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Dialogue sur les oratevrs

INTRODUCTION ij

sa maison et le soin de ses enfants. On choisissait aussi une parente d'un âge plus mûr : c'est & ses mœurs pures et exem* plaires qu'étaient confiés tous les rejetons d'une même famille^ et devant elle il n'était jamais permis de rien dire qui parût honteux^ de rien faire qui semblât peu honorable ; et co n'était pas seulement les études et les occupations des enfants, mais leurs jeux et leurs délassements, qu'elle tempérait par une certaine pureté, par une certaine retenue. Il résultait de cette discipline et de cette sévérité que ces naturels francs^ purs, qu'aucun vice n'avait détournés, se livraient aussitôt, et de tout cœur^ aux arts honnêtes. »

Les soins de l'éducation se partageaient entre le père et la mère de famille. Les mères, à Rome^ n'avaient ni les mœurs ni l'exagération de patriotisme que l'éducation donnait aux femmes de Sparte ; elles avaient plus de retenue et plus de sérieux dans la vie que les Athéniennes. Durant les six premiers siècles , les matrones romaines étaient tenues dans la dépen* dance la plus étroite p^ les lois sur le mariage ; et, soit comme résultat de cette dépendance^ soit par l'effet des mœurs générales^ leur conduite fut longtemps irréprochable : au point qu'il paraîtrait que ce fût seulement au sixième siècle de Rome qu'on vit le premier cas de divorce. On comprend qu'elles avaient d'autant plus d'ascendant sur leurs fils, qu'elles-mêmes étaient plus entourées d'estime et de considération. Goriolan, cédant aux larmes et aux prières de sa mère, en est une preuve,, et l'on sait ce que les Gracques devaient à leur mère Gornélie, Après avoir allaité leurs enfants, comme la femme de Gaton le Genseur^ les mères s'attachaient à les élever, à éloigner d'eux toute mauvaise influence. Au foyer domestique régnaient la simplicité et la sobriété ; les repas avaient lieu en famille, pour que les pères donnassent l'exemple de la modération dans le boire et dans le manger. L'usage du vin était interdit avant l'âge de trente ans. La puissance paternelle était illimitée. Même parvenus à Fâge d'homme et mariés^ le père gardait sur ses enfants une autorité telle, qu'il pouvait les envoyer en prison, les obliger de travailler aux champs, les donner à gages et (les vendre jusqu'à trois fois, s'ils retombaient entre ses mains^ après avoir été vendus une première et une seconde fois ; enfin il avait sur eux le droit de vie et de mort. L'histoire cite, entre

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autres exemples/ MaQliu&, suraonimé depuis Torquatus> qui fut relégué aux champs par soâ père, associé aux travaux des esclares, parée qu'une difficulté dans la prononciation semblait devoir le rendre impropre aux charges publiques. Ce même Manlîus Torquatus, devenu consul, Ût mettre à mort son fils «n présence de toute Tarmée, pom* avoir combattu malgré sa défense. C'était donc au sein de la famille et sous la conduite paternelle que les enfants faisaient leur éducation de citoyens : ils y apprenaient Tobéissance, la soumission aux lois, le respect du serment, qu'aucun peuple n'a pprté plus loin ^ Un magistrat, chargé spécialement de veiller sur les mœurs, rappelait au bedoin à leurs devoirs les pères qui s'en écartaient.

Le père avait aussi la charge de donner ou de faire donner l'instruction à ses enfants, instruction primitivement fort restreinte. A cet égard, Gaton le Censeur est le type du vieux Romain* Parmi ses esclaves, il en avait un qui servait de pédagogue à d'autres enfants, mais il ne voulut pas lui confier son fils. Luimême il lui montra d'abord à lire et à écrire, puis la grammaire, l'histoire, lui mettant sous les yeux les exemples les plus mémorables. A son intention, il écrivit une histoire des origines de Rome et des villes italiques. Il soignait en même temps le corps, non par les joux du gymnase, comme en Grècç, <$e qui ne fut jamais pratiqué à Roxûe, . mais en l'exerçant à monter à. cheval, à manier le&. armes, à. nager, à endurer le froid et le chaud. Cicéron s'occupa aussi directement de l'éducation intellectuelle de son fils et composa pour lui plusieurs traités, entre autres celui des Devoirs,

Mais tous les pères ne pouvaient pas faire conune Caton ou €icéron; ils prenaient alors chez eux* un esclave lettré ou un pédagogue libre pour élever leurs enfants sous leurs yeux. Cependant il y eut à Rome, et de bonpe heure, des écoles privées, et non fondées par l'Etat, tenues par des maîtres qu'on appelait maîtres des jeux* On y enseignait ordinairement la lecture, l'écriture, le calcul pratique, et peu à peu la musique et la danse, ce que Caton blâmait vivement, comme contraire AUX vieilles mœurs. Cependant depuis longtemps les enfants

1. Tite Live, I, 2, 3. — Montesquieu, Esp-it des lois, liv. VIII, ch. xm.

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«hantaient la loi des Douze Tables, comme à Athènes les lois de €harondas, on jUxAbi leur préambule, dont nous ayons cité quelques paroles *.

Cette éducation était plus propre à former des soldats que des lettrés ; rîndiyidu était, tout autant que chez les Grecs et malgré le rôle différent de la famille, sacrifié à la personnalité collective de TEtat. Mais, ce principe une fois admis, nulle part les conséquences n'en ont été plus complètement réalisées que chez ce peuple, « le plus fier et le plus hardi de tous les peuples du monde, le plus réglé dans ses conseils, le plus constant dans ses maximes, le plus avisé, le plus laborieux, le plus patient >), et dont « le fond était, pour ainsi parler, Tamour de sa liberté et de sa patrie 3. » C'est ainsi que se fonda la grandeur romaine, comme l'a fait voir Bossuet dans une page magnifique : « Qui peut mettre dans l'esprit des peuples la gloire, la patience dans les travaux, la grandeur de la nation et Tamour de la patrie, peut se vanter d'avoir trouvé la constitution d'Etat la plus propre à produire de grands hommes. C'est sans doute les grands hommes qui font la force d'un empire. La nature ne manque pas de faire naître dans tous les pays des esprits et des courages élevés, mais il faut lui aider à les former. Ce qui les forme, ce qui les achève, ce sont des sentiments forts et do nobles impressions qui se répandent dans tous les esprits et passent msensiblement de Tun à l'autre. Quand on a commencé à prendre ce train, les grands hommes se font les uns les autres •. »

Cependant Rome accomplissait sa destinée en asservissant le monde ; les vieilles mœurs disparaissaient avec les anciennes barrières de la république naissante. La victoire, en lui ouvrant le monde de toutes parts, ouvrait aussi la porte aux idées nouvelles et amenait dans les mœurs un changement dont Téducation devait particulièrement ressentir les effets. Dés le commencement du deuxième siècle avant J.-C. les Romains sont maîtres de la Grèce ; mais les Grecs, à leur tour, vont s'imposer aux Romains par leurS arts, leur poésie, leur philosophie. C'est

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