réalité il n'y a pas là intuition, mais perception par le moyen des sens ^ ; ce n'est que par analogie qu'on étend à cette classe de connaissances l'idée de connaissance intuitive. L'analogie admise, il n'y a en effet nul effort à faire de la part de l'enfant : il lui suffit de regarder pour avoir une notion. Si toute l'éducation de l'âme humaine ou même de la pensée seule tenait dans l'éducation des sens, et si l'éducation des sens elle-même ne supposait pas quelque chose de supérieur aux facultés et aux procédés empiriques, nous pourrions adopter la théorie allemande, qui est un peu aussi la théorie anglaise et américaine, en un mot celle de tout système d'éducation exclusivement utilitaire. Nous retenons l'intuition sensible, le mot et la chose, comme un poiùt de départ excellent, nécessaire, que rien ne saurait remplacer, mais nous n'enfermons pas l'intuition dans ce cercle étroit ; pour nous, elle n'est pas seulement un exercice des sens, mais un exercice de l'intelligence et de la raison : elle part du monde sensible, mais elle le dépasse bientôt pour s'élever à ce qu'on appelle le monde intelligible, c'est-à-dire le monde des idées qui échappent à la prise des sens et que la raison seule peut concevoir. Toutes les fois que, pour conduire Tesprit de l'enfant à un degré plus élevé de connaissance, on se sert d'un
i. Vdy. !'• partie, eh. II,
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fait connu, d'une notion acquise pour aller à quelque chose d'inconnu, renseignement est intuitif. Cette marche parait avoir plus d'affinité avec l'induction qu'avec la déduction, avec l'anaïjse qu'avec la synthèse ; mais elle n'exclut aucune de ces méthodes, aucun de ces procédés essentiels à l'esprit humain : elle les emploie tous^ «n temps opportun et selon les cas, pour atteindre son bnt, qui est de mener l'enfant vers la vérité, de la loi faire désirer, de la lui faire rencontrer» jusqu'à ce qu'enfin, face à face avec elle, il la reconnaisse d'un regard. '
Le mot de méthode intuitive ne signifie donc pas qae l'acquisition de la connaissance a toujours été spontanée et a'a nécessité aucun effort, mais qu'elle a été facilitée par le rejet de tout appareil inutilement dogmatique ; que l'esprÛ a été mis par les moyens les plus simples, les plus conformes k sa nature, en ^tat de saisir la vérité, d'être frappé de sa lumière, dans Tordre des idées morales et rationnelles aussi bien que dans Tordre des idées sensibles. La méthode intuitive est donc un ûtstrameui d'éducation et d'instruction tout à la fois* £t môme a-t-ou raison de la qualifier de méthode ? A vrai dire, c'est Tàma de la méthode vivifiant l'enseignement tout entier, sous Tiaspiration de la nature rile-méme, et nous devrons la retrouver ^^v^ chacune des différentes matières du programme.