LA MÉMOIRE
Sans eliOf la réflexion n-auraii pas d*objet, puisqu'elle est an retour sur une pensée qui n*est plus; le raisonnement serait sans matériaux, puisqu'il suppose plusieurs idées successives; tout apprentissage, tout art, et cette science de la yie qu'on appelle Texpérience, seraient impossibles. On a donc pu dire avec raison que sur elle repose l'éducation <. Mais elle-même a besoin d'une éducation spéciale : tout enfant est doué de mémoire, mais inégalement; chez les uns, nous la trouvons prompte et facile, chez les autres lente et rebeUe; ici ingrate, là fidèle. Voyons d'abord comment elle est cultivée; nous chercherons ensuite comment elle doit l'être.
Qui n'a assisté, dans une école ou dans une salle d'asile, à la petite scène suivante? Une dame patronesse, un inspecteur se présente : vite, on fait lever un bambin et on lui fait « dire sa fable ». Plus l'enfaut est jeune, plus le succès est éclatant; s'il n'a que trois ou quatre ans, c'est un prodige. Ce prodige ne prouve qu'une chose : la facilité innée qu'ont les organes de la voix chez^ les enfants à répéter des sons, facilité qui a besoin de la mémoire, je le veux bien, mais qui tient plus encore à la sensibilité de l'oreille et au plaisir que les enfants prennent, dès le berceau, à entendre et à reproduire les sons, surtout ceux de la parole humaine. Le langage est en nous une faculté si naturelle que, dès la première enfance, l'exercer est un besoin et un plaisir ; l'enfant s'y exerce d'un effort continu et qui semble n'avoir pour lui rien de pénible ; il faut, au contraire, qu'il y trouve un charme réel, car, n'ayant d'abord qu'un vocabulaire très limité, vous l'entendrez répéter vingt fois de suite le même mot, moins qu'un mot, un son quelconque, plutôt que de se taire, et il est hors de doute que ce rabâchage lui plaît. Il répétera une fable absolument comme il répète des sons quelconques, et soyez persuadés qu'il n'y attache pas d'autre signiflcaticui : la mémoire, dans l'enfance, accepte tout, même des phrases dénuées de sens.
Ce n'est pas là, quoiqu'il y ait un fait de mémoire, l'exercice propre de cette faculté, et il y a danger à la cultiver prématurément de cette manière. Car, pour que la récitation soit utile, il faut qu'elle soit comprise; or l'enfant ne peut comprendre
. i. Quiatilien, Institution oratoire^ xi, 2.
^6 ks nets «iqptrinui^ des ékosm à lui ooiK»m, <|ft*il ëf>erMBaaliena&i obtervéfis, on deo laits àid»iliiek ^ eatrimt éass ma «xisteiiee quolidieBoe. Lfts «xpiicattims qu'oa kd doonem 4es aiitrei mots, iL les siibiEa difâcàk!DMDt,ji ■oÉme eiks ae i«i •èdtqaj^eni pas to«i-4-faity {Mutée qmt ie ÂOÊumm de ses aeqrâiticHis inieUeetiielles est très tesiremt «i ifn'il «l'est pas eneore laouiIftaRsé ayee k laaigage des gcandes pefeomies. €Me vieille hahHiide ée faire « appreedreparcœar i» est un ^spjaefftnfcew et des plus tenaces préjugés- de la pédag>ogie rotitintèra ; jasfceaeitt diaeréditée, tout le monde la répudie en théorie, bo—eoap la pratiquent dans la réalité, et ia critique de ll6iitaig;ne ^ l»myerait eciooi« à <|iiî s*appli<pier : « On ne cesse de criailler aux oreilles des enfaab, eomme foi verserait dans un estomietf. On ne trwaiUe ^u'à xettplk la mtoMÔre, et on laisse l'eAteademei^ et la eonsckoee Tuides. »
Ëatêadve ainsi la cidtaiie de la nkénoire, e'esi se méprendre et sur la natiif« de eetie fac&Mè et sur le but néme de rédoeaàioii. Ge n'est pas par les mots qu'il faut eonunenœr avee les enfants, c'est p«: les dMses;^ car ils ne coîmprennent pas les auits, tandis qu'ils fiûeât les choses, et ee que kur mémoiFe est ttatsxeikment portée h retenir, ee sont les idées d^ choses qui les ont iraïqiés. Pkts l'impressiona été vive, plus le souvenir «si prompt, et dans ee sens il en est de la mfiieairc ccmime de rattentiôii : eUe d^end beaaeoup, à son déirat, de k seisibiliié, de l'état du cerveau et des organes; ptoi tard seakment, la Tolenté inlervient. Voilà pourquoi l'on remarque des mémoines excoHeatos J4H]^tes à UB ju^ment t4rès faihk, et pourquoi il y a tant de irariéiés dans k mémoire, ft jqkpartient préoisémeait à réducalîmi de chercher à mvekr ks iaégattèés «i de teine «lareher de limit k développement de k mémoire avec oefcui du |uf|iemBBt.
Ikas k premier âge, k culture de la mémoire im^sva antre que eeik de l'attenlkm ette^méme ; en dirigesot ceik-ei, on agira sur celle-là. Les enfants, naturettement ohserveAenrs, s'instruisent heaueoap eux-méa^es : il suffît pour cek de leur £oumir avec discememei^ des ei^ets d'obsrarvation, ce qui rentre à k fois dans i'édueatiett de l'attention et dans celle des sens. Du même £onp, k mémoire lonetioane, s'exerce, se fortifie,
i. Essah, In. II, chap. 25.
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noa fmàmkmït mxm ftêj^iéàc» fonr les a«tr0s luoltés, mais aMe«fill6 fMmr ^esy «■ pcrpétaant les aeqnisitions isteiketaïUw <pâ l««r soat éot», ta ▼oesèoinre s'enrkhit en nênie tMife^ eu «DC» Mée aosviiis mât» «s mot neateam, el ee noi Te^iiit li reliettkr put* «fait repréaeiite à son esfmt une idée aree lu[aali»ii a éfjiu iail «cmoussuH». La mémoii^ prend de la serle^ cl l!en ptttà mnm parler, «ma hmxa» heèéUiiie : etle se prdpM» aa céi» spécial fn^oa exigeaa d'eU» el cpâ dds leia seni saw-dangHr.
;.(^e8& eatna ok al dix aos qae pandt pa«?oir être placée la phase de la piMs haato énergie de la méaiwe; e'est donc peadaot «ail» pMeide f«*il kopoiie» de la calliver le pliw particnliteaBoaiii, pour fit'eU^ atteigna le plus haot degré des toois cpialiléa <pi* mk caesiiUteat la parf eetion : la fasiiité à aj^endrer la ténacité à coosertet^ la procapitiade 4 reproduire.
Ces trais qaalités soat rareoiaal véuaies; les mémoires les plus faciles ne seai pas ordkwiremeBi les plus tenaees et les plus taaaces ae aiuit pas tetyoturs les plus promptes. Uae objec* tiea T& dânc se poser i Gommaat procéder é Tégard d'élèves ioé^esieoi doaés? Ouk asi lûen ioreé de. tenir compte de ces difiéoeneesy de ne pas damander k tel enfant plus qa'il ne peut danaar; mais celiii-lÀ, cpû peat donner et & qui Ton d^nand^a davantage, cemprendra-t-il ceite inégalité de traiisaieat? Il n'est pas impossible d'éyeiUer dans une classe», à ce propos, le sentiaient de la justice distribntiva. Paal a sa sa leçon tout eniiéva an baiit d*un qnari d'IieuFe et Ta récitée sans faute ; Pierra, wiec autant de bonne vek»até^ n'a», sait ^e la moitié au haut d'ane demirhaiwe. IMerrogez-lea le leodemain : il y a de graadaa psobabUités que Pierre aura retemi le peu qu'il a pénir blâment a^f^if^, ei que Paul aara oubëé ce qa'il a appris à si peio; de fraîsi. L'expiérîenee, maûites fois r«nou!vdée, yaas aidera à fâifa eooiprenibre aax élàves qa'il ne laut pas se fier ouitare meom'a aaxiU usions d'u»e- mémoise ceaaplaisante, ni se dése»* pérer das résiatenees d'aœ mémaire rebeUe : celle-ci garde loiaux en.qiilettft s'est uae fois approprié. Ub> clou qu'on enfance trop aisément ne tient guéte,. œlaî qni ne cède qae sous les coups redoublés du marteau est solide; il en est de même du souvenir, et par conséquent des idées que l'intelligence acquiert au moyen de la mémoire.
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La part faite à la diversité des aptitudes, il y a des règles générales à observer paur le perfectionnement de la mémoire. La première est, sans contredit» Texerdce *; aucune faculté ne demande à être anssi constamment tenue en éveil. L'attention, qu'on a appelée le burin de la mémoire, a besoin d*ètre sontenue par l'intérêt qu'excitent les objets snr lesquels elle porto. Mais il j a deux genres d'intérêt, l'un superûdel, éphémère, qui ne s'attache qu'aux qualités extérieures; l'autre sérieux , durable, qui naît du fon^ même des choses et fait aimer l'étude, parce qu'il en fait sentir les bienfaits et les jouissances. C'est à celai-là' que doit viser un bon système d'éducation.
Il y a plusieurs sortes de méthodes suivies dans la culture de la mémoire : une première méthode, dite mécanique, qui consiste à répéter mot pour mot, dans un ordre déterminé, ce qu'on veut apprendre ; ce procédé est plutôt l'art d'apprendre les mots que les idées. Une autre, la méthode ariificieUef consiste à associer les idées qu'on veut retenir à d'autres idées, à des sons, à des images qui ont avec les premières quelque analogie, oa des différences frappantes, des contrastes saisissants. Ce procédé mnémotechnique offre un grave inconvénient, celui de familiariser l'esprit avec des rapports que la raison et le bon sens repoussent, de laisser la raison oisive, de fausser à la longue le jugement, en donnant à la pensée un tour bizarre et singulier. La troisième sorte est la méthode raisonnée, la seule à employer et qui consiste à classer les idées suivant leurs affinités naturelles ou logiques, travail que Ton trouve tout fait dans les morceaux extraits des bons écrivains. L'esprit ainsi conduit passe facilement d'une idée à une autre, et Ton a souvent dit que l'ordre est le flambeau de la mémoire. « Il est indubitable qu'on apprend avec une facilité incomparablement plus grande et qu'on retient beaucoup mieux ce qu'on enseigne dans le vrai ordre, parce que les idées qui ont une suite naturelle s'arrangent bien mieux dans notre mémoire et se réveillent bien plus aisément les unes les autres >• • La mémoire conflue, en effet, à une autre faculté qui en est l'auxiliaire et le oomplémenty «I qu'on nomme l'association des idées»
i. QainliUcn, XI, 2.