‹ Pédagogie à l'usage de l'enseignement primaireChapitre 84 sur 206 · Mme de Rémusat, Essai sur TéducaHon · texte numérisé non relu

Mme de Rémusat, Essai sur TéducaHon

2. tt La laison et le sentiment se conseillent et se suppléent toor à tonr. Quiconque ne consulte qu'un des deux et renonce à l'autre, se prive inconsidérément d'une partie des secours qui nous ont été accordés pour nous conduire. » (Yauvenargues, Réflexions et maximes^ 150.)

objets contingents et variables : les formes, lés couleurs, ks corps pourraient être autrement qu'ils ne sont ; noud-mèmes nous pourrions être différemment organisés, an physique et au moral : du moins n'y a-t-il pas absurdité à poser ces hypothèses, elles ne répugnent pas au bon sens. Il en résulte que les idées représentatiyes de ces objets ont le même earactéo'e de variabilité et de contingence. H n'en est pas ainsi de certaines autres idées que nous trouvons en nous ; nous ne saurions admettre, par exemple, que la partie soit plus grande que le tout, que la ligne courbe soit plus courte que la ligne droite, que deux et deux égalent cinq, qu'un carré n'ait que trois c6tés ou qu'un triangle en ait quatre ; qu'un fait accompli n'ait pas une date, qu'un objet n'occupe pas une place. De même, dans le domaine de la morale, nous acceptons nécessairement ce précepte qu'il faut rendre à autrui ce qui lui est dû, et tout ce qui lui est dû.

Ces notions, et autres semblables, ont donc pour caractères d'être nécessaires, universelles, absolues, de s'imposer à notre intelligence, laquelle ne les a pas faites et ne peut pas les détruire. <c Toutes ces vérités subsistent indépendamment de tous les temps ; en quelque temps que je mette un entendement humain, il les connaîtra ; mais, en les connaissant, il les trouvera vérités, il ne les fera pas telles, car ce ne sont pas nos connaissances qui font leurs objets, elles les supposent. Ainsi ces vérités subsistent devant tous les siècles, et devant qu'il y ait eu un entendement humain ; et quand tout ce que je vois dans la nature serait détruit, excepté moi, elles se conserveraient dan» ma pensée , et je verrais clairement qu'elles seraient toujours bonnes et toujours véritables, quand moi-même je serais détruit et quand il n'y aurait personne qui fût capable de les comprendre *. »

On les appelle pour ce motif notions premières. Elles sont premières par leur importance, non par la date de leur apparition. Nous débutons au contraire par les idées sensibles, et, sans les idées sensibles, les notions premières n'auraient pas d'occasion de se produire ; mais elles n'eu sont pas moins à la base de toutes nos connaissances et en forment comme la con-

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