Du mot latin cwra^ soin, inquiétade
2. Conrnot, Essai sur les f<mdements de nos connaissances, ch. 11.
LES SENTIMENTS i53
l'habitude d'observer avec quelque suite, c'est-à-dire déjà avec méthode, sans savoir ce que c'est que la méthode et sans avoir encore besoin de le savoir. Ainsi naît sans effort le goût des collections, qui commence à paraître chez les enfants vers sept ou huit ans et qui satisfait chez eux le désir de savoir, le besoin d'agir, le plaisir de posséder. Ce goût ne saurait être trop encouragé, non comme un but exclusif, mais comme un moyen d'instruction : plantes, insectes, minéraux, timbres-poste même, les matériaux ne manquent pas. Nous j reviendrons quand nous traiterons des leçons de choses.
Il n'est pas d'enfant qui, au retour de la classe, ne soit enclin à raconter ce qu'il a fait, ce qu'il a entendu, ce qu'a dit le maître ou la maltresse. Une petite fille qui ne sait encore rien à sept ans est mise à l'école ; chaque soir, elle rentre émerveillée en disant à sa mère, de chaque chose nouvelle qu'elle a apprise : « Encore quelque chose que je ne savais pas ! » Ces confidences toutes spontanées, et qu'au besoin un mot, un regard interrogateur suffiraient à provoquer, donnent aux parents, lotrsqu'ils en sont capables, une ouverture toute naturelle pour suivre et guider le développement intellectuel de leurs eslapts. Quant aux maîtres, elles ne leur seraient pas inutiles, si- elle^ parvenaient jusqu'à eux. J'ai toujours souhaité, étant professeur, de pouvoir connaître les réflexions de mes élèves après «haque leçon, convaincu qu'elles m'auraient fourni matière à améliorer m<m enseignement L'instituteur serait souyent étonné de voir, par les n^fs récits des écoliers, combien telle ehose Insignifiante à ses yeux a d'importance aux leur^, combien peu ils comprennent ce qu'il ne songe même pas à leur expliquer; les mots n'ont pas la même signification pour le maître et pour l'écolier ; ce qui intéresse l'un ne parait pas intéiiQssttiit à l'autre, et le plus souvent ce qui empêche le maître de réussir et l'écolter d'apprendre n'est qu'un malentendu. Maïs le difficile est précisém^it de s'entendre.
-l^BS enfants questionnent beaucoup : quelquefois c'est un mauvais détour pour se faire eux-mêmes écouter, pour déranger les grandes personnes et les occuper d'eux. On aura bien0t discerné cette forme de l'égolsme. Mais en général leur curiosité est de bon aloi, et c'est évidoKiment l'éducation des sens qu. lui donne satisfaction tout d'abord. Le plaisir com^Rse
■ainsi, âa moins en partie, la fktigve et fennui de Teffort inteilectnel. Lorsque Tenfant ne réussit pas, e^est la peine d'aydi' ^clioué qui dort le stimuler. Un petit garçon de sept ans, qui saft fire et ne sait pas écrire, n'a pn adresser à son grand-père, an nouvel an, qu'une page remplie de bâtons qui aspirent ft représenter des mots. H se fait montrer les lettres que ses frères et sœurs écrivaient à son Stge et dit d'un ton concentré : « O faudra bien que je sache aussi I » La tftdie de l'éducateur consiste k approprier les procédés d'enseignement à ces tendances na(turelies.
La curiosité enfantine est accompagnée d'une disposition également innée à accepter la parole d^autrui : c'est la cfédidité, condition nécessaire de toute instruction, de toute 'éducation. L'enfant est naturellement confiant; s'il hésite ^ se défie, c'est ■qu'il a été trompé. Il faut donc respecter en lui cette fortoe nouvelle du sentiment du vrai : à la crédulité envers autrui répond la véracité personnelle. L'enfant n'est pas porlé à mentir, ■quand il ne voit autour de lui aucun exemple de mensonge, de feinte, de dissimulation. L'amour de la v^^ité est natnrell^Enent •en nous, parce que nous nous sentons faits pour la Térité, et aussi parce que la vérité est belle et que nous aimo&s ie be«É.
Le sentiment du beau se manifeste en nous de deux manières : en présence d'un objet que nous trouvons beau, nois éprouvons une émotion dMîcieuse, nous nous portons pour «ÎMi dire vers cet objet par un mouvement de sympatàîe «t d*amour ; en présence d^on o£jet que nous jugeons iaid, news ■éprouvons une émotion toute contraire.
le petit enfant lui-même est attiré par «n joli visite, fër un objet brillant, une couleur éektante ; H recule et ae caÂe en présence d'un objet qui hii répugne, fl aime avec pairtoh les belles images ; il goûte presque déjà des émotion» «rHiliques lorsqu^l entend de la nrasique. Une petite fille jetlie ém cris d'admiration devant une gravisre de modes, parce ftt^ile «st coloriée. Un petit garçon de trois ans et faaîl mets, éont on ne pouvait faire cesser le tapage, «itend une mvsiqtw iMifttaire qui vienil jouer dans le voisinage : H va s'asseoir pvès «te ia fenêtre et écoute en silence aveo les signes les plus èvédeiAs de satisfacftkMn. La mrusique est, en effet, de toss tes «rts,^ pius aceessibte à tout le monde ; comme source de plaisir.
JLSS tfSRlXSENTS 155
^*«it tta dtfi fiitf imMcesA» M» 4es moina auiwg. S» pmiBSMKe est lort giwulei^ laais aftoe 4iré« ; «Hk «aime, «movn^, e%ni^Ie» ma» Téoiatioft qu'^U» pvoétit «A iigiÉiNPi». PMnr goMer 4sell«s qm» {NPOGiHMAt tos «iitres^arts, M li«t ftvmr naçti «m ettliure qu'elle a'«2%e pas ; â tet aosii lévnfar «erteioM «wëHildlis de mUiau qui a'«xi^«^t pas ptxiovL MoiÉtrar aux en^Mils, aux adolescents de belles sculptoras, de Jmmhix iaSkàmas.^ de beaux édiAceSy «st m «aeetteaib moyes non aewteoMiit de 46«iiicypper ekex euK le eeatiiBefit du bea»^ «Mja d^»9cîmar à lei^ éducation ^^taila «B «anactèitt U»yé ; iseHtemeMl «cala n^st f^s toiiÛ^ars pofi&iUlfi, et il fa«t Ufo^ soBraol ise baimer à félude Mémentalre du des$ûa qui donne de k ractàtede ^aja oMp d'onl, de l'habileté 4 la Baàki plutôt qu'une vénAalde eallare artifltiftta.
Mais «e qui ne ifait dè£au(t aulto piot, c'est la vasle naiwre Avec ses^ctaoles changeant^ ses ÎBépuisables baauiéa. Leépnolueuades dajos la caisp^goe, oa |«Mr de eongfè» ae prêleal ûaturelLeoieot à -cette euttoire kiteUaduieUa, qnd a «nssi une aelien bieafaisante sur Je «œar. Depuiâ la ileur la pAi» fanvible jusqu'aux plus ^auds produits du jr^ae r^^Hêk, depuis le leiîer du soleil juaqu'À saa eaucher, que de tableaux e^iis 4 fadaùraUon de l'eBiaati 4 i'on sait M en faipé «aaspraidiiB le eaiactèrel « Tost ce qui exista «st aiii»é. La maiièra est mve et pénétréa ^9t des forces qui im sont pas malériellas, et elle aadt . des lais qid afte^eat une iaieUigeiMa paietoat poèeente. L'anal^ve «biiaiqae ia|d«is «ubtile ne panieni point à une m^iKpa matfle al iaarUiy «laia ^ wpte aalare asiawséa à m aiaKlèra 4»t 4pbi a'ast dépourvaa m de Êarcas ni d» lois. Daas les prefoadcwffs da i'nb^pn çawaa daos las bjwfcoara des cieux, daôs ua gfttm de sable comme daas uae BSoatagiie gigaaias(|ue, un aepnt immactd riypanoe 4 4»a«ers lea avréiappas les pîas groe^^es. Goataaqxloas ia ae^Uire avae Jee jnant de 1 âme aasst Mea qti-^wc ias jeox du ccupa : partout «ne imprMMrioa aaoeale aous f rappara, et la leraie aaue saiaica coeiaia an s^bale 4» la peaeée. Cbiex i'IboaiiiM ei diez i'aannal aaêBie^ la figure art iNlte f«r raii>resaîon« Jiaés» qaaAd voitafAkee sur ies baiitears des klfé$ ott an laea de l'iianMase 9céaa, qa«ad Toas assista? à ia nal6<> «aaaa ^.^ iiiaiAre a» à «ille de ia aatt^ «eas ntpaeaats Uh bleaux ne produisent-ils pas sur tous un effet moral? Tous cei grands speetaclaa appawaseoal is eètfleaaeirt poar 'app^réiîtfe?
156 FÉDA€K)GIB
ne les regardons^nous pas comme les manifestations d^nne puissance, d'une intelligence et d'une sagesse admirables, et, pour eônsi paiier, la face de la nature n'est-elle pas expressîre comme celle de i*komme? La forme ne peut être une forme toute seule, eUe doit être la forme de quelque chose. La beauté physique est donc le signe d'une beauté intérieure qui est la beauté spirituelle et morale ^ » - '
Yeut-on une application immédiate et terre-à-terre de ces hautes vérités psychologiques? L'instinct des mères et des nourrices appelle laid tout ce qui est mauvais au physique et au moral ; le petit enfant lui-même dit qu'il est vilain quand il n'est pas sage ; il qualifie de joli ce qui est bon et ce iiVL*il aime. Un effet plus élevé du beau, tant dans la nature que dans les arts, est d'inspirer le sentiment et le goût de la symétrie, de la proportion, durhythme, de l'ordre, tontes qualités qui ont leur place dans la vie scolaire comme dans la vie domestique : une simplicité régulière, une disposition bien entendue, un choix intelligent d'objets et de couleurs conviennent à rintérienr d*une école ; l'ordre, la bonne tenue, la propreté conviennent aïo: élèves eux-mêmes. L'ordre est partout un élément de la beauté, et une beauté psur lui-même. On ne négligera donc pas, en . mettant l'enfant en présence d'un spectacle de la nature ou d'une production des arts, d'observer rimfHressîon qu'il en reçoit, le degré d'émotion qu'il témoigne, le genre de beauté qu'il prélère. GependKit il ne faut pas juger les enfants -sur une manifestation plus on moins prononcée ; ce n'est pas nh jugement qu'on attend d'eux, c'est une impi*ession. Leur sensibilité intellectuelle, se montrant telle qu'elle est, peut servir d'indice sur la manière dont il faut la diriger.
Le domaine de la beauté n'est pas circonscrit aux objets matériels ; il embrasse tout le monde moral. Nous disons : une belle action, comme nous disons : un beau site, un beau poème, tm beau tableau, m. bel opéra. Et ce gmre de beauté n'est pas eeltti qui nous [touche le moins : où est l'âme assez grossière pmir n'être pas émue de l'héroïsme de Jeanne d'Are, de la dM* rite de saint Vincent de Paul? On cite ces noms historiques; naais oavsez les annatoa des prixMonthyon, et vous trouverez ft
U V. Geusiii» J>u «roi, du 6eai* # eu fnen, T« ieçoiu
LES SENTIliENTS iti7
ehaque page des exemples aussi beaux que rhistoire ne connaît pas ; pénétrez dans ces réduits oti se cachent la maladie, la faim, la misère, et vous j surprendrez des yertus, des dévouements ignorés de tous et presque d'eux-mêmes, qui vous arracheront des larmes d'admiration et de pitié.
Nous touchons id, par le sentiment de la beauté morale, au sentiment du bien moral lui-même, ou, sous la *forme plus précise qu'il revêt d'abord dans l'esprit des gens illettrés et de» enfants, au sentiment du juste.
Âxiditeurs ou témoins d'un acte qui a une valeur morale, noua tommes impressionnés favorablement ou défavorablement; la réflexion viendra peut-être plus tard modifier cette impression : au premier abord, nous ne jugeons pas, nous sentons. Moins les esprits sont cultivés, moins la raison est ferme, plus prompt et plus irrésistible est l'empire du sentiment. Cette femme vient de commettre le plus odieux des crimes : elle a tué, martjrisé son enfant; il faut la protéger contre la foule, dont l'indignation se traduit en sévices et veut faire justice avant la justice.
Cet amour du juste, cette haine de l'injuste existent chez l'enfant et font partie de sa nature. Que les philosophes discutent la question de savoir s'ils ne sont pas plutôt le résultat de l'éducation et le fruit d'une longue transmission héréditaire ; j'interroge la mère la plus ignorante, et elle me répond sans hésitation qu'un châtiment, une réprimande imméritée révoltent son petit enfant. Donc il a le sentiment du juste, sentiment qui sera un utile auxiliaire pour l'éducation. Donner une tâche à un élève, lui interdire telle action, jugée répréhensible, au nom de ce qui est juste, c'est parler en vertu d'un droit qu'il re» connaît intérieurement, dût-il résister et désobéir, et tôt ou tard il conviendra de son tort, sinon hautement, du moins avec lui-même. S'il n'avait pas le sentiment du juste, comment aurait-il celui de l'injuste? Or l'injustice le révolte, et affaiblit dans son esprit le respect de l'autorité. Au contraire, s'il vdlque le maître n'a pas deux poids et deux mesures, qu'il est juste pour tous dans Texereice de son autorité, il aura pour cette autorité le respect qui lui est dû. Les maîtres peuvent •ans le vouloir, sans le savoir, se donner des apparences de partialité, ce qui est fort dangereux. Ils doivent veiUer sur eux avec le plus grand soin. On ne se doute pas des blessures que peu-
<f «at ere«efr te» on MBor é'«oftnt bb« pnr^ încQnaidért», m VBiMPoelie iiiopp«ftai» à |iiuii fort» rmisott um p«niti«B éAplAjOÉik. ^tWÊsee dMi «n «tiftet It «afltîastiit de la jwtifte, e'est uo <èeg 'ptus grands iorte fo*^ {NB»e kû Mrd el «ne det pte cimttêB
^souffrances qu'on pissM hii iiiffîg<er.
Le» s&eâimBUÊM dont «loss veamas de pailer m rétiinsBent et ^ee résonent dans Je seoUfliianll refigieux, qui attede fShm 4%offi]Be te «ipétîaiilé 4e m aalwv. Dieoiistoat de snÉequ^aiie direction vicieuse, que la mise e& onbU de t» ifEÔ est Mea, ia fralique de d» ^ eil Mal pestant le pervertir e« f étoiAr ; «nais il eiiste, il est un des élêmeivts de vo^^e cett^tstion ioteneetoeUe eft morale. Selon qu^l est diàreloppé par le» eîrcmistanees, infitiencé par les antres passion», 9 prodidt de bo&s ou de pernicieux effets. La crainte des dieux rendait les ancien» Romains scrupuleux observateurs du serment. La foi a prodtrit les martyrs; le fanatisme a produit rinqubittoii, la Saînt-Barthélemy, la révocation de l'édit de Nantes. Le sentiment religieux rev&t, selon le» temps, des forme» qui sonft les régions.
L'enfant e»t deiie,em&me lliomme fait, rai être sensible, et un étr» sensible est «n être qui est sajet au plaisir et à la douleur.
Le plaisk* et la donteur, sons toutes leurs formes, tiennent trop de plaee dans la TÎe pour n*(m pas tenir dans l'édueatioti. Us »'y introdment d*eaxHSkème» ; le rdle de la pédagogie est de »e les approprier. Que Fenfant se brftle au feu qa^ loi a défenda de tondier, q«f il «oit malade après avoir é«ê gourtiMuid, •qu'il soit battu pom: avoir injustement dierdié qveMlle ft pios fort que lui, ht douleur lui est une utile et nêeessalr» lei^oa ". il s'est donné des jouissanees de mauvais lAeâ, suivie» é& eoafltemt ■ <^s méritées. On doit se borner à loi en éviter le retour, s'il est converti; f^ ne Test pas, veUler àee que la leçon ne emt pas trop forte^ mais toujours sans qnHl se doute de riatervBiition protectriee. Le plus souvent, il tire lui-même ia moralité du fait-; on le voH bien, et alors il est superflu, peut-êtremaladroit, de trop appuyer. L^êeotier panesseax a le dési^rément d'êt«e grondé, puni en présence de condisciples qui sont loués «t récompense», et de rester ignorant ao milieu d>ém<iles qut slns»
LES SENTIMENTS #if
truisent : la 'souftrance est parement mteUeetoeBe «t motaie^ mais ûon moins profitable. Senlemeiil, pour qu'elle fioite tMn ses fruits, le maître éoit intervenir plos direclemeiit'; il fiai qu'il amène le coupable à eomprendue, à reeoMNilin sas UnU et la légitimité de la sanction. €*€!lt éêx» «e seas qu'est mi k mot de Yauvenargnes : « Les passions enft appris «ok koants {et aui enfants) la raison *. »
Enfin il y a des peines que FèdneatioB smeile et pv«m)qw par elle-même, qu'elle préroit, dont «Ile dispose sdeameoft : ce sont celles qui naissent de Fétiide, du trsvaîl> de rapplioatîen, en d'autres termes, de l'efifort, de la 4atte contru la éistradion, la paresse et tous les penchants de mène natare. La pédagogie doit limiter cette sorte âe soorffraaee, la graduer;, la tempérer par un judicieux mélange de plaisir. Ainsi bien, en Teitn de la loi d'action et de réaction qui préside à toutes choses, la eom*> pensation s^établit dans trae certaine mesure, par le plaisir qui naît de tout exercice de l'activité, et ici de l'exercice de l'activilé intellectuelle. L^action, voilà le fond de notre dtre; noos ne sommes sensibles que parce que nous sommes actifs. L'enfant est ainsi; son esprit autant que son corps, son âme tout entière a besoin d'agir comme elle a besoin d'aimer : la tâche de l'éducation est de l'habituer à bien agir et à aimer ce qui est bien. S'il ne fait pas le bien, il fera le mal; s'il n'a pas de bonnes, généreuses et honnêtes passions, îl en aura de mauTaises; mais il ne sera pas sans passions, c'est-à-dire sans aimer ou haïr quelque chose. Faîtes en sorte que son choix soit heureux; g«dez4B doucement, mais sûrement. S'il a une fois goMé ie plaîsir, le bonheur que cause factivité satisfaite par TaecomplissemeiA <du bien, dût ce bonheur être obtenu au prix d'un effort pMbk eiu début, je ne dis pas que tout est gagné, mais HKaMude, la bômie habitude a prîs un pied; demain elle en prendra deux et finalement s'établira à demeure.
Ce n'est pas Pœuvre d'un jour, et, si l'enflBmt dott faire ^brt, le maître ne le doit pas moins. L'équîHbrc est partout aèeessaire, en pédagogie comme ailleurs. île mettez pas, œmffle ^t Fênélon, tout fennui d'un cdté et tout le plaisir de faaire, teat l'ennui dans l'étude , tout le plaisir dans les divertfssemetits ;
!• Réflixioni etfMximes, 134. ...
i60 P^J)AGOaiE
rendez, s'il se peut, l'étude agréable, da moins intéressante ; s*il devient impc^sible d'en dissimuler Varidité, laissez ces jeones esprits se mettre an large de temps en temps ; ouvrez Yonsrmémes la porte an plaisir, sons forme de récréations, de jeux, de délassements. Nous en avons déjà parlé à propos de l'éducation physique; ajoutons ici un mot à propos de l'éducation morale, ou plutôt citons encore Fénelon, qui analyse ces petites questions, ces grandes questions avec nne profondeur, une sagacité, un esprit de mesure dont on est pénétré.
« OioDs, dit-il *, aux divertissements des enfants tout ce qui eut les passionner trop ; mais tout ce qui peut délasser l'esprit, lui offrir une variété agréable, satisfaire sa curiosité pour les choses utiles, exercer le corps aux arts convenables, tout cda doit être employé dans les divertissements des enfants. Ceux qu'ils aiment le mieux sont ceux où le corps est en mouvement; ils sont contents, pourvu qu'ils changent souvent de place; un volant ou une boule suffit. Ainsi il ne faut pas être en peine de leurs plaisirs ; ils en inventent assez d'eux-mêmes; il suffit de les laisser faire, de les observer avec un visage gai, et de les modérer dés qu'ils s'échauffent trop. Il est bon seulement de leur faire sentir, autant qu'il est possible, les plaisirs que l'esprit peut donner, comme la conversation, les nouvelles, les histoires, et plusieurs jeux d'industrie qui renferment quelque instruction. Le soin qu'on prendra à assaisonner de plaisir les occupations sérieuses servira beaucoup à ralentir l'ardeur de la jeunesse pour les divertissements dangereux. C'est la sujétion et l'ennui qui donnent tant d'impatience de se divertir. Si une fille s'ennuyait moins à être auprès de sa mère, elle n'aurait pas tant d'envie de lui échapper pour aller chercher des compagnies moins bonnes...
« Quand on ne s'est encore gâté par aucun grand diVMi:is8e« ment et qu'on n'a fait naître en soi aucune passion ardente, on trouve aisément la joie; la santé et l'innocence en sont les vraies sources ; mais les gens qui ont eu le malheur de s'accoutumer aux plaisirs violents perdent le goût des plaisirs modérés el s'ennuient toujours dans une recherche inquiète de la joie.
<« On se gâte le goti pour les divertissements comme pour
i. Ch. V, p. 21, 23.
LES SENTIMENTS 16f
les Tiandes; on s'accoutume tellement aux choses de haut goût, que les viandes communes et simplement assaisonnées deviennent fades et insipides. Craignons donc ces grands ébranlements de Tâme qui préparent Tennui et le dégoût; surtout ils sont plus à craindre pour les enfants, qui résistent moins à ce qu'ils sentent et qui veulent toujours être émus : tenez-les dans le goût des choses simples; qu'il ne faille pas de grands apprêts de viandes pour les nourrir, ni de grands divertissements pour les réjouir... Les plaisirs simples sont moins vifs et [moins sensibles, il est vrai; les autres enlèvent l'âme en remuant les ressorts des passions. Mais les plaisirs simples sont d'un meilleur usage; ils donnent une joie égale et durable, sans aucune suite maligne : ils sont toujours bienfaisants; au lieu que les autres plaisirs sont comme les vins frelatés, qui plaisent d'abord plus que les naturels, mais qui altèrent et qui nuisent à la santé. Le tempérament de l'âme se gâte, aussi bien que le goût, par la recherche de ces plaisirs vifs et piquants. Tout ce qu'on peut faire pour lés enfants qu'on gouverne, c'est de les accoutumer à cette vie simple, d'en fortifier en eux l'habitude le plus long* temps qu'on peut, de les prévenir de la crainte des inconvénients attachés aux autres plaisirs, et de ne les point abandonner à eux-mêmes, comme on fait d'ordinaire, dans l'âge où les passions commencent à se faire sentir et où par conséquent ils ont le plus besoin d'être retenus. »
Que conclure de tout ce que nous avons dit de la sensibilité, tant physique qu'intellectuelle et morale? Que, par les pemes et les plaisirs dont elle est l'origine, elle éveille et provoque l'intelligence ; qu'à elle seule elle ne peut ni nous instruire ni nous guider; qu'elle a besoin, au contraire, d'être éclairée par la raison et conduite par la volonté. Sans la sensation, nous n'aurions pas l'occasion de connaître, nous n'entrerions pas en communication avec le monde extérieur; sans le sentiment, nous resterions en dehors de la vie morale; avec la sensation seule et le seul sentiment, nous serions livrés à l'incertitude de la pensée et de l'action, sans guide assuré, sans règle fixe, entraînés ici ou là, au gré de nos instincts et de nos passions. Chez l'enfant, la sensibilité domine sans doute, mais l'intelligence a aussi son rôle, et ce rôle est déjà considérable, comme nous allons le voir.
CtyLPITAE lY
I^'ATCENIIOM
{. Linrftat H'etft pu Ara» Moltaieiit fie la facnlté de Moffr;!» îtn\A d» iisner, « tllntollifeane^ «ttve n. -esirote «itn lu» dfts U» ittbiit d<i la <vietr £a fo^ oaptiwi «xténaoBe doaiia la notion dn motiuie extévejiv, la oonsoiance ptgrcàologiqae pa sens hitime, la notion de oe qui se passe dans rame. Les antres liwpltia.et. opérât i0«(» iirteltoolNKtfes «ffipeot efafaevaa un moyen é^aettêêtl» ém îéôfm wMMaliee eft d'augeacnler lea ootHMkisaaiBoes aoiiaifleSk
II. L'attention. Elle eonsista dane la tension de Teaprit ()ai se porte irers on ei](i«t. iTee «ignés catérieots. OTatord involontaire, puis toloataîre. L'enfant est ««p«6^>d'aUBBtiaft«alMitfiite» L'aUMdiMi «st teujoPirs Ik Ma êtibm prmatfaêè
. par la sensibilité, et dans un étroit rapport arec aile ; c'est pourquoi la pmssanoe d'attention est inégale ebez les enfants : les esprits vifs et les esprili lants ; laraatagaa et iBoonvéatoats des deux «Otâa. 81 laai ftMr te» im flt éveiller les aotces.
m. Le caractère général de Tattention chez les enfants étant d'être courte et mobile, il ne faut pas exiger d'eux un effort dépaentnt la OMsiire de leor éawrgte oérébrala. Préeaolions à piMBdne. ▲kemanae 4a l^Ntivité; svcaesaion dgaêKerdces ; nécessité et nature dn repos. Importance de l'attention dans tons 1m actes de la rie.
Dès que le nourrisson e^ eapflâyle de sentir, il est cftpoble i <{aelqae degré de penser, il a cpielqne idée, si obscure et si enveloppée qu'elle soit dans la sensation qui 1^ fait naître. Qà'on obsenre Tenfant, je ne dis pli» an bercean, mais à la salle dT'asile, on constatera chez lui toutes les manifestations, les unes indécises et incomplètes, les autres très nettes et très précues, de la faculté de penser. H connaît un certain nombre d'êtres et ^objets : ses parents, ses petits compagnons, les ntattresses de r^sîte, la saHe ott on le reçoit, le mcbiËrer qui décore cette salle, le préau, la cour... Il se connaît lui-même, c'est-à-dîre qM se