‹ Pédagogie à l'usage de l'enseignement primaireChapitre 78 sur 206 · W., ibid., p · texte numérisé non relu

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l'imagination 2i3

sentiment d'autant plus vif qu*il entre d'instinet dans le rôle de ses personnages, s'apitoie sur leurs malheurs, partage leur mauvaise fortune : il ressent déjà ce qu'on apppelle rémotiou tragique. ^

Ce goût du drame n*est qu'une forme du goût du merveilleux, dés fictions; il serait plus exact de dire le goût des récits. [ car le petit enfant ne discerne pas d'abord la fiction de la réa^ , lité. Le merveilleux ne Tétonne pas et lui semble naturel. De là vient — et c'est ce qui exige de la part de l^éducateur un discernement parfois très délicat — que les enfants confondent souvent leurs souvenirs avec leurs conceptions et mentent sans le savoir. Cependant cette aptitude à accepter les contes comme vrais ne serait encore que de la crédulité : pour qu'il y ait imagination, il faut que l'esprit, si impressionné qu'il soit, ne reste pas incapable de faire la part de la fiction. Or, si l'on observe le travail qui s'opère dans la tête de l'enfant, on verra cette condition se réaliser insensiblement. Il commence par croire aveuglément, à ce point que, si vous changez quelque chose à un récit qui l'a charmé et qu'il aime à se faire redire, il vous redressera et pour un peu vous reprochera de le tromper. Mais, par contre, on peut constater un fait qui est l'opposé de celui-ci quand on raconte une histoire à un enfant et qu'elle l'intéresse, il s'y associe volontiers par des corrections, par des additions arbitraires, selon le caprice de son imagination et de sa curiosité ; il se met ainsi, de moitié dans le récit et suggère au narrateur ce qu'il désire entendre raconter ^ Cette intervention personnelle du jeune auditeur est sans doute inconsciente; elle n'en prouve pas moins en lui la faculté de distinguer la fiction, faculté qui ne tarde pas d'ailleurs à s'affirmer plus nettement et qu'il exprime à sa façon en disant d'une chose que « c'est pour jouer », ou « c'est pour rire ».

On remarque en effet que l'enfant est, de bonne heure, sensible à la plaisanterie : il la comprend, il rit, il aime à rire, à voir rire et à faire rire : on joue à lui faire peur, et ce jeu l'amuse; quand on le regarde jouer, il est content et fait toutes sortes de mouvements, prend toutes sortes de postures, pour

i. M. Egger, p. 59.

anuser ceiiX qjai le regardent. Il a donc le sentiment dtt comi* qae et ft»ssi eelai du ridicule : il s^aperçoit trôs bien qn'on se moque d^ lui, il sait de son côté se moquer des autres et saisit le côté comique des récits qu'on lui fait, tout autant qu'il ^ei^ saisit, nous Tavons déjà tu, le eôté tragique. Autant de fAits essentiellement liés à l'exercice de l'imagination, qui «n est Iti source. H n'est même pas étranger au sentiment du beau , | expression de .Hmagination e^hétique : la preuve en est dans l'attraction qu'exercent sur lui les objets brillants et agréables^ led couleurs éclatantes, les images, les visages jeunes et riants,. les sons de la musique ; dans la passion des poupées, des chiffons, de la parure, fort apparente chez la plupart des petites filles.

Nous trouvons donc en germe chez l'enfant tous les étément» de l'imagination créatrice. Il t»'agit de savoir ce que l'éducatiotv en doit faire»

On a« s'avise pas de d^oiander à quoi servent l'attention, 1» mémoire, le jugement» ni si ees facultés sont utiles ou nuisibles; mais on le demande à propos de l'invagination, dont aa général on piMvtt redouter les dangers plutôt qu'apprécier lie» avantagea. U «st bors de doute que rioiagiaatioB entimtne lasr jeunes gens à l'imitation de fâclieux modèlesi dans un âge a^ l'exeoi^le^ puisaant à tout âge, « peut tout ^ ; » qu'elle te lea^ fait retenir eit dérober finement ce qu'ils eatendeat dire ^ » ; qu'elle développe chei eux, par k sentiment d« ridioidei le pencbani à la moquerie, et, par le siuatimeat contraire, le penchant à une faufise sensi^bilité; que l'amour de la fiction, deven» l'amour du roman , leur ôte le goût et jusqu'à l'intelligenoe die-, la vie réeUo» Là sans doute est le grand écueil de l'ime^inaition pour les deux sexes; ta paresse y trouve son compte, et cette inquiétude que rien ne fixe, qui va de projet en projet, ose la vie et n'aboutit jamais. Les désœuvrés, les déclassés, lee oaèeotttenta de tout âge, de toute condition, de toaiie provenance sont

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