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Ordonnance royale du 17 février

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institutions destinées à servir les vues politiques du gouyemement dont elles furent l'ouvrage », il était urgent ce de les cor* riger » et « de rappeler l'éducation nationale à son véritable objet, qui est de propager les bonnes doctrines... » En conséquence, il était statué que, pour tenir école, il suffisait d'un brevet de capacité du troisième degré, « accordé à ceux qui sa* vent suffisamment lire, écrire et chiffirer pour en donner des leçons » ; la connaissance de « Tortiiographe, de la' calligraphie et du calcul » n'était exigée que pour le brevet du deuxième degré, et celui du premier degré ou supérieur était réservé à ceux, en bien petit nombre , « qui possèdent par principe la grammaire fran^se et l'arithmétique^ et sont en état de donner des notions de géographie, d'arpentage et autres connaissances utiles dans l'enseignement primaire <. »

Telle est, très- sommairement résumée, l'histoire de notre instruction primaire de 1794 à 1833; les résultats des quarantedeux années comprises entre ces deux dates, les voici : nous n'avions pas plus de iO 000 maisons d'école; la population écolière atteignait à peine deux millions d'élèves inscrits, ce qui ne signifie pas élèves présents; la proportion des conscrits illettrés était presque de moitié (47,69 0/0); le budget de l'instruction primaire, qui n'existait pas sous l'Empire, qui était de 50 000 francs sous la Restauration, ne recevait encore que 1 600 000 francs en 1840,: sept ans après la loi de H. Guizot.

C'est qu'en effet l'œuvre de la Révolution française en cette matière s'est accomplie dans l'ordre des idées plutôt que dans l'ordre des faits, et les idées comme les fruits ont besoin du temps pour mûrir. A ne voir que les résultats matériels, on jugerait que la période révolutionnaire a été peu favorable au progrès de l'ioTstruction; les écoles qui existaient avant 1789, troublées ou supprimées brusquement, ne furent pas remplacées du jour au lendemain, et le niveau de l'instruction baissa momentanément, plutôt qu'il ne s'éleva, dans les dernières années du xvm« siècle et dans les premières du xix».

Lorsque. l'Université fut créée, elle fut heureuse de trouver l'institut des frères des Ecoles chrétiennes pour 'ses premières écoles primaires; mais pendant longtemps encore ces écoles

i. Ordonnance royale du 29 février 1816.

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restèrent entre lears mains, et, quoiqu'ils fussent en possee* «ion du mode d'enseignement simultané, la pédagogie demeure station naire, tandis qu'elle prenait à Fétranger un essor remarquable. Durant le premier tiers de ce siècle, les programmes de nos écoles ne comprenaient que les notions les plus indispensables des connaissances élémentaires; le mode individuel était encore en honneur parmi les « qui^re cinquièmes » des maîtres; l'autorité lui faisait la guerre 'sans oser le proscrire. Une curieuse circulaire de M. de Vatimesnîl, du 3i janvier 1829, porte que les récompenses ne seront accordées aux anciens instituteurs^ et l'exemption du service militaire aux nouveaux, qu'autant qu'ils appliqueront le mode mutuel ou an moins le mode simultané. 11 fallait une révolution pour abolir offi-ciellement la routine : le mode individuel fut interdit par M. Mérilhou, à la date du 13 décembre 1830, — ce qui ne veut pas dire qu'il disparut sur l'heure.

Pendant ce temps» la Suisse avait su inaugurer, dans l'établissement de Berlhoud et à l'institut d'Yverdon» dans les écoles de Fribourg. et de Luceme, de fécondes expériences pédagogiques; Fichte avait convié l'Allemagne à se régénérer par l'éducation et préparé les voies aux disciples de Pestalozzi; Laok castre avait donné à l'Angleterre la méthode qui porte son nom; Jacotot allait appliquer la sienne en Belgique. Je ne dis rien de l'Amérique, où le précepte : « Instruisez le peuple, » qui avait été le premier mot du fondateur de l'Etat de Pensylvanie, William Penn, en 168i, et le dernier mot du fondateur des États-Unis, Washington, n'a cessé d'être mis en pratique dans toutes les parties de l'Union américaine. Nous semblions avoir oublié ou ne vouloir pas nous souvenir des leçons de nos grands éducateurs : somnieil apparent, et doitt la loi de 4833 nous fit sortir, non qu'elle ait réalisé tous les desiderata. La Chambre des panrs, se rappelant sans doute les paroles de Royer-Goliard à la distribution des prix du concours général en 4848 \ avait émis un vote officiel en faveur de l'obligationy dont M. Cousin patronnait ardemment le principe. Ce fût en vain ; mais la loi de 4833 eut d'autres mérites. Sans oser im-

4. « Le jonr où la Charte fat donnée, rinstruction universelle fat promise, car elle fut nécessaire. »

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poier ni l'obUgaiion ni kS gratuité, elle a doté le pays d'an enseignement primaire encore trop restreint sans doote, mais honnête, sérieux, solide, et d'un caractère plus désintéressé, en ce qui touche à la politique, qu'il n'avait été auparavant et qu'il ne lut depuis. La première, elle a fait de l'instituteur un fonctionnaire public, un mjdmbre de l'Université, et, la première aussi, imprimé à l'enseignement primaire une véritable direction pédagogique. Avant elle, il y avait en France des écoles et des maîtres d'école : ces maîtres étaientrils des « pédagogues 9, dans l'originelle et respectable acception de ce mot? La pédagogie elle-même existait-elle, du moins comme science on comme art, dans l'école primaire?

Les circulaires de M. Guizot aux instituteurs, aux directeurs d'écoles normales, aux inspecteurs primaires, aux recteurs, sur l'application de la loi du 28 juin 1833; plus tard celles de M. Fortoul, de M. Rouland, de M. Duruy, de M. Jules Simon, sur le régime des écoles primaires et des salles d'asile, constituent, pour nous en tenir aux instructions ministérielles, un ensemble de documents authentiques dont la pédagogie française . pcfot à juste titre se faire honneur et dont, par une modestie singulière, elle semble ne pas apprécier suffisamment l'importance.

Et d'abord, le rôle de l'instituteur n'a jamais été mieux compris ni i^us exactement marqué que par M. Guizot : «1 Bien que la carrière de l'instituteur primaire soit sans éclat, bien que ses soins et ses jours doivent le plus souvent se consumer dans l'eneeinte d'une commune, ses travaux intéressent la société tout entière, et sa profession participe de l'importance des fonctions publiques. Ce n'est pas pour la commune seulement ei dans un intérêt purement local que la loi veut que tous les Français aequièreiU, s'il est possible, les connaissances indispensables à la vie sociale et sans lesquelles l'intelligence languit et quelquefois s'abrutit : c'est aussi pour l'Etat lui-même et 4lans l'intérêt public; c'est parce que la liberté n'est assurée et F^[alière que chez un peuple assez éclairé pour écouter en tonte circonstance la voix de la raison. L'instruction priquaire vniverselle est désormais une des garanties de Tordre et de la stabilité sociale ^ » Voilà pourquoi l'instituteur appartient à

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