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dès que je le Teux ; mais elle n'eu est pas moins réelle pour ne se faire sentir qu'à la longue et inégalement chez les divers individus. Cette inégalité est la mesure de la capacité qu'ont les différents esprits de conduire à leur gré la suite de leurs pensées; ce n'est pas la seule cause de l'inégalité intellectuelle qui se remarque parmi les hommes et en particulier parmi les enfants, mais c'est l'une des causes d'où elle découle.
Il est certain que la première condition de l'exercice normal de l'intelligence, c'est d'être maître de ses pensées, comme la première condition de la vie morale est d'être maître de sa volonté. Or l'ordre est ce qu'il y a de plus rare dans les opérations de l'esprit. Quiconque a élevé des enfants de l'un ou l'autre sexe sait quel mal loi ont donné les esprits légers, distraits^ incapables (du moins en apparence) de lier deux idées et de s'arrêter sur une seule; ou les esprits brouillons, confus, riches peut-être, mais désordonnés. Fixer les uns, régler les autres, tâche ardue, non impossible. L^enfant le plus iéger^ le plus paresseux, comme le plus lourd, est toujours, au fond, capable de s'intéresser à quelque chose dans le cercle de ses éludes : quelle chose? Découvrez-la, et prenez-le par ce côté. Tel qui a toutes les peines du monde à apprendre à lire, calcule facilement et par conséquent volontiers; tel pour qui la grammaire est une ennemie personnelle voit d'un œil plus doux la géographie. Utilisez leurs préférences, qui sont des aptitudes, lancez-les dans l'ordre d'idées avec lequel leur intelligence a le plus d'affinités ; ils s'y établiront bientôt solidement. L'association des idées nous place, en effet, dans une disposition intellectuelle comparable à la disposition morale où nous mel la sympathie : de même que celle-ci nous maintient dans un courant favorable à la satisfaction de nos facultés expansives, de même celle-là nous crée un milieu où se meut notre esprit avec une aisance, un profit et un plaisir que l'habitude avive au lieu de les diminuer. J'ai souvent entendu des écoliers se plaindre qu'on les enlevât trop tôt à un genre d'études auquel ils eommençaient à prendre goût après des débuts arides; c'est qu'ils venaient seulement d'y prendre pied et se sentaient «ur tout terrain. Si nous sommes interrompus dans une occupation d'une cer'.o-ine d^ifée, il nous faut un |>ea de temps pour entrer dans une dispositiou d'esprit nuafôilf;.
L'ASSOCIATION DES IDÉES i89
Ainsi s'expliquent ce qu'on appelle les spécialités, non seulement parmi les écoliers, mais parmi les hommes. Indépendam* ment de la culture générale qui constitue le fonds commun et nécessaire de toute instruction et de toute éducation, il est bien évident qu'il doit y avoir pour chaque carrière un genre d'études particulier; il ne l'est pas moins que tel esprit préfère tel genre d'études ou d'occupations à tel autre : ici, la spécialité procède de la vocation. A l'école primaire, où l'on n'enseigne rien de superflu, où toutes les parties du programme sont également indispensables, les spécialités doivent être surveillées de près et, à moins qu'elle ne se prononcent avec an caractère exceptionnel d^intensité, n'être favorisées que comme un point de départ chez les uns, on encouragement chez les autres, on stimulant pour tous.
Toute-puissante pour l'acquisition des connaissances et la culture des facultés intellectuelles, l'association des idées ne l'est pas moins au regard de l'éducation proprement dite.
A un âge où les premières impressions sont ineffaçables, le caractère prend son pli et le garde. Que d'enfants sont devenus menteurs, parce que, punis à tort et à travers et sans proportion avec leurs fautes, ils se sont habitués à voir dans le mensonge un acte de légitime défense I Combien sont devenus vagabonds, paresseux, voleurs, parce que, forcés par leurs parents àê mendier, ils ont fini par trouver tout naturel de gagner leur vie sans travailler! Combien d'autres, pour prendre un exemple moins fâcheux, sont devenus peureux et sont restés tels, par suite des sots récits de leur nourrice I « Les idées des esprits et des fantômes, dit Locke S n'ont pas plus de rapport aux ténèbres qu'à la lumière ; mais, si une servante étourdie vient à les «xciter ensemble dans l'esprit d'un enfant, il arrivera qu'il ne pourra plus les séparer et ne pensera pas à robscurité de la nuit sans penser en même temps à ces effrayantes idées. » Ce n'est pas seulement une servante étourdie qui peut jeter dans l'esprit des enfants de ces idées qui les frappent en les effrayant
i. Euai pkUosaphique tur VenUHdement humain^ liv. n, ch. 38, § iO.
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et iaiiisseat leur Jugement k tout jamais : les superstitioos le» plus déraisomiablAft u'^oi p«i d'aislra odgme que les fausses anooifttiMu d'idées.
U en est de mène de 1« plupart des anti(Milliies q«e Us. efiftints éprouTeut) et oetle ^q^«sitioD les soit dans râg« aduita. « Ub tnfiaiit qui confond dans sa IMe les choses qui se préseiir teftt à lui liées «nsenble hait Fétide et la veiiu, parée qu'il est prévemi d'aversion pmst la personne qui lui en parle* Au cou* tnupSy â s'aceoutooiie à «tmer les meuirs et les sentiments d^ ceuK ^'il aioM *% n On me «MMPait doue ^e trop «ttentif ait choix des pervcnuM» ^'on kôsae «^prooher des «lafants^ Getto adUickade ineombe «aux 9«renls et «aux mitres; un soia qui Tt/gÊgé» paitkuiéénaieiit ceux-ei, «'est de ne ^las vebuter lea écoliers en leur inspirant dès l'abord la défiance et le dé^goût d^ l'étude, du travail et par suite de toute règle, de tout devoir» S'ils se font, dit encore Fénelon, «c une idée triste et sombre de la vertu, si la liberté et le dérèglement se présentent à eux sous UMB figure agréable^ tout est perdu, vous travaillez en vain..» Laisser donc jouer un enfant, et mêlez Tinstruction avec le jeu; que k sagesse ne se montre à lui que par intervalles ci avec qa visage riant. » On se plaint souvent que le peuple n'aime pas à lire, et quQ> s^il lit, il fasse choix de livres ou imuv.ais ou insignifiants. C'est que Técolier n'a pas puisé à Técûle le goût intelligent de la lecture et la capacité de bien cbeÂsir; c'est que, le plus souvent, apprendre à lire a ëlè pour hii un suf^ice. il 7 a deux cents ans que Locke en faisait déjà U remarque : « Nombre d'enfants, imputant les mauvais traitements qu'ils ont endurés dans les écoles à leurs livres, qui en ont été i'oooasion, joignent si bien ces idées, qu^ils regardent un livre avec aversion et ne peuvent plus concevoir de rinclination penr la lecture ni pour l'étude ^... » Les verges ne font plus pttrtie de ^oire mobilier scolaire; mais un maître peu dévoué ou peu intelligent a bien d'autres mqyens de faire prendre IWude eo aversion^ même à son insu.
Les sjrmipathies, aussi bien intellectuelles que morales, naissent, par réciprocité, d'associations d^idées heureusement pro*