y, Hugo, Les enfants, VI
^ 3. Gcéron Ta définie a nn parfait accord de sentiments sur les choses divines et humaines, joint à une bienveillance et à une tendresse réciproques: le plus beau présent, après la sagesse, que la divinité ait- fait à l'homme. Ce n*est pas Tiutérèt, c'est le bonheur d'aimer qui la fait paraître désirable. » (Dialogue sur l'amitié^ VL) — Cest à Aristote que remonte cette définition plus brève et devenue presque proverbiale : « Un ami est un autre nous-méme. »
qu'au pîus intime de notre être, q«*fl n^a pas besoin de mofitèlr à la surface pour s'attester. Que seulement Vbl patHe soit menacée, alors il fait explosion; la gloire nationale, à laquelle hier nous ne songions pas, est aujourdliui comtne te patrimoine privé de chacun de nous: ce lambeau d'étoffe attaché au bout d'une piqyje et qu'hier nous ne voyions pas, aujourd'hui nous le saluons en frémissant comme l'emblème sacré de îa patrie.
Par cela seul qull est homme, l'homme intéresse son sem^ blable : « Je suis homme ; rien de ce qui touche l'humanité ne m'est étranger. » Cette belle pensée d'un poète ancien exprime exactement la nature et l'origine dli sentiment qui a^ire les hommes les uns vers les autres, tout en comportant des nuances r nous ne nous bornons pas à aimer leanne d'Arc, nous la vénérons; nous admirons Socrate; nous plaignons an inoonnu malheureux; nous plaignons, tout en le condamnant, le misérafei» que la loi va justement punir. IMbrat est odieux, mais, qnani} il est assassiné, nous ne rexcluons» pas de notre pitié. La aym* pathie franchit toutes les , frontières. Qu'un désastre «viensM frapper un peuple même éloigné, nous ne nous denyandons pas s'il est de notre race ou de notre couleur; ce sont dès hommes qui souffrent, et cela suffît pour nous émouvoir. Dans ce sens, nous sommes citoyens de l'univers, comçie le disait Socrate. Mais n'exagérons rien. Dans les sociétés antiques, où régnait sans partage l'idée exclusive de la nationalité restreinte eller mjôme à la cité, où tout étranger était un barbare, un ennemi, la parole de Socrate est une des plus belles que le vieux monde ait jamais entendues. Mais le principe de la fraternité universelle, aperçu par la philosophie ancienne, vulgarisé par le christianisme, ne nous oblige pas à mettre sur le même rang les étrangers et nos compatriotes : aimons notre pays par-dessus tout, parce que nous avons envers lui des devoirs plus étroits. Ce prétendu amour de l'humanité qui se place au-dessus du patriotisme est une chimère, mais une chimère dangereme et pMifidis ccimuifiUi»» A. foroe d'aimer tout le monde, on n^aime per8oan«, et Ton se ééga^ de tous ks devoirs» La patrie pe^l dire à ces étranges philanthropes o» qir'Msceste dlit à PMlûift» :
Je vieux qu'on me distingue, et, s'il ftivt piarlor net,
L'ami du genre hamaia n'est point du tewt menfiàL ■*
LES SBflFTlMBEfTS 1-SI^
Les 8eiitini«n{s foe nous épronroas ain» BaÉmdkoMttt pour tt«« senfebimbles, nous (dm^as à p«n9er qu'ite les épn)tti/!eiiÉ pour QOitt; iicwis comploas sur «ne réeiprocilé fnd, si «lie Tenait ài manqaoa', nous aif^cteralt comme kt priratîoii d'un bvem. Sensibles à la bienveiliiaiiee d'antrul, nous attaafaons da ppix auzL signes estérieurs ^i k' nmfitfestevt ov qui même en tbimcKk lieu ^; nous en «ttackoirs surtout aruz marques d'cstiBie et à» considération. II n'est pas un homme qui puisse, «ins SDttffinr,. se passer de l'estime des autres hommes. L'amoor de la glioire e«t 1* pltts haute expression de ce sentiment : les pins graiiâ» hommes ftèprourent le plus Ttvemeiït eft sont soutentis par Ivi. a Les premiers feux de Faurore, dUt yauvenaiPgiMB, ne sonfr pftis si dioux que les premiers rayons de la gloire. »
To«9 les sentiments que nous veoens de passer en revue ont cela dte «ommun, qnMIs nous portent à faire tout le bien que Mim aurons le pouToir et Poceasion êe faire; la eonslitutioti^ même de notre nahire nous invite done à entretenir en notrs ces ailectioiis bienveîïisnntes, toujours accompftgtiées d'une émo* tion agréable, qui en est comme la récompense immifitfiate. Il en est t<)«it autrement désaffections malmllantes, groupées^sons te cairanlière général de rarrtipathie : la colère, la haine, la ja^ teusie, le mépns, le désir de la vengeant^e, la cniau<ié... Que ees tendanioss existent chez Thomme fisit, r«zpérience ne le déoMMitEe ^ue trop^ bemons-noas à ies éniimévtsr, «è dierchoBS BisintMiaBt, elHz l'svifasit, les premiers vestiges, puis les développcmcots grftdoris îles sentiments èoos ou mauvais.
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Le fMittt tnâuit a'aimfi d'i^MPd que 2ni; 4às qa'il ee sent esdeter, ii s'aime> et, quand il commence 4 aimer hors dç \m^ e'est toijypïurs par rapport à luL Ainsi son biberon, ses jouets; pvis ies anlmaii^ ces jouets viv«nts» qui flaJttent tous ses aeas 4 la fois, le toachter, la voe^ rouie» dont les m^^wramAots^ h» cnwy
I. • La i^}itfi8se it'mspire pas toiîjoors la bonté, Téquité, la complaisance, la gratitude ; elle en donne du moins les apparences et fait paraître Thomme au dehors comme il devrait être intérieurement» » (.La Bruyère, Caractères, ch. V.) *
la .vie répondent à ses mouvements, à ses cris, à sa vie propre pour en attester et en augmenter la puissance. Il les traite donc avec le même sans-façon que les objets inanimés, les torture, quand ils se laissent torturer, sans se douter qu'ils souffrent. Il est cruel sans le savoir. Il faut lui apprendre qu'il Test et lui apprendre à ne pas l'être, car l'enfant qui est cruel envers les animaux sera dur toute sa vie. C'est aussi une première leçon contre l'égoîsme.
La sympathie humaine s'éveille à son tour. Par elle, l'enfant s'élève dans la série des affections morales. Au début de ia vie, une sorte d'instinct l'entraîne aveuglément vers les êtres •qui l'entourent, le protègent, le font vivre ; il les aime pour lui-même et presque à son insu. Peu à peu, le sentiment de- Tient moins égoïste, le sentiment humain se fait jour : « Un enfant de douze mois, qui revient dans la maison paternelle après un mois d'absence, vit avec indifférence un chat bien connu se frotter sur sa robe en ronronnant. Il fit à peine attention au chien qu*il avait vu tous les jours dans la cour, avec lequel on l'avait laissé jouer quelquefois, et dont il disait très souvent le nom. Il fallut bien une dizaine de minutes pour qu'il redevint familier à l'un et à l'autre. Mais à peine vi1>il une bonne vieille servante venir de son côté, avant même qu'elle l'eût appelé par son nom, il rit et lui tendit les bras, en faisant de joyeux soubresauts. » Le même observateur rapporte encore l'exemple d'un enfant âgé de seize mois, qui, voyant son père se livrer à une aspersion hydrothérapique, se mit à pleurer à chaudes larmes, se rappelant sans doute la sensation fort désagréable qu'il éprouvait lui-même à être lavé ou baigné, puis alla prendre la chemise de son père pour la lui faire mettre ^
M. Dai'win, notant les premières manifestations de la vie morale chez un de ses enfants, a vu apparaître dès le deuxième mois les signes d'affection envers les personnes qui le soignaient et ■auxquelles il souriait. A cinq mois, l'enfant exprimait clairement ie désir d'aller dans les bras de sa nourrice. Vers un an, il savait exprimer son affection par des actes spontanés, par exemple en embrassant sa nourrice de retour d'une"* courte absence. j Quant à la sympathie, elle s'était manifestée dès Tâge de six