Séiince du sénat du 10 juin
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attribationa. Le conseil de préfecture. — Le conseil général mode d'élection^ attributions. — Le budget départemental. Bâti ments départementaux, routes, chemins, canaux, etc. ; instruc tioa primaire, etc. »
Puis, sur la commune, deux leçons : t Le conseil nriunicipal mode électoral, attributions ; le maire, les adjoints ; le Ludge* commuuualy etc. » Enfin, quatre ou cinq leçons intitulées Notion: d'économie politique : «Production de la richesse. Les agents d< la production, la matière, le travail, l'épargne, le capital, la pro priété. — Circulation et distribution des richesses. L^échange, li monnaie, le crédit, le salaire et l'intérêt. — Consommation de la richesse. Consommations productives et improductives, la question du luxe. Dépenses de l'Etat, l'impôt, le budget, l'emprunt. ^
« Qu'est-ce que cela prouve ? dit en terminant le Ministre. Cela prouve que nous entendons par enseignement civique, non point une discussion théorique ou une polémique quclconqn 9e rattachant aux divisions des partis dans notre pays, mais tout simplement des notions descriptives, à vrai dire, sur tous ce& ordres de choses qu'il est aussi imprudent qu'impossible, dans un pays de soiTrage universel, de dérober à la connaissance de la jeoneasQ. »
L'enseignement de la morale est une chose, renseigne ment moral en est une auti'e : le premier suppose un coins suivi, une exposition dogmatique; le second se mêle à toot, ressort de tout ce qui constitue la vie scolaire. En louant ou en blâmant ses élèves, en les habituant à l'obéissance, à la bonne tenue, à la dignité personnelle^ en leur faisant aimer ou d« moins accepter de bon cœur le travail et la règle, en dévelop* pant leurs bons sentiments à l'égard les uns des autres, It maître donne un enseignement moral-, de même, en faisan! une leçon de lecture, de grammaire, d'histoire, môme de cafcol ail choisit bien le texte de la leçon ou le sujet du devoir, sH^ en tire occasion d'observations utiles, et surtout s'il sait Iei> placer à propos.
Il faut éviter tout ce qui ressemble à la prédication, insinuar: les vérités morales et ne pas se flatter de les imposer par au* torité; saisir le moment rapide et quelquefois unique où U
réHexiaa lancée oatureilement ei saus. effort portera eoup, ne pas trop appuyer, n'introduire dans ces petites âjnes que ce qa'elles peuvent porter. Les maîtres de Port-Royal, .Fénelon,, Rollixiy excellaieni dans cet art difûcile. Voici un exemple de la manièce dont procédait Tillemont». l'un des..maltfes des Petites écoles : « U rendait raison de tout aux enfants,, même aux plus petits; il ne leur imposait jamais par autorité. Il leur disait toujours quelque cliose d'instructif quand l'oceasion s'en présentait» II s'appliquait surtout à leur donner une idée de leur âme, pour leur faire concevoir quelque chose de spirituel^, et les éleyer par là à Dieu. U tirait des raisons et des comparaisons de tout ce- qui se présentait. Il demandait quelquefois, à de jeunes enfants qoi gardaient des vaches, comment de si gros animaux se laissaient conduire par eux, qui étaient si petits. II tâchait de leur faire comprendre par là qu'il fallait donc qu'il y eût en eux qael<|ue chose de plus noble et de pli& élevé qu'en ces bètes^ et que e'était leur àme, et qu'elle était plus excellente que La soleil et que tout ce qu'il y a de plus heau au monde, mai» que le péehé la défigurait et la rendait plus difforme que les plus horribles hôtes : par là, il cherchait à leur inspirer de l!horreur pour le mal... » C'est la leçon de choses avec sa niorale; c'est de Véducoiion, Fénelon recommande « les instructions indireeies »„ celles qu'on adresse comme à côté et qu'on n'a pas l'air d'avoir cherchées. Telles sont celles qui ressortent des leçdns de choses, des exercices de lecture et de récitation, de l'enseignement de l'histoire comme aussi des circonstances de la vie réelle. Les réÛe^iions morales qui se présenteront d'elles-mêmes, naturellement, dans une situation donnée, prodniroBt une impres6i<m vive et peut-être durable. Ainsi, le spectacle de maux causés par l'imprévoyance, par des inimitiés et des querelles, par la perte du temps, fera sentir le prix de la prudence, de l'union, du trarail, poiur peu que les enfants aient déjà quelque capacité de réflexion.
Les entretiens de Mme de Maintenon * avee les jeunes filles de Saint-Gyr fom^nissent quelques exemples de ce genre de leçons. Un jour que la nouvelle d'une victoire remportée par nos armes
1. LeUres et entretiens snr l'étkucatUm des flle^^ par Mme de Maiatenon, X, u, p. 44-46, 97 et ailleurs.
leur avait tait pousser des cris de joie, elle leur demanda pOQ^ quoi elles étaient si joyeuses. Chacune répondit à sa façon : « que cela acheminerait à la paix ; que c'était autant d'ennemis de moins ; que cela relèverait le courage de nos troupes et abattrait cehii des ennemis; que le peuple en serait soelagé... » Les obliger ainsi à réfléchir, à chercher et à fonnukr les motifs précis du sentiment qu'elles éprouvaient, c'était m enseignement d'une portée morale. Un autre jour, qu'elle leur reprochait leur peu d'application, elle leur dit en passant que tout le monde travaille, a ses peines, ses devoirs ; et elle lev cite le roi qu'elle voit « passer toute la journée dans son ei- ^inet à faire des comptes, s'y casser la tête, chenâier, reconh mencer plusieurs fois, ne les quitter point qu'il ne les ail achevés ; tenir plusieurs conseils par jour, où l'on traite d'iff aires très-sérieuses, souvent fâcheuses..; » le ministre Ghamillard, qui c< est dans un travail continuel, qui ne saurait voir a famille, qu'il aime passionnément, parce qu'il n'a pas un m»' ment à lui donner, et que pourtant on croit très-heureux... >• Si personne, même parmi les puissants de la terre, n'est ex«^i< de peine, c'est donc une loi commune à laquelle il faut se soumettre.
Les contes, les récits, les biographies qui mettent en lumièrt des qualités élevées sont des instructions morales indiredes, pourvu qu'on les présente avec discrétion et qu'on n'aille pas en écraser pesamment le mobile cerveau des enfants. Voc voulez leur inspirer le respect de la vérité et rhorreur éa mensonge ? Leur dire que le mensonge est honteux, leur faire lire cette maxime inscrite sur les murs de la classe, ee n'est pfl là un moyen pratique. Lisez ou contez Tanecdote de Washingïn enfant, à qui l'on avait fait cadeau d'une hachette et qui n*eà rien de plus pressé que d'essayer son jouet. sur les arbustes di jardin paternel. Son père s'aperçoit des mutilations et denaande avec colère quel en est l'auteur ; l'enfant avoue plutôt que de nier la vérité, et le père lui pardonne. Irez-vous aussitôt après entamer un sermon : « Ceci, mes enfants, doit vous servir de leçon et vous montrer... » Gardez*vous en bien, ce serait peine perdue. Toutes les fois qu'un maître le prend sur ce ton, il pett être certain que l'imagination de son auditoire se met en vt- . cances et se promène partout ailleurs que dans. la classe.
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Demandez tout simplement si le petit Georges Washington a bien fait, s'il a été brave en aTOuant sa faate ; faites-lui honneur de sa franchise, et parlez d'autre chose. A la première occasion où un élève aura menti^ rappelez Thistoriette en deux mots ; demandez - lui s*il est content de lui-môme, s'il n'entend au dedans de lui aucune reproche : voilà une leçon, une vraie l43çon sur la conscience morale; elle aura tenu en. dix paroles et en cinq minutes, et n'en vaudra que mieux. S'agit-il de vanter les bienfaits du travail, de faire comprendre qu'il est réellement, comme on le dit, la source du contentement, du bienêtre, même de la fortune : lisez ou racontez des traits de la vie de Francklin^ de Stephenson et de cent autres*
L'instruction religieuse n'est plus donnée dans l'école, aux termes de la législation actuelle ; mais l'enseignement moral comporte, à quelque degré, un enseignement religieux ayant un caractère rationnel, car cet enseignement moral a un caractère spiritualiste, comme l'attestent le programme même du cours de morale dans les écoles normales, ainsi que le Rapport de la commission du conseil supérieur chargée de rédiger ce pro- ^amme.
L'idée et le sentiment du divin existent dans l'âme humaine, qui a besoin d'idéal. Développer le sens du divin, c'est développer les tendances supérieures de notre nature, non au point de vue d'une confession quelconque, mais au point de vue des vérités éternelles et communes de* la raison. La plus radicale des législations suisses, celle de Neuchâtel, définit aiosi la nature et le caractère de l'école, à cet égard : « L'instituteur ne doit pas se borner à donner à ses élèves des notions arides des sciences, mais il doit s*efforcer de tourner leur cœur vers toutes les choses bonnes, belles, morales. Il y a heureusement assez de points communs à toutes les confessions religieuses, la croyance à im seul Dieu, les principes éternels de la morale, et cette vertu suprême du chiîstianisme, la charité, pour qu'il ne soit pas restreint dans ses moyens éducatifs ^ »
1. M. Bain {Ouvrage citéy p. 307) considère renseignement religieux de la même manière ; c'est aussi Topinion de M. Compayré {Histoire critique
Ainsi eolendii, i'easeigiLNAest reKgiMiix, enonnci Teoseigoemeiii moral, a sa place xm pea poriaiitf ii esi donné de I& mim manièro ei se présente, pour aiwi direv 4s kdHmdrae. Qu'a lise, par exemple, ki Dielaration d'indépeiidaiH» qœ pubilai, le i jttiUei 1776, le premier Coii|ri*<^ des £tats-l}iiisy praïaii « le Ju^ suprême de TuniTers à témom de<la droitiMD dcsifitentions da penpie. des £tats*Ums »y ei flsdseant par ces insb: « Pour le soaâen de eette déclaratioi^ comptant d*ailkiin a la proteetion de la diTine Froif idenee» nousi engs^eoos aoleoDti' l^neot nos yie», nos biens et natre Isooneus sacré ; » est-il p» »ble de ne pas ressentir une religieuse émotion?
On demandait à Newton, ce grand savant qui a décooTerlli! lois de la gravitation universelle, de déniontrer l'existence <i' Dieu; il leva la main vers le ciel, en disant : Voyez! Quel adiifr rable spectacle, en effet, que celui du ciel étoile, et combien pli' admirable encore lorsque la science vient en sonder les mysi^ rieuses clartés ! Lamartine, dans un d§ ses poèmes, fait parité un instituteur qui explique ce spectacle aux enfants du village'
Le soir tombait; des eieox la 6oml)re proifondeur Laissait ]^loQger les yeux dans l'espace sans voiles, Et dans Tair constellé compter les lits d'étoiles.
Regardez, leur ditnl, ces mondes dont l'espcit ne> peut port^ le poids ; ils traverseixt l'espace, tournent sur eax-méiQSs, ^ cendent et remontent, en vertu de lois immuables, pendant b dm^ée des siècles :
Et, dans le firmament, ces milles cfaars saass roue l&ont portés sans ornière et rouleai sans esûeii. Courbons-nous, mes ^faats, c'est la force de Dieu.
Nous saisissons iei sur le vif la méthode iiituiti?e appM' non plus à l'enseignement seul, mais k l'éducation elte-B^ et serrant à aviver dans le cœur des enfants les lueurs Bocot^ indécises du sentiment moral et religieux. A ce point de ^
des doctrines de Véducation en France, t. II, p. 455) , de M. Buisson (C»»' férence faite aux instituteurs : Revue pédagogique de septembre 1878), fi''"^
rien de plus religieux que la science : « Le savant sincère, — et, par ce nom, nous n'entendons pas celui qui ne fait autre chose que calculer des distances, analyser des composés ou étiqueter des espèces, mais celui qui, à travers des vérités d'ordre inférieur, cherche des vérités plus hautes et peut-être la vérité suprême, — le véritable savant, disons-nous, est le seul homma qui sache combien est au-dessus, non pas seulement de la connaissance humaine, mais de toute conception humaine, la puissance universelle dont la Nature, la Vie, la Pensée sont des manifestations. » Restons sur cette conclusion de M. Herbert Spencer K
1. Véducation, ch. I, p. 84, — Depuis la publication de notre première édition a para le programme du Cours de morale dans les écoles normales, arrêté par le Gusseil supérieur de Tinstruction pabliiiue^ après «h remarqi»ble Rapport de M. Paul laoet *. Yoki la eosidaâiMi de ce* Rapport : « Nous avons terminé la morale théorique par le» sanctions wr^rieurcs, 1« i>ie future et Dieu-, et la morale pratique par les d^evoirs reRgîeux et lés sentiments religieux.. . Poor nous et pour la langue française, le mot laïque n& 8*oppose pas au mot religieux, mais au mot ecclésiasti<iue ; il y a une reli* gion laïque comme une religion ecclésiastique» et cette religion laïque^ si elle n'est pas pour nous la base de la morale, en est du moias le eevnmnement, par la mèire raison que neu» avons déjà déveleppée, et qoi eonsidère comm« postulat de toute éducation la distinction d'ane vie supérieure de l'âme et d'une vie plate, grossière et malfaisante; or cette vie élevée et supérieure, ce monde d'en haut doit être suspendu à quelque chose... L'idée de Dieu est le terme de la morale, le symbole supérieur et la condensation vivante de tout ce qu'il y a de grand, de noble et de saint parmi les hommes. »
* Rapport sur le programme d'tm cours de morale^ présenté au Conseil sapé- . rieur de l'instruction publique. — Décret et arrêté du 22 janvier 1881