I. M. Pérez, Ouv, ciié, cb. II, p
et un acte intentionnel. Or, s'il est cause, Tenfant est par Ik môme, et dans une certaine mesure, moralement libre, responsable, méritant et déméritant. Il l'apprendra petit à petit, souvent à ses dépens, par Texpérience journalière et non par des théories auxquelles il n'entendrait rien ; mais on voit parla quelle est, au point de vue pratique, Pimportance des notions premier es.
Un enfant de sept ans, cherchant avec son père un objet perdu et ne pouvant le retrouver, dit : « Pourtant quelque chose est toujours quelque part. » C'est, ajoute M. Egger*, qui cite le moty « c'est sous une forme bien naïve, mais déjà trèsclaire, ridée que toute matière occupe une place dans l'espace ; je n'aurais certes jamais songé à la lui enseigner ; la formule générale s'est dégagée toute seule, et sans aucun effort appréciable à nos yeux, de l'observation d'un fait particulier... L'enfant exprimait ainsi un besoin invincible de l'esprit, une de ces conceptions nécessaires qui ont leur expression enfantine et irréfléchie bien avant que la philosophie en ait trouvé la formule savante. » Ce qui paraît échapper plus longtemps à la raison de Tenfant, c'est la conception d'infini : il a très bien la notion d'espace, mais non d'espace infini ; l'espace, pour lui, est toujours représenté par quelque chose qu'il voit , et qui par conséquent est borné, si loin que s'en étende l'horizon : a le ciel », telle en est pour longtemps la plus haute expression.
II en est ainsi de la notion de durée. L'enfant n'a qu'une idée trèâ va^ue du temps, et c'est pour cela qu'il n'en connaît pas le prix. <c Perdre son temps » est une expression qui, pendant plusieurs années, n'a pour lui aucune signification morale, parce qu'elle n'a guère de signification logique. II comprend bien, m'objeetera-t-on» qu'il faut un certain temps pour faire telle oa telle chose, qu'entre hier et aujourd'hui il y a un temps écoulé; l'exerciee de la mémoire, nous l'avons vu, serait sans cela impossible. Combien de jours avez-vous mis à apprendre la table de multiplication? Comibien de jours a duré votre cahier?' Un enfant pourra répondre à ces questions avec un pead'effort, mais sans se rendre pour cela bien compte de la durée relative. Les mots un an, un mois, n'ont pas de sens précis dans la bouche d'un petit enfant; le mot toujours, dans la boucha
i. Observations et réflexions, p. 65.
d^un enfaiit même plus âgé : la conception de Finfini dans la * durée lui échappe. La seule ouverture par où il puisse jeter une vue un peu moins incertaine sur la notion d'infini se produira & propos de la grandeur numérique, qui est Fobjet de Farithmétique. Il comprendra qu'on puisse rendre un nombre toujours plus grand en y ajoutant toujours de nouvelles unités, et le porter ainsi à Finfini. Mais c'est Finfini de la grandeur, et nor celui de la durée.
Quant à l'idée de Dieu, c'est un fait que Fesprit des enfant Faccepte aisément, sous la forme d'un Dieu père et créateur L'hérédité, Féducation, la coutume y sont bien pour quelque chose *, mais pas au point de créer la notion elle-même. Rousseau a beau dire que cette idée ne peut être que superstitieuse, parce que pour avoir accès dans l'intelligence de l'enfant elle traverse nécessairement -des images sensibles : Kant nous paraît ôtre dans le vrai plus que Rousseau, en affirmant que l'analogie avec l'idée d'un père de famille rendra claire pour les enfants la notion de Dieu. En réalité, c'est la seule manière de la leur faire comprendre , et il n'y a rien là qui choque les procédés logiques de la raison : l'idée d'un Dieu père et créateur ,^ outre l'analogie avec celle du père de famille, n'est au fond que l'idée de cause première, sous une forme accessible à l'intelligence enfantine.
Ce que nous avons dit suffît pour montrer ce qu'est la raisor
1. « Que, dans une société civilisée comme la nôtre, Féducation aide beaucoup k la raison de Fenfance, cela n'est pas douteux ; mais ce qui Test moins MCote, c'est la âoeUité naturelle de l'enfance à suivre sur ce point les leçons qu'elle reçoit. L'idée abstraite de l'absolu est presque inabordable à Fesprit humain avant son âge de maturité. Mais l'idée d'un Dieu père et créateur entre dans l'esprit de Fenfant et s'y développe avec une merveilleuse facilité. On est même quelquefois tenté de croire qu'elle n'y entre pas du dehors, qu'il en apporte avec lui le germe dès sa naissance, et que toute notre science consiste à la dégager, à la féconder en Fépurant. Polythéiste, l'homme subdivise l'idée de Dieu ; chrétien ou philosophe déiste, il la personnifie en un seul être ; c'est là toute l'influence de l'éducation à cet égard. L'Athénien ou le Romain croit à plusieurs dieux, parce que sa famille •; croyait à plusieurs dieux ; Félève de nos sociétés modernes n'en reconnaît qu'on, parce que nous dirigeons en ce sens l'esprit religieux de l'enfance. Mais, des deux côtés, on observe le même besoin d'admettre une cause personnelle et vivante de tous les phénomènes que le monde déroule sous nos yeux. » (M. Egger, p. 67.)