Esprit des lois, liv. IV, ch. vm
comme nous rapprend Aristote *. Elle servait d'abord à préserver' de toute méprise dans les acquisitions que Ton avait à faire, «t à n'être pas trompé dans les ventes et les achats de meubles et d'ustensiles ; et, d^autre part, elle contribuait à donner un sentiment plus exact de la beauté des formes et des corps. Dans presque toutes les villes de Grèce^ l'enseignement du dessin était obligatoire.
Si l'on cherche quel était le rôle de l'Etat dans l'éducation, on remarque un frappant contraste entre les deux races principales qui se partageaient la domination de la Grèce, la race dorienne et la race ionienne. L'esprit dorien, personnifié dans la cité de Sparte, était dur, austère, positif, peu ouvert à ridéal, en revanche ami de la règle et de l'ordre ; l'esprit ionien, dont Athènes était la plus brillante expression, était léger, subtil, indépendant, ami du beau, épris de la liberté, mais d'une liberté qui allait volontiers jusqu'à la licence. L'éducation devait se ressentir de ces diversités.
Chez les uns comme chez les autres, elle avait avant tout pour but de former des citoyens ; la personnalité disparaissait presque entièrement devant l'intérêt de l'Etat; mais, à Sparte, •ce principe était porté à ses dernières conséquences. L'éducation était uniforme, commune et exclusivement publique ; les droits de l'individu, comme ceux de la famille, étaient annulés et absorbés par la cité. Dès le bas âge, la loi s'emparait ^e l'enfant : non seulement le magistrat, mais tout homme libre avait qualité pour l'interroger, lui donner des avis, même le châtier. Il apprenait ainsi le respect de l'autorité, le culte de la vieillesse, que le jeune Athénien ne possédait pas à un égal degré; il apprenait à supporter la fatigue, la douleur même la plus vive sans se plaindre. Jamais race ne fut plus endurcie à la soufiErance, comme le montre la légende connue de l'enfant qui, tenant un renard caché sous sa tunique, se laisse mordre et meurt sans crier. Un poète, M. de Laprade, s'est emparé de l'anecdote 2, et la citation n'en sera pas déplacée ici :
Ils içaTchaient, de la flûte observant la cadence. L'œil sévère du maître ordonnait le silence,