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de la patrie, maïs ils sont déjà capables de le ressentir, et il importe de Fentretenir dans lear cœur, non par des leçons en forme, mais par Tesprit de Fédacation tout entière. Il faut leur faire bien connaître d^abord la petite patrie, le lieu où ils sont nés ayec les souvenirs qui s'y rattachent, ensuite la grande patrie avec son histoire. L'enseignement de Thistoire nationale est l'enseignement patriotique par excellence.
La vie de relation, quoique bornée pendant l'enfance, a cependant un cadre assez laige pour permettre le développement de tous les sentiments sympathiques. L'enfant a bien des motifs de sentir et d'exprimer de la reconnaissance envers ses parents, ses maîtres, toutes les personnes qui l'aiment, le protègent, l'amusent, l'instruisent. Il a bien des occasions de faire preuve de bonté. Les animaux peuvent être reconnaissants, l'homme seul peut être bon. « Lorsque Dieu forma le cœur et les entrailles de l'homme, dit Bossuet ^, il y mit premièrement la bonté. La bonté devait faire comme le fond de notre cœur. » Ce germe précieux doit être cultivé, et cultivé par l'action, même à un âge où l'enfant ne se rend pas un compte exact des choses, en utilisant à la fois l'instinct sympathique et l'instinct d'imitation. Ainsi l'enfant ne comprend pas de bonne heure ce que c'est que pauvreté et aumône ; mais il faut lui faire faire l'aumône^ sans attendre qu'il sache au juste ce que c'est : il en prendra l'habilude, il connaîtra la pitié, cette douce lumière qui vient éclairer, réchauffer la nuit des misérables, et tous ces sentiments qui sont l'honneur de la nature humaine et que résume dans une collectivité expressive le beau mot à^humanité. Us s'élèvent quelquefois jusqu'au dévouement, jusqu'à l'abnégation : un enfant se jetant à l'eau pour sauver son camarade en danger d'être noyé n'est pas une de ces raretés qui ne se voient qu'une fois. Et, dans l'intérieur des familles, il y a plus d'une petite sœur qui se fait petite mère pour soigner, élever des enfants plus petits qu'elle. Il faut cependant reconnaître qu'en général l'enfance, très ouverte aux tendres et généreux sentiments, ne les porte pas jusqu'au désintéressement envers les personnes qui ne lui rendent pas la pareille, et qu'elle n'est pas tenue de le faire. C'est là une vertu d'homme fait.
i. Oraison funèbre du prince de Condé,
UES SSKTIMBNTS 145
Toute médaille a son revers : Tenfaoee, avee tous ses attraits^ a aussi ses vilains côtés, ses mauvais praichants.
On rencontre des naturels d'enfant qui manquent de sensibilité, « qui naissent politiques, cachés, indifférents, pour rapporter se crètement tout à eux-mêmes : ils trompent leurs parents, que la tendresse rend crédules ; ils font semblant de les aimer ; ils étudient leurs inclinations pour s'y conformer; ils paraissent plus dociles que les autres enfants du même âge, qui agissent sans déguisement, selon leur humeur; leur souplesse, qui cache une volonté âpre, parait une véritable douceur, et leur naturel dissi» mule ne se déploie tout entier que quand il n'est plus temps de le redresser. Ces par^its ne peuvent se résoudre à croire que leurs enfants aient le cœur mal fait : quand ils ne veulent pas le voir d'eux-mêmes, personne n'ose entreprendre de les en convaincre, et le mal augmente toujours ^. » S'aimer soi-même est chose naturelle, s'aimer uniquement est chose mauvaise ; celui qui con« centre sur lui-même toute sa puissance de sympathie n'en a plus au service de ses semblables : Tégoisme est le germe des affections malveillantes et de toutes les formes de l'antipathie. Ici, le rêle de l'éducation n'est plus de développer, mais de réprimer. Seulement, réprimer les mauvaises passions, cela revient encore à essayer de développer les bonnes, car il faut que les tendances passionnées de la natures aient leur emploi : c'est un cours d'eau qu'on fait dériver, mais qu'on ne supprime pas. Fénelon, qui a si délicatement analysé le défaut, suggère les moyens curatifs.
Le principal remède, dii-il; serait de « mettre les enfants, dès le premier âge, dans une grande liberté de découvrir leurs inclinations. D faut toujours les connaître à fond avant que de les corriger. Us sont naturellement simples et ouverts ; mais -si peu qu'on les gêne ou qu'on leur donne quelque exemple de déguisement, ils ne reviennent plus à cette première simplicité. n est vrai que Dieu seul donne la tendresse et la bonté de cœur ; on peut seulement tâcher de l'exciter par des exemples géné-
i. Féneloa, eh. Y, p. 26.
M ténàmsM
reux, par des maximes d'honneur et de désintéressement, par le mépris des gens qcd s*aime«t trop eux-mêmes. U faut essayer de faire goûter de bonne heure aux enfants, avant qu'ils aMBi |Mréa «itt» |maiÉii> simpdàdié ûfè» noweaieBls- les plas naturels, le plaMr d^tte niiliiS «ord&ait «I; 9écif»of[«e. H f«»l «oeoFo 1»9 Kmmt et Iwst «» qpi» r««itîé ïvae lêJilt imtfe^ pÊfOTfm ^ÊMà& aesMl pmni tro^ déplacéa 0« trop «réent»^ Il ftwl eoesn» qM^iw pMCMÉi (s^coiâosiii toajMVs : dk lies nMiftres) Imu* fWMiawit plein» d^wm smitsié skntew poar eux. Sbé» je^ ^mdjPiia ntntnctarénwafcvui à Fégttrd lies amis tout les «mipliMeflè>«a{MrÛQ8„taBtM^.lM démoastiaiiotts laintes d'iunâtié et 1MÉBS te ficaM uammaê par lnfBcll«B oa leac «nmgBe à >ipiB dei Taiiiei ^pacflMM.te pMUumesr qu'ils cbment aiwar. »
0«oi ftt'il cft siiè de Ivmr prkieipa,, les afféetâeiBft hh^v etllante» renélent cbis io» i^rfasÉt, eowMe i^im lat iMcames, è de& dçifréa diwis^ ia iotaie de le mMvuwiièy de la. eMem^ de. l'eme, de la jeLottsM^ 4e le «raii^» de la hanie, ete»
Quaad <hi n'aûne «{ne soi» gÂDéralenranft on ae s'ea tient pae eQ¥ers les «etites 4 ua éiei de iieiiltfaMté îadÂfficei^; dans TAge mûr, une grande exfiérieBce de la vie^iiiie aorte 4e. soipticisaké. pratifue peiwent ceadiûre à ee réauHat ; mais e'est trep de raffîoement pour renfeaeet qui esA priJiie''aaii&ièi}e jusque 4aii9 ses. manèges égoïstes». Ce qui g^ne renfaai» U Je baA ; leyez-le. battre même les c^bjets ÎASAÎméa» baltivs les animait et jus- <ïa*aux persoimes. Ces meoifestatioiis sei»t lou^ui^ aa débat, de la Tie, aoeompagaées de* colère ; plus tajpd» la méchampetè» la cruauté se tseduivonA psi; des eêtos rtf Mm» lisaidefiae«^i exécutés»
La colère est mie passion d'explosion et d'aceès.; les plue jemes eafaxits oot, pour û*'^ causes q^e To» ne devine pas te^jcMifîs è prewèro Y^ue, de e^s crises furieuses coeive lesgoellest les QAttrnees et les mi^tût n'elnploieni d*autres armes que les oareases, les ebaotSr U J]terceieee(L QiAwid la caese ea est. coDmie« il. y « d'aiitre» amym» éi teatar, mais sens céder & des fantaisies, 4 des cai^sices qii*oQ ne peoirait satisfaire qu'en, laissant prendre i la volonté et à Tespnt de eeorrissAn des habitudes daogei^uses. Qu'on me permette d'emprunter iw» exemple à un ouvrage bien profane pour être cité ici ; mais c'est que cet exemple est très- frappant par son exegération
LES msnmiBifTs i4T
même. Une petite fflBe, nommer Sihyfle, jwwnt dans les bras é& sa nonrritîe, se met tov/t à coup ft pousser â&s cm éte rage : eHeveut mie des étoifes qc^fell^ roit briifer ati ciel. La ovarnee efllu*ée propose de lui monter rm papier aflumé oq 'qtielq«te chose é'analo^e ; fc grand-pèi^e ^j oppose, parée que- ©a serait à !te fois tromper Fënfkist etr se soumettre à rnio* exigence insensée; bientôt sutyie d'autres semftftiWes, suMes e!fe»-m#tt«#' dbr colères nouvelles. Car Fenfttnt prend! facilement ITkabitade èb la coféré, et d9s lors firasefbfStér deyrent un des délits permanents de son caractère, d'abord parce qu'il n'a pas la force à lui setd de lutter eontre cette passion, en^ufte pflffce que, tout en étant précédée de sentiments pénibfes, eRe ae fftîsae pas d^tiro aèeompaçinée dians son exercice- d'un eertam pfaisir. Demmidec à f enfant qui crie, se débat, jette ou briso les objet» q«'d a soas h, main, s'il ne trouve pas un soo]te^>>ement dans ces mouvements désordonnés. Que ce plaisir devienne asser ttf poor compenser les inconvénients naturenement insèparabJJlBS de r«d^andon à une passion dominante, et voilft une nirftore émâ l'équil^re ne sera jamais assuré, une intellfgenee que la passioo obscurcira, une volonté qui ne ae possédera pas.
11- faut dkmc h tout prix empêcher que la colère ne dégénère en bali^ude : tonte Tinflaence des parents et des maîtres j suffit à peine. La conlt'aînte de leur présence n'est que momentanée; encore ne parvient-elle pas toujours ft contenir les explosions, et d^ailleurs fenfant frouve facilement les occasions de s'en délivrer. La première barrière à hri opposer est une attitude négative et expectante : rien ne déconcerte î'ewïportement c<Hnme le sang'-froid dés personnes qui en sont témoins, surtout si ce sang-froid est nuancé d'un caractère de surprise peînée et de désapprobation tacite côtoyant te mépris. La colère qui n'bst pas alimentée par dies reproches, qui ne rencontre devant etfe que le silence, se consume dans Te vide et s'use ene-méme. €e n'est qu'après l'accès qu'une intervention active est opportune. Le blâme est le moyen généra!', applicable ici comme ctans bien d*autres cas; Tappel au sentiment de la dignité personnefle, la considération des suites funestes de cette passion,
isont des moyens spéciaux. Mais le plus efficace de tous consiste k cultiver les sentiments sympathiques et affectueux. Le contraire de l'irascibilité est cette disposition qui nous porte à ou-
lèS PEDAGOGIE
blier le mal qu'on nous a fait ou que nous croyons qu'on nous a fait, pour ne songer qu'à celui que nous faisons aux autres.
La colère s*alUe aisément à la méchanceté : Tenfant en colère
veut du mal aux êtres qui sont la cause ou Toccasion de sa
colère, et, s*il peut leur en faire, il n'j manque pas. Là encore,
il faut craindre l'habitude. La pire forme que prenne alors
, ia méchanceté est celle d'une cruauté froide et réfléchie, qui est
i fréquente chez les enfants. Le plaisir de torturer des animaux
' et des êtres faibles et sans défense découle de cette source ; ce
penchant doit être réprimé, s'il le faut, avec la plus grande
sévérité. Quant aux souffrances infligées à des êtres qui peuvent
riposter, elles produisent immédiatement leur propre remède,
et la leçon donnée par les conséquences d'une mauvaise action
est des plus profitables. Lorsque l'enfant trouve à qui parler,
il apprend bien vite à réprimer son penchant à la colère et à la
eruauté ^
La jalousie parait de bonne heure chez le nourrisspn : Tiède* mann a observé que son fils, à Fâge de sept mois, se fâcha en voyant un enfant étranger sur le sein de sa mère; M. Darwin caressant une grande poupée devant son fils, âgé de quinze mois, celui-ci donna des signes non équivoques de mécontentement. Cette jalousie tout instinctive disparaît au fur et à mesure que l'enfant connaît mieux ses parents et comprend mieux l'amour qu'ils lui portent ; elle peut devenir réfléchie et par suite plus douloureuse, lorsque les parents ou les maîtres, soit par inadvertance, soit par une inégalité réelle d'affection, favorisent ou semblent favoriser un enfant au détriment des autres, ou l'exclure au contraire du partage de leurs bons soins. La souffrance infligée ainsi à de jeunes cœurs peut avoir les conséquences, les plus graves. Le seul moyen curatif est de témoigner en toute occasion à l'enfant qui l'éprouve une tendresse réelle et sérieuse. La même règle s'impose aux maiti^es et aux maltresses ; un écolier peut être jaloux d'un camarade mieux traité que lui : dans ce cas, il est excusable jusqu'à un certain point ; ou d'un camarade plus méritant : dans ce cas, il obéit à une mauvaise tendance contre laquelle le meilleur moyen de réaction est la culture des sentiments sympathiques
i, M. Bain, Ouvrage eUé, p. 54, 55.