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Connaissance de Dieu et de soi-mfmc, ch. I

Le sang est un liquide, et un liquide capable de mouvement, puisqu'on sent battre le pouls; les artères et les teines qui le renferment ont la forme de conduits hydrauliques : autant de ressemblances avec Feau ou tout autre liquide. De ces ressemblances, connues et visibles, on conclut avec raison une autre ressemblance non visible, renfermée dans les premières, à savoir la circulation du sang. Les effets de la foudre et ceux de Félectricité sont identiques : on en conclut Tidentité de la •cause des uns et des autres. La lune est une planète comme la terre; comme elle, elle est dans le mouvement du système solaire; comme elle, elle parait avoir des montagnes, des vallées, des volcans : on en conclut (à tort) qu'elle est également habitée.

Tel est le raisonnement par analogie. L'analogie est une ressemblance apparente ou incomplète entre des objets d'ailleurs différents; raisonner par. analogie, c'est conclure, de cette ressemblance partielle, une ressemblance totale. C'est aller du connu à l'inconnu sur la foi du connu. Les exemples précédents permettent d'apprécier la valeur de ce raisonnement. Quand les rapports observés sont réels, nombreux, qu'ils reposent sur la ressemblance des effets et des causes, des fins et des moyens, les conclusions par analogie sont valables, comme dans les deux premiers cas; lorsqu'ils sont superficiels, purement exté* rieurs, mal déterminés, les conclusions sont erronées, comme dans le troisième cas. L'analogie peut être un moyen fécond de progrès dans la science. Elle en abrège et en simplifie le travail, en étendant à tous les individus d'une espèce et à toutes les espèces d'un genre les observations faites sur un seul individu ou une seule espèce : qui a bien étudié une rose connaît toutes les roses dans leurs caractères essentiels et communs. Elle supplée à des observations impossibles : le médecin empoisonne un chien avec une substance et en conclut que la môme substance sera mortelle à l'homme ; le physiologiste et le psychologue étudient le cerveau vivant non chez l'homme, mais chez l'animal; le géologue devine la présence d'un métal dans un terrain aux ressemblances de ce terrain avec tel autre ■qui possède cette richesse. En revanche, elle est aussi une source d'erreurs lorsque, indiscrètement maniée, elle s'aventure à assimiler des choses essentiellement différentes d'après de superficielles et trompeuses apparences.

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Dans Ift vie ordinaire, elle peut aussi mener loin. Nous sayons déjà combien il est facile de généraliser à faux. Le monde est rempli d'analogies dont la surface dissimule des différences réelles et profondes. Voici deux fleurs de même taille, de même couleur, venues sous le même ciel ; l^une est un poison, Tautre une plante salutaire. Voici deux hommes, égaux par Tédacation, par la position, de dehors également agréables : chez l'un, ces dehors sont le vêtement fidèle de l'âme; chez l'autre, une trompeuse enveloppe. La pente naturelle de notre esprit nous entraîne dans le champ des vaines conjectures, des suppositions hasardées; nous ressemblons à la bonne femme dont parle Bacon : elle espérait qu'en donnant double ration d'avoine à sa poule, celle-ci pondrait deux fois plus d'œufs; mais la poule engraissa si bien qu'elle ne pondit plus du tout. Fatal résultat d'une ambitieuse analogie l Nous sommes d'autant plus aisément séduits, que le langage se met de la partie : rien de plus habituel que l'emploi de l'analogie dans la langue littéraire et même dans la langue ordinaire. Nous avons déjà dit à propos de l'abstraction que les mots désignant des objets immatériels désignaient primitivement des objets sensibles. C'est par un procédé semblable de l'esprit que s'expliquent ce qu'on appelle les figures de langage, les comparaisons, les métaphores. Les héros d'Homère se traitent, dans V Iliade y de « chien », de « lâche au cœur de cerf », et autres injures de même sorte. Par une image plus gracieuse, Périclès, faisant Téloge de la jeunesse athénienne, tombée sur le champ de bataille, s'écriait : u L'année a perdu son printemps. » Malherbe écrivait à un père pour le consoler de la mort de sa fille :

Rose, elle a vécu ce que vivent les roseSi L'espace d'ua matio.

L'analogie, quoi qu'étant la moins rigoureuse des formes du raisonnement, est peut-être celle qui est le plus fréquemment employée dans la science de Téducation, étant la plus facile à manier. Raison de plus pour y regarder de près. On a constaté que tel procédé a réussi avec un enfant; on en conclut qu'il réussira avec un second, avec un troisième, avec tous. £n prin*

«ipe, et d'une manière absolue, on n'a pas iorU Les méthodes générales d'enseignement, les règles générales de disdplinesmit fondées sur l'analogie, parée que la nature dans son fond est '' identique chez tous les enfants. Mais on voit le damger.de pousser ce raisonnement à la dernière rigueur. Sans doute la nature e^ la même, mais avec combien de diiférenees de «détail, de nuances délicates 1 II faut employer, si je puis ainsi parler, des nuances pareillement graduées dans les applicati(ms particulières de la méthode et de la règle, qui resteront les mêmes, elles aussi, dans leur fond, mais ilont on. mettra les procédés en harmonie avec les difiSérents caracttoes. Vouloir tout assuj^tir indistinetement an même niTeau, c*est agir en Aveugle et aller eotatre la nature même.

L'analogie est plutôt une assodatioa d'idées qu*un raisonnement en forme; elle donne plus souvent la probabilité que la certitude. Les résultats de l'induction ont un caractère plus rigoureux.

Toutes les fois que, dans nos jugements, nos projets, nos actes, nous dépassons les limites du présent dans lequel nous vivons et du lieu où nous sommes pour engager l'avenir et l'espace, toutes les fois que nous disons demain ou ailleurs , nous faisons un raisonnement inductîf. La nuit succède régulièrement au jour et le jour à la nuit; régulièrement les saisons reparaissent dans l'ordre accoutumé, non seulement ici, autour de nous, mais dans toute la France, dans toute l'Europe, dans le monde entier. La ménagère qui remplit sa cruche à la pompe de la cuisine sait que l'eau coulera aujourd'hui, demain, après-demain, toujours dans l'avenir, comme elle a coulé hier, avant-hier, toujours dans le passé, depuis que la môme pompe existe; car nous portons sur le passé, des jugements analogues et avec non moins d'assurance. C'est un procédé de généralisation, familier à Fesprit, qui spontanément, fatalement, transporte * à une classe entière de faits ou d'objets les propriétés ou les circonstances aperçues dans un certain nombre seulement; eu

1. Inânctûn -vient du Uifci<a induoen, transporter, faire passer dans...

d'autres termes, qvà conclut du particulier au général. C'est l'induction. Lesk-isdences expérimentales, qui lui dolyent depuis Baooa leurs magnificpies progrès, ne l'ont ni créée ni inventée; dtes l'ont saisie diuis le fonctionnement naturel de i*intelligenoe et s'mi sont fait un instrument.

Dans les choses ordinaires de la TÎe, le général est une simple extension du particulier; dans la science, le général, c'est la loi. Qa'est-ce que la loi? C'est le comment dés phénom^ïes, roQS^nble des conditions sans lesquelles les phéuomènes, de quelque nature qu'ils soient, ne pourraient pas se produire. Or nous croyons instinctivement à l'existence des leîs qui régissent tons les ordres de faits, non seulement à leur existence, mais à leur staMiité , à leur généralité. Toujours nous attendons le retour des mêmes faits dans les mêmes circonstances ; toute notre vie est gouvernée par cette croyance.! C'est à ^lle qu'obéit ce paysan illettré que vons voyez ensemencer son champ. Qu'elle vienne à s^éclipser un jonr, la vie; est impossible. £n Tan iml, on croyait à la fin du monde ; la terre resta sans coltnre, et la population sans pain. Partent l'histoire nous montre que les dissensions intérieures ont amené la ruine des peuples; nous prédisons à coup sûr qu'une nation divisée périra. C'est une loi de Thistoire. Quand je parle, je fais accorder le vèibe avec son sujet, et l'adjectif avec son substantif; cette règle n'est pas pour moi seul : c'est une loi de la grammaire. Que j'écarte les doigts qui tiennent ma plume, ma plume tombe, et dans les mêmes conditions elle tombera toujours : c'est la loi de la pesanteur.

€ette croyance à la stabilité des lois est chez la plupart des hommes un sentiment instinctif et vague ; chez ceux qui réfléchissent et chez les savants qui ont mission de réfléchir pour tout le monde, c'est un principe, une conviction raisonnée, qui fonde la légitimité et l'autorité des résultats de toute science «xpérûnentaie, tant dans l'ordre moral que dans Tordre physi- •que. La grammaire de chaque Isuigue a ses lois, la grammaire :^^énérale a les siennes ; l'histoire, la géographie, Téconomie sociale, la politique elle-même, toutes les sciences morales ont leurs lois ; la chimie, la physique, toutes les sciences de la na-* ture ont les leurs. Ce qui nous mène à faire deux remarques : la première, que ces lois ont un caractère plus ou moins

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général ; la seconde, qu'il faut distinguer la loi et la eause.

Les règles de la grammaire française ne sont générales que par rapport à la langue française, et ainsi de toutes les autres grammaires. Les règles de l'économie sociale et de la politique, propres à un temps et à un milieu donnés, varient dans un autre milieu et dans un autre temps. Il est vrai que, dans le monde physique, nous n'apercevons plus qu'une généralité prisque absolue ; les lois de la gravitation s'appliquent à tons les corps, non seulement à ceux qui se meuvent sur la terre, mais à ceux qui se meuvent dans l'espace infini. Toutefois, ce caractère de généralité, qui devient l'universalité, n'entraîne pas le caractère de nécessité : en même temps que nous croyons avec la plus entière certitude à l'existence de ces lois, nous pou* vous sans absurdité admettre qu'elles ne dureront pas toiyoors, ou qu'elles auraient pu être différentes de ce qu'elles sont. Ne se pourrait-il pas qu'un jour l'axe de la terre, qui est oblique avgourd'hui, se redressât et devint perpendiculaire à l'édiptique ? Alors il n'y aurait plus de variétés de saisons ; la xone torride aurait un éternel été, les zones tempérées un étemel printemps et les zones glaciales on hiver étemel ; les jours ne seraient plus inégaux dans les divers temps de Tannée, mais constamment égaux aux nuits sur toute la terre^ excepté pour les deux pôles qui verraient sans cesse le soleil à leur horizon. D'un autre c6t6, le soleil, la lune, les étoOes, les minéraux, les plantes n'ont rien qui garantisse leur durée étemelle; la science elle-même nous apprend que la terre n*a pas toujours existé. Cette réserve faite, l'induction mérite confiance ; elle ne donne pas l'évidence démonstrative qui accompagne les vérités nécessaires, puisqu'elle repose sur la stabilité des lois de la nature, qui pourraient être changées; mais, dans le cercle des vérités contingentes, elle engendre une entière conviction, à laquelle on ne peut refuser son adhésion ; el elle remplit le bot de la science, puisqu'elle nous donne la connaissance des lob, qui est tout ce que nous devons loi demander, dn moins dans l'ordre des sciences de la nature.

« Nous savons ou pouvons savoir le eommenty le pourquoi initial nous échappe *• » Le poNTguoi, c'est la cause ; or il n> i^

t. GUeés Imuod»

LE JUGEMENT ET LE RAISONNEMENT 24t

qa'une cause qae nous puissions bien connaître : c'est nousmêmes, notre âme, notre moi, sauf à remonter par ce degré à la connaissance de la cause suprême. Les causes physiques nous sont fermées. Mais lequel est le plus utile, de savoir quelle est la nature des choses, ou de savoir pourquoi leur nature est telle ? Je sais que l'entrée de l'oxygène dans les poumons est nécessaire à l'entretien de la vie ; que l'oxyde de carbone s'unit plus étroitement aux globules du sang que l'oxygène, et que par conséquent il cause la mort s'il est introduit dans la respiration. Gela me suffit ; je puis me passer de savoir pourquoi l'oxyde de carbone a plus d'affinité avec le sang que l'oxygène éi pourquoi l'entrée de l'oxygène est nécessaire à la vie. 11 n'est pas scientifique de s'égarer à la recherche des causes. La ré« ponse du médecin de Molière : que l'opium fait dormir, parce qu'il a une vertu dôrmitive, n'est pas plus ridicule que la question elle-même. Observer les faits, voir comment ils se produisent, les rattacher à leur loi, c'esirà-dire à leur condition d'existence, c'est s'en rendre maître. Il ne nous en faut pas davantage^ et ce résultat magnifique, nous le devons au raisonnement

Ces résultats, bien entendu, ne s'obtiennent que par l'application de règles sévères ; il faut observer les faits, souvent, avec patience, avec esprit de suite ; faire des expériences, les renouveler, les varier, les vérifier par d'autres, prévoir, inventer (nous retrouvons ici le rôle actif de Fimagination), ne pas se hâter de généraliser, ne formuler une loi que lorsqu'on a épuisé tous, les moyens de vérification. Dans ces conditions, le raisonnement inductif surpasse de beaucoup la valeur du raisonnement ana- ' logique. Celui-ci est plus hardi, moins réglé, plus sujet à l'erreur. La pédagogie peut donc employer l'induction dans les cas où elle employerait l'analogie, et avec moins de risques.

Les vérités découvertes par l'induction sont des jugements généraux qui contiennent pour ainsi dire en eux des vérités particulières. Il en est de même des notions premières, des axiomes, des idées nécessaires et universelles de la raison. De part et d'autre, ce sont des principes. Il y a un rapport entre ces principes et les vérités particulières qui en découlent ; établir

^Iie f ÉDAGOGIE

oe rapport, faire sortir ! celles-ci de ceux-là, c'est dédake on rsàsatmer par dédncAion, conclure du général an particulier^ Les gaz et ies 'Kmpeurs sont élastifaes .: loi^de Mariotte, fitînoîpe général. Papin en a tiré cette ooDséqœnoe particiiièra -que la vapeur d*«au eAf^rmée dans nn tnbe iera monveir ua piston ; Fulton, cette «utre >eo&sè({Qenee i^ua fat irapenr peut «être nti- Usée comme force taotriee, La pratiqoe Tenant après la théorie, Stepihenson invente la locomethe, <et Jouffroy Je bateau à va-* peur. — La ligne -droite «es^ le plus court «hemin d'nn point à nn antre : donc Tun des trois côtés dVin trîangie sera moindre que la somme des deux antres. Il ressort de ces exemples que tontes les applications ë» la seîe&oe 4 Tindiistrie reposent sur un raisonnement déductîf ; que l'esprit peut avoir l»esoin de passer par un non^re pins ou moins grand d'intermédiaires pour apercevoir le lien qui rattache les conséqneiïoes au principe. Les sdenees mathématiques, et en particulier la géométrie, «ont un développement dèducdf continu.

La fonne rigonrense du raisonnement déductif est le syllogisme :

Le eerde est une eirconférenee dont tous les points sont également distants d'un point intérieur appelé centre ;

Or les rayons d'un même cercle partent tous du centre pour 4iller rejoindre la circonférence ;

Donc tous les rayons d'un même cercle sont égaux.

Analysons ce syllogisme. Nous y trouvons trois idées, dont chacune constitue l'un des trois termes du syllogisme : i* Tidôe du cercle, appelée terme majeur ou grand terme, parce que c'est une idée générale, un principe ; 2« l'idée de l'égalité des rayons d'un même cercle, terme mineur ou petit terme, parce que c'est une idée particulière dérivant du principe ; 3'* l'idée du rayon ou moyen terme, parce que c'est une idée intermédiaire destinée à montrer le rapport entre les deux autres. La combinaison de ces trois termes ou idées donne lieu à trois propositions : la majeure, qui résulte de la comparaison du grand terme et du moyen terme ; la mineure, qui résulte de la comparaison du moyen terme et du petit terme ; la conclusion , qui affirme le rapport entre le grand et le petit terme.

i. Déduction vient da latin deducere, faire sortir de...

Le syUogisana n*e3t pas toujours établi dans son appareil logique ; il se dissimule sous des formes plus alertes, plus vives, plus bnllaate»y dans te style oratoixe ou poétique, et aussi dans le langage ordinaire ;. mais on le retrouve quand on y regarde de près. La Fontame prête au hibou, dans la fable Les souris et le chai'kuant^f ua raisonnement qui aérait facilement ramené à un syllogisme ea forme. Le hibou ne peut manger toutes les souris qp!il a surpirises, ili ua veut pas. las tuer et il veut, les gacder k. sa disposition :

Cet oiseau raisonnait, il faut qp'ou le ccmfesse...

Voyez que d'arguments il fit :

Quand ce peuple est pris, il' s'enfùif : Boue il faut le aroquer- aussitôt, qu^on le happe. Tout ! il est im^osfiiUe. Et puis, pour le^ besoin. N'en dois*je point garder ? Donc il faut avoir soia

De le nourrir, sans qu'il échappe.

Muis comment? Otons-M les piëd^...

Quel autre art de* penser Âristote et sa sdie

Enseigiventril&,. par. volze foi?*

Le raisonnement déductif, plus rigoureux que l'analogie, est aussi naturel, aussi légitime que l'induction. Il donne à la pensée, comme à la parole, plus de précision et de netteté, permet de vérifier la valeur des arguments en les dépouillant de tout ornement artificiel et en les réduisant à une expression rigoureusement démonstï*ative. Sans lui, répétons-le, les sciences exactes n'existeraient pas, et les sciences expérimentales elles-mêmes se-^ raient arr^ées dans leur marche. Mais fine faut ni le mettre partout, ni se méprendre sur sa juste portée. S'iï fait sortir les conséquences des principes, il est impuissant à trouver les principes : il les suppose; fl est, dit Aristote, « Varrangemmt de plusieurs propositions, non la création d'une proposition. » Car la vérité générale contient et implique les vérités particulièfres qu'il en dégage; la raison est antérieure au raisonnement. Abusivement employé, fi donne au langage une forme pédantesque, une abondance stérile qui l'obscurcissent en obscurcissant la pensée ellemême : là encore, danger de noyer les idées sous les mots, desubstituer les mots aux idées, de perdre la notion de la vérité

i. Livre XI, fable 9

à force de subtiliser : le raisonnemment , comme dit Chrysale , finit par bannir la raison.

Autre conséquence : il entraîne Tesprit de dispute. Nous sommes enclins à penser avantageusement de nous-mêmes, il nous plaît d'avoir raison, il ne nous déplaît pas que les autres aient tort : une fois engagés dans une opinion, nous la voulons soutenir. D'abord nous la tenions pour vraie et nous y étions attachés par ce motif; insensiblement nous le perdons de vue, €t il nous suffit qu'elle soit nôtre ; en la défendant, c'est nousmêmes que nous défendons, notre bon jugement, notre bon sens, notre savoir. Il faut vaincre à tout prix. « Rien n'est plus capable de nous éloigner de la vérité et de nous jeter dans l'égarement, que cette sorte d'humeur. On s'accoutume, sans qu'on s'en aperçoive, à trouver raison partout et à se mettre audessus des raisons en ne s'y rendant jamais : ce qui conduit peu à peu à n'avoir rien de certain et à confondre la vérité avec l'erreur, en les regardant l'une et l'autre comme également probables i. » Un raisonnement faux, présenté de bonne foi, est un paralogisme ; présenté en connaissance de cause, c'est un sophisme.

Revenons à l'enfant, dont nous paraissons nous être éloigné, mais que nous n'avons pas oublié. Il n'est pas douteux qu'i] raisonne; on appelle raisonneur un enfant qui a réponse à tout, qui discute, disons le mot, qui ergote ^. J'ai entendu un petit garçon de cinq ans, d'un caractère fort difficile, répondre d'un air de défi sérieux à son père , qui , exaspéré , levait la main pour le corriger : « Tu veux me battre, mais tu ne dois pas le faire. » Si le raisonnement est un enchaînement de jugements dont l'un est contenu dans l'autre, il y a là un raisonnement évident non dans la forme, mais dans le fond. — Une petite fille du même âge demandait « quand les hannetons pousseraient )>. Elles les avait vus sur les arbres au moment où

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