Traité det études, liv. VI, l** partie, art
8. Lettres et entretiens sur Véducation des filles, t. I, p 274.
LA DISCIPLINE 49a
demain, et sa prévision des conséquences ne va pliis loin ; elle ne va même pas toujours jusque-là. C'est pourquoi Ton aurait tort de s'étonner de la fréquence de ses fautes, et d'attribuer à. celles-ci une gravité qu'elles n'ont pas toujours. Toute faute peut être qualifiée d'une manière absolue, par son rapport avec^ la loi morale, et d'une manière relative, quant à l'intention de celui qui la commet. Il en est de fort grosses en soi, qu'un enfant ne voit pas tdles, soit qu'il n'en ait pas compris la portée, soit qu'a n'ait pas eu la volonté de mal faire. On voit souvent des enfants étonnés d'être réprimandés ou punis, ne saisissant pas la raison du châtiment : c'est que la faute, qui existe pour nous, n'existait pas moralement pour eux. Dans ce cas, il faut réprimer le fait comme fait mauvais ou nuisible, non comme faute ; l'enfant s'est trompé, il n'a pas mal agi : c'est une distinction essentielle k établir.
Je ne dis pas que, toutes ces précautions prises, — et d'autres encore, — la discipline se fera comme d'elle-même. Le gouvernement des enfants n'est pas beaucoup moins laborieux que celui des hommes, et la tâche de l'éducation est une vraie tâche de gouvernement : il est dangereux de trop gouverner, il Test aussi de ne pas gouverner assez; un régime despotique est odieux, un régime paternel ne vaut que si le père a la main ferme. Il faut faire le bien de l'enfant de concert avec lui, et malgré lui, s'il ne s'y prête pas. Mais ce qui est certain, c'est que la discipline ainsi entendue est la seule — du moins quenous connaissions — qui ait souci de la nature et des destinées de l'enfant et de l'homme ^ Elle ne fera ni des révoltés ni des . esclaves ; elle fera, s'il plait à Dieu, des hommes libres et des hommes de bon sens, c'est-à-dire dignes d'être libres. Au point de vue de l'éducation morale, la discipline doit tendre à c& but : faire comprendre, accepter et respecter l'autorité. Il dépend du maître que la notion de l'autorité soit exacte ou faussée. Si elle se confond avec celle d'arbitraire et de despotisme, ' l'autorité n'est que le droit du plus fort [:
Notre ennemi, c'est notre maître;
si elle s'identifie avec la notion du droit, elle commande et ob-
i, Voy. 1" partie, ch. XI, p. 276-278.
lient le respect, ce sentiment dont la vie hmnaine ne Mniil se passer et qa*il convient d'inspirer de bonne heure à Tenkal Le respect n*est pas la serrilité, il en est tont l'opposé : c'ot l'hommage réfléchi rendn par une Tolonté libre à une ssqpèiiorlté morale ; il faut avoir soi-même une certaine râleur monk pour Ôtre capable de respect. Chez un enfant, c'est plus qnelt signe d'une habitude extérieure, c'est Tindîce dTune âme bte née et cultivée non seulement à la surface, mais josque dam se profondeurs.