‹ Pédagogie à l'usage de l'enseignement primaireChapitre 69 sur 206 · Fénelon, ch. V, p. 17 et p · texte numérisé non relu

Fénelon, ch. V, p. 17 et p

2, Essai, ch> 38^ § 15.

L'ASSOCUTION 0&S IDÉES 491

bloquées on utilement développées. La pédagogie doit s*appliqaer t diriger vers' un but utile les tendances primitives de notrt nature^ et non à lutter contre elles, à leur faire violence. Dans Tordre moral, il n*est pas douteux que finfluence d'assodatitms dldêes formées au début de la vie puisse fortifier en nous les meilleurs principes d'action et en même temps contribuer pour nne part à augmenter la somme du bonheur ou k diminuer cefle des peines de la vie. Ces idées, ces sentiments agréables, que les enfants sont naturellement disposés à associer à lies événements et à des situations soumises à tous les caprices de la fortune, il faut les habituer à les associer, d'une manière fenâe et constante, à tous les devoirs de leur état, aux bienfaits de rinstructioB^ aux beautés de la nature, qui sont à la poiiée à» tons «. Un enfant élevé dans une honnête famille, témoin du k3>eur courageux du père, de la tendresse active de la mère, du l)onhenr qu'ils savent trouver dans Taccomplissement de leur tâche, dans Tamour àe leurs enfants, plus tard dans leurs succès, habitué à ces plaisirs simples dont parle si bien Fénelon, un té! enfant a certes une heureuse enfance, dont le souvenir embellira le reste de sa vie et le foitiBera lui-môme dans ses épreuves.

Le maître qui aura lïîen étudié le caractère de ses élèves, la nature de leurs sentiments^ le cours habituel de leurs pensées, trouvera aisément le moyen d'agir sur eux et de les conduire h son gré. Le secret de l'éducation est de faire naître ou de dé-* relopper dans Fesprit des enfants des associations d'idées telles qu'ils sliabituent à exercer leur intelligence au profit du vrai et leur activité au profit du bien. L'école, on Fa dit souvent, est la préparation à la vie ; non pas que les enfants puissent y acquérir une expérience complète; mais si, dès lors, ils se font de la vie une idée juste, ils ont profité, et l'école a atteint son but.

Dans le Rapport * qu'il a rédigé à l'occasion de TExposition universelle de 1878, M. Gréard a consigné les résultais d'une enquête bien ingénieuse et bien délicate* Les candidats des deux sexes au certificat d'études primaires (2415.garcons et 1949 filles de douze à treize ans) avaient à indiquer, comme épreuve de

t. >Q9ril-9lewart, BUmenfy ie la phUoiOphiB 4$ Vtspr9 fiiemai», di. V.- 8. L'<MiifiMneii^ prmnire & Psm ^ dam h dêpartemmU dB la Sti^f 1867 à 1877, par M. Gréard, p. 145, 155 et suivantes.

rédaction, les uns remploi qu'ils comptaient faire à lear majorité des livrets de caisse d'épargne attribués aux élèves les plus méritants de chaque école; les autres, la profession qu'ils se proposaient d'embrasser : moyen d'apprécier par leur propre témoignage, exprimé à l'improviste, la direction de leurs idées et de leurs sentiments. « Chemin faisant, ils avaient à parler d'eux-mêmes, de leurs études, de leurs goûts, des incidents plus ou moins graves de leur vie scolaire. Ces questions^ dans leur simplicité, ne laissaient pas de provoquer des réflexions sérieuses; et, si l'on considère qu'elles étaient posées à des enfants de douze à treize ans, on ne peut s'étonner qu'elle^ n'aient pas toujours été nettement résolues. Biais pour un certain nombre de réponses insignifiantes , incomplètes, yagaes ou sèches, combien d'autres intéressantes et instructives, du moment que , passant sur les inévitables puérilités et les gaucheries naïves de la forme, on ne s'attache qu'à la situation morale qui s'y révèle ! »

Sur ces 4364 enfants, garçons et filles, pas un seul n'a l'idée de se soustraire à une profession ; tous ont la pensée de travailler et sont prêts à le faire; presque tous savent déjà ce qu'ils feront. Tous les choix sans doute ne sont pas également louables : tel paresseux veut devenir employé, pour travailler le moins possible, puisqu'enfin il faut travailler; telle écervelée sera couturière, pour être toujours habillée à son goût. Mais c'est l'exception. La règle, c'est un choix sérieux, une acceptation volontaire de la loi du travail en rapport avec la condition des intéressés et leur milieu naturel. Parmi les garçons, 6 0/0 se destinent ou à la vie religieuse, ou à l'enseignement, ou aux autres carrières libérales ; mais le reste se classe dans les états manuels ou dans le commerce. Parmi les filles, 4 0/0 veulent se livrer flux arts, 13 0/0 apprendre le commerce, 10 0/0 devenir instituf^ices; les autres, c'est-à-dire 73 0/0, se préparent à vivre da travail de leurs mains.

Et ces déterminations, ajoute l'auteur du Rapport, « ne sont pas l'effet du caprice d'un moment; elles ont été examinéesi discutées même. L'avenir de l'enfant a préoccupé tout le monde: père, mère, oncle, tante se sont demandé ce qui lui conviendrait le mieux, et généralement la consultation a été sage. L'imagination de la jeune fille l'aurait peut-être entraînée; les

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conseils de ses piu'eiits l'ont retenue. Leur action heureuse se sent à travers certains regrets; elle se manifeste surtout par des protestations d'obéissance très sincères dans leur expression ; on s'est rendu à la raison. Or, c'est un acte de raison peu commun dans toutes les classes de la société, que de profiter de Texpérience spéciale acquise dans la famille. On suit rarement la profesnon de ses parents; on en a vu de trop près les inconvénients et on en méconnaît les avantages. Ici, c*est le sentiment contraire qui remporte. Sur les 1949 jeunes filles dont nous avons étudié le témoignage, 555, c*es1rà-dire plus de 28 0/0, se sont résolues à embrasser la profession de leur mère. De même pour les garçons, 40 0/0 se montrent disposés à prendre le métier de leur père, uniquement parce que c'est le métier de leur père. »

L'école^ dont ces enfants ont compris le bienfait avec une maturité de bon sens « plus sensible peut-être encore chez les filles que chez les garçons », qu'ils abandonnent avec une sorte de regret reconnaissant ', l'école n'a donc pas entretenu chez eux d'illusions décevantes ni suscité de prétentions injustifiées.

*Elle n'a pas affaibli non plus le sentiment de la famille ; elle l'a rendu plus sérieux, plus réfléchi. « Témoin des efforts que ses parents font pour assurer son bien-être, l'enfant se transporte volontiers au temps où il pourra leur rendre les soins qu'il en a reçus. Plus de 60 0/0 de ceux qui avaient à faire connaître l'emploi de leur livret de caisse d'épargne se promettent d'en appliquer le bénéfice & leur père, à leur mère, à une sœur ou à un frère aîné qui les a élevés. Plusieurs, dans un mouvement d'exaltation généreuse, voudraient se faire les domestiques de leurs parents, afin de leur mieux témoigner leur gratitude. Ce que les jeunes filles, particulièrement, paraissent redouter avant toute chose c'est l'apprentissage. Elles se réjouissent d'apprendre le métier de leur mère auprès de leur mère. L'atelier les effraye, non pas seulement en raison des dangers qu'on leur a signalés, mais parce qu'il faudrait quitter la maison... »

Il ne faut pas exagérer sans doute la valeur de ces témoi-

1. tt Noos n'avons trouvé qne huit garçons et trois filles qai se féliciteiit Vrès délibéiément d'en avoir fini. » M. Gréard, p. 157.

PÉDAG06t£

gnages nécessairement limités, et qtti énuMieiit d'ailleiuni 4m rélite de la population écolière; il ne fwit pM non pins en mA^ connaître la portée; lisse résumant en tette double ioMMitt : intelligence de la loi du trarail «t amour de la funllie. Q«» Tamour de la patrie vienne s*y ajouter, et Fécote aurt ûomaé tout ce qu'on est en droit de lui demander- «lie «m af^nt aux enfants à associer à l'idée de la ^e, qui «a f«iid «si «rite du bonheur, l'idée du devoir «t celle des pltts pur», te |i(us sentiments.

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