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UAvare, acte 111, scène

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étendue; en Tabstrayant, elle obtient leTomme; ixi«B,ecfiniAe 99 le volume avec ses trois dimensions était encore mi objet trop complexe, elle le réduit an plan, à la ligne, an point. Les mathé* matiques se meuvent dans le champ des quantités qu'on appelle abstraites; Talgèbre ne veut même plus des nombres et se crée des signes encore plus simplifiés. Aucun objet réel ne correspond dans le monde extérieur aux conceptioin sur lesquelles opèrent et raisonnent le malbématieiBn et le géomètre; les corps ne peuvent en offrir que des r^résentations pins ou moifis inexactes. De mÔme, les propriétés et les lois des eorpa n*cmt pas d'existence réelle et indépendante de ceux-ci : ^es sont des rapports dont la raison d*étre est dans Fexistencé et la succession des phénomènes. La vie elle-même n*est pas, en dehors des corps qu'elle anime.

Il 7 a des degrés dans l'abstraction. L*idée de cooieur rose est abstraite par rapport à l'idée de laileur ainsi colorée; fidéede couleur, indépendamment de tout objet coloré, est encore plus abstraite, ti l'on peut ainsi parler ; c'est qu'elle est en même temps une idée générale. L'idée générale elle-même est plus ou moins générale. Pierre, Paul, Jean, leannette sont des individus isolés dont j'ai l'idée concrète et individuelle ; réunis dans ma classe, ils constituent mon école; j'ai Tidêe d'élèves, idée abstraite et générale; il y a d'autres enfants dans la commune; j'ai l'idée d'enfants, également abstraite et générale, mais à un degré supérieur. Les enfants ne sont qu'une partie de la population de ma commune; les habitants de ma commune, une partie de la population de la France : les Nancêîens, les Glermontois, les Parisiens, idées générales ; les Français, les hommes, le genre humain, idées de plus en plus générales, mats dans ehacune desquelles se retrouvent deux caractères, qui résultent des degrés mêmes de leur généralité. Ces deux caractères sont l'extension et la compréhension.

L'extension se dit du nombre des objets auxquels s'applique l'idée générale ; la compréhension, du nombre des qualités communes à ces objets. U suit de là que la compréheonon et l'extension vont en sens inverse : plus le nombre des objetei

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aagmente, plus diminue celui de leurs qualités communes. Tous les êtres que nous savons répandus dans Tunivers, qui ent des organes, qui spnt capables de mouvement, de sensibilîtë, d'Intelligence à quelque degré, constituent le règne animal et sont innombrables ; les caractères qui leur sont communs à tous sont au contraire réduits au nombre de quatre ou cinq; l'idée générale d'animal a donc une extension considérable et une compréhension limitée. Les hommes sont moins nombreux que les animaux, ia race biand&e moiiis nombreuse qae l'hiimanité tout entière; en revanche, il y a entre tous les hommes un plus grand nombre de caraotères commuas qa'entre iou», les animaux, puisqu'aux caractères qui appartie&nent à ceux-ci s'ajoateat oeux qui n'appartienaetit qu'à l'homme, tels que la conseienee du Men et du mal, le libre arbitre, etc. La race bluieiie possède ces caractères, et en outre certaines qualités particulières qai la distinguent de 1& race noire, de la race jaaae, etc. L'idée de race Maadie est donc moins étendue et plas oompréhensive que l'idée de genre humain ; Tidée de genre htrmain, que l'idée de règne animal. L'idée générale la plus étendue est celle d'être^ qui embrasse tous les êtres, aussi bien la plante, la pi^re, que l'aniaia], l'hemme et Dieu; elle est en même temps et par la même raison la moins eompréhensiva, parce qu^t i'a»iv»ersalité des êtres ne répond plus qu'un seul caractère eoimnun, Texietenoe. .

La llHcuité noaveile qui se manifeste ainsi est la généralisatioti ; elle suppose le trarail antérienr de la perception, de la oomparuBon, de rattention, de la mémoire et de l'abstraction. Sans elle, il n*y aurait pas de science possible, parce qu'il n'y anrait ni classiRcations pour mettre de l'ordâre dans la multiplicité presque infinie des phénomènes et des êtres, ni lois pour donner la raison des faits, ni règles^ de quelque nature qu'elles soient. Il n'y aurait pas pie» de grammaire cpie d'alg^re, pa3 plus de pédagogie que de physique, pi» pktô de géométrie que de chimie, pas plus d'histoire que de botanique ; il n'y aurait ni morale, ni logique, ni jurisprudence, ni médecine, ni science, ni art, rien en nn mot de ce qui porte le caraet^» de la théorie et s*élève au-dessus des phénomènes. Les lois de la chute des corps, de la vitesse du son, de la chaleur, de la lumière ; les préceptes de la médecine et de l'hygiène; les règles de la gram-

maire et du calcul, les définitions, etc., sont des idées générales. La science a donc pour objet les idées générales, qui en deviennent Fexpression lorsqu'elles sont exactes. Si toute idée générale est nécessairement abstraite, la réciproque n'est pas vraie : ridée abstraite n'est d'abord qu'une idée particulière, et souvent elle reste telle,

De même qu'il y a des idées abstraites et des idées générales, il y a des termes abstraits et des termes généraux. Le langage, expression et signe extérieur de la pensée, prend ici une importance particulière.

A son début,, la pensée n'est qu'une apparition rapide et fugitive ; à peine née dans notre esprit, elle s'évtinouit, si elle ne prend une forme. Les mots n'ont de valeur qu'en tant que représentant des idées, mais sans eux les idées ne sauraient être ni fixées, ni analysées, ni comparées, ni classées. Le langage est, à ce point de vue, un instrument d'abstraction et de méthode : grâce à lui, la pensée, au lieu de se répandre confusément, de disparaître sans laisser trace d'elle-même, se modère, s'affermit, se régularise et en quelque sorte se possède. Il en est ainsi pour toutes les idées, à plus forte rcdson pour celles qui, comme les produits de l'abstraction et de la généralisation, ne répondent dans la nature à aucun objet réel, et qui, par conséquent, nous échapperaient aussitôt formées, au cas où elles réussiraient à se former, si elles ne prenaient pas corps dans un signe qui les saisisse et les fixe. Et, à ce point de vue, il faut bien remarquer que, sauf les noms propres, tous les mots sont des termes généraux. Serait-il possible de désigner par un signe particulier, c'est-à-dire par un nom, chaque oiseau, chaque plante, chaque arbre qui existent ou seulement que nous voyons? C'est déjà beaucoup d'attribuer un nom à chaque espèce, chien, cheval, fauvette, chêne, rosier, etc. Jamais on ne s'est avisé de donner des noms à chaque brebis dont un troupeau est composé, à chaque feuille d'herbe qu'on foule aux pieds, pas plus qu'à chaque grain de sable qui se trouve sur le chemin ^ Gela fût-il possible, que ce serait inutile,

1. Locke, Essai philosophique sur Ventendement humain^ liv. III, eh. 3.

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et môme opposé à la fin principale da langage. Je ne puis être entendu de mes semblables qu'autant que les mots dont je me sers ont pour eux le môme sens que pour moi : il faut pour cela que ces mots aient une certaine généralité et évelilent chez eux des idées communes à tous les esprits. Le mot eneval représente une idée qui est, comme on dit, à la porlée de tout le inonde ; mais non pas le mot Bucéphale, car tout le monde n'a pas entendu parler du cheyal d'Alexandre. Et encore le cheyal d'Alexandre est-il quasi historique, en sa qualité de cheval d'un héros. La multiplicité des signes, au lieu d'aider la pensée, serait pour elle un embarras et un obstacle. L'attention la plus soutenue essayerait en vain de se reconnaître et la mémoire la plus fidèle de se retrouver dans le chaos des faits particuliers, des idées particulières et des noms propres. Il est de toute nécessité que l'abstraction et la généralisation nous fournissent leurs formules.

Mais, pour indispensables qu'elles soient, ces formules ne doivent pas prendre la place des idées : elles en sont le vêtement, non la substance ; elles les manifestent, elles ne les créent pas. C'est ce qu'on est enclin à oublier. Il est plus facile à l'esprit de s'attacher au signe, qui est quelque chose de matériel, qu'à dée, qui est immatérielle. « La plupart des hommes, dit Descaries ^, donnent leur attention aux paroles plutôt qu'aux choses, ce qui fait qu'ils donnent bien souvent leur assentiment à des choses qu'ils n'entendent point. >^ Aussi les mots tendent à se substituer insensiblement aux idées ; ils paraissent bientôt plus réels que les idées qu'ils représentent et que l'esprit oublie pour ne plus voir qu'eux. C'est un danger surtout lorsqu'il s'agit d'idées dont l'objet n'est pas une réalité substantielle, comme les idées abstraites et générales, qui sont le produit d'un travail de l'intelligence : si le signe qui leur prête corps n'est pas en parfaite conformité avec elles, si le rapport primitivement exact vient à être modifié, le sens originel altéré ; si la formule, pour une raison ou pour une autre, n'est pas ou n'est plus la représentation fidèle de l'idée, voilà Terreur fixée dans l'esprit, et engendrant une suite d'erreurs, puisque les idées se tiennent. Supposez en géométrie une défl-

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