Xénophon, VEcowmùiue
L*IMAGINATI01f 2i7
caractère de ses créations. Mais il n'existe pour cela aucune autre culture spéciale à Fécola, aucun autre système direct que rinstituteur ait à appliquer.
Ces premiers résultats sont sensibles dans Tordre des faits, ils ont en quelque sorte une utilité pratique qui se fait sentir dans Texerdce des arts et des métiers manuels. Il y en a d'autres, d'une nature plus immatérielle^ et qui consistent dans le plaisir, dans rémotion que nous causent lesieuvres dites d'imagination. Toute œuvre d'art, poème, roman, tableau, statue, opéra, satisfait quelqu'un de nos sentiments, répond à quelqu'une de nos idées, ea leur donnant pour ainsi dire un corps ; c'est là ce qui fait en particulier le charme des livres dUmagination, surtout dans la jeunesse. Se livrer à son imagination dans ce cas, c'est 86 livrer à ses émotions, et la chose à demander c'est : Que valent ces émotions? Elles sont bonnes ou mauvaises, selon la nature des objets qui les excitent, selon la nature des sujets qjni les subissent, selon l'éducation générale à laquelle ils sont soumis. Rousseau, Kant après lui et d'après lui, sont inexorables sur cet article : ils proscrivent tout aliment de ce genre fourni à l'imagination juvénile, qui est déjà bien assez puissante. Une femme du monde, qui ne faisait métier ni de philosophie, ni de pédagogie, ni même d'esprit, Mme de Sévigné, me semble bien plus dans le vrai : « Il y a de bons et de mauvais effets de ees sortes de lectures, écrivait-elle à sa fille i... tout est sain aux sains... Quelquefois il y en a qui prennent un peu les èhoses de travers; mais elles ne feraient peut-être guère mieux qaand elles ne sauraient pas lire : quand on a l'esprit bien fait, on n*est pas aisé à gâter. » C'est aux parents, aux maîtres d'en jnger, de permettre aux enfants et aux jeunes gens l'amusemen des livres d'imagination, comme ils leur accordent le plaisir d*ttne partie de campagne ou d'un régal les jours de congé ; e'est à eux aussi, bien entendu, de les choisir comme il faut, de les graduer, en commençant par les contes de fées et en arrivant jusqu'à Corneille et même Molière, — un Molière choisi.
Alors il y a plus qu'un amusement, il y a un élément d'instruction et d'éducation. « Quoique le fondement réel de l'intérêt des œuvres d'imagination soit dans les émotions qu'elles
!• Lettre 1253, 16 novembre 4689.
excitent, il y a néanmoins un certain élément inteUectoel dans les tableaux, les scènes et les incidents qui déterminent ees émotions. Ceux-ci s'impriment dans la mémoire par le senti* ment vif qu'ils éTeiUent; ils deviemient une partie du mobilier jntellectuel et peuvent servir comme tels. Us peuvent servir aux créations de notre propre imagination, et contribuent à faÎM comprendre et à orner les vérités plus sévères que nous en« seigne la raison. Si nous passons aux fictions de l'ordre le plus élevé, telles que les œuvres des grands poètes, elles nous fournissent des réunions d'images encore plus belles, en gravant dans notre mémoire les traits les plus sublimes du génie humain. Alors la fiction devient un élément d'éducation. •• L'ia* tervention du maître doit servir à réprimer toute préférenœ émotionnelle exagérée, à en combattre les tendances injustes et la partialité ^.. »
A tout progrès dans l'ordre intellectuel correspond un progrès dans l'ordre moral. Telle est la nature de l'émotion esthétique^ qu'en dilatant le cœur elle satisfait la raison et agrandit la pensée. Admirer est plus qu'une jouissance exquise, e'est un acte qui nous porte bonheur, en échauffant toutes les forces généreuses de notre être. On sort meilleur du théâtre de Gor* neiile, et capable, ne fût-ce qu'une minute, d'égaler ses héros par la sympathie et l'admiration* C'est un rêve, soit, mais un rêve dont il reste quelque chose au réveil. Noos ne sommes pas vainement en communication avec le beau. L'admiration et le goût du beau, dans le domaine de la poésie et de l'art, doivent nous mener et nous mènent effectivement au goût du beau dans l'ordre moral; chacun peut, suivant le conseil d'un philosopha ancien, sculpter en soi-même sa propre statue À l'image de l'idéale beauté. Ils nous mènent aussi k Dieu par le même chemin : comment ne pas remonter de l'effet à la cause, de la copie à l'original, du beau visible à ce l)eau immatériel dont l'aspect, s'il était visible, exciterait en nous ces merveilleuses amours dont parle un autre philosophe? Rien de plus moral, rien de plus religieux, en ce sens, que l'émotion esthétique ; dirigée et développée dans l'âme de la jeunesse, qui lui est ouverte d'instiact, elle doit concourirpuissamment À son éducation,