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IV. — Préparation dirkctb

Le titre du devoir une fois donné, le professeur doit-il dicter une « matière » ou un « canevas » pour indiquer aux élèves les principales idées à développer et leur ordre ?

Les avis, sur ce point, sont très partagés. En général, on répond oui dans l'enseignement secondaire mascu-

(1) E. N. d'instituteurs de Foix.

(2; (collège de Castresr

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lin, non dans l'enseignement secondaire féminin et dans l'enseignement primaire supérieur. Contradiction d'autant plus curieuse que les instructions ministérielles sont les mêmes, tout au moins pour les deux branches de l'enseignement secondaire. Que disent ces instructions'? Elles préconisent la « matière» ; mais elles conseillent de la rédiger d'une manière de plus en plus discrète à mesure qu'on passe des classes inférieures aux classes supérieures, si bien qu'en arrivant au terme de ses études l'élève volera de ses propres ailes. Les instructions entendent que nos élèves fassent l'apprentissage de la liberté, mais elles n'exigent pas que leur initiative soit entravée par les mailles étroites d'un canevas où il n'y aurait plus qu'à broder. On est tenté, dans les lycées et collèges de garçons, d'interpréter les instructious ministérielles en insistant sur les restrictions qu'elles apportent à la liberté. Au contraire, les traditions de l'enseignement secondaire féminin et de l'enseignement primaire supérieur font confiance à l'initiative de l'élève. Je serais fâché, je l'avoue, si ces traditions se perdaient. Rappelons, en empruntant l'heureuse formule d'un de nos correspondants, le principe invoqué plus haut: « la composition française n'est pas pour l'élève un mode d'acquisition de connaissances, mais une occasion d'exprimer des idées déjà acquises » (1) ; les sujets sont empruntés à l'expérience des enfants, au milieu qu'ils ont dû observer, aux événements de leur vie et au monde de leurs connaissances scolaires : ils doivent donc possé-

(1) E. P. S. de Saint Geuiez d'Olt.

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der, sur tout sujet qui leur est proposé, les idées essentielles; on est en droit d'exiger d'eux l'effort de mémoire et d'adaptation nécessaire pour les rappeler et pour les coordonner ; bien plus : on n'a pas le droit de les dispenser de cet effort. Qu'on leur indique les sources auxquelles ils pourront puiser, les lectures qu'ils devront faire pour rafraîchir leurs souvenirs ou pour les compléter : qu'on leur donne — suivant une méthode fréquemment employée — des « directions » suffisantes pour leur épargner des faux pas, des erreurs d'interprétation, des digressions, des fautes de ton ou des fautes de goût. Mais qu'on ne leur mâche pas la besogne, soit en leur fournissant une « matière n qu'ils n'auraient qu'à délayer, soit en procédant à une « préparation orale » dont ils n'auraient qu'à se remémorer les résultats. Lorsqu'ils sont en quête d'idées, guidons leurs pas, mais sous peine d'enlever à cette chasse tout attrait, laissons-les chercher.

Certains professeurs estiment que la « matière » est surtout indispensable pour enseigner aux enfants sinon l'art d'inventer, du moins l'art de composer. En s accoutumant à suivre un plan bien tracé, l'éiève acquerra l'art d'en construire. A force d'y être contraint, il prendra l'habitude de marcher droit. Je crains que ce raisonnement ne soit faux. Un arbre immobile peut bien pousser droit comme le tuteur mort auquel il est attaché ; un être agissant et pensant montre moins de docilité ; pour contracter une habitude, il doit répéter, de lui-même, l'acte auquel on veut l'accoutumer ; ce n'est pas en s'appuyant sur un bâton qu'il apprendra à se

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tenir droit ; c'est en traçant des plans qu'il acquerra l'art de les tracer. Au poiat de vue de la composition comme au point de vue de l'invention des idées, il serait dangereux d'abuser de la « matière ».

Faut-il donc s'abstenir de toute « préparation » et, une fois le sujet dicté, laisser les élèves « se débrouiller »? Ce serait tomber de Gharybde en Scylla. Suivons la voie moyenne que plusieurs rapports nous indiquent. Préparons, avec nos élèves, un sujet de composition ; cherchons avec eux les idées principales ; déterminons leur ordre logique ; appuyons-les d'exemples concrets ; construisons nos développements. Ces exercices de « composition orale (l))'8ont excellents. Mais ne demandons pas à nos jeunes collaborateurs de rédiger cette causerie collective. Proposons-leur, comme travail écrit, de traiter un sujet semblable, non pas identique à celui que nous venons de préparer en commun. <i Une méthode qui paraît avoir donné de bons résultats en sixième, dit le rapporteur du lycée de Tarbes, est la suivante : on fait étudier aux élèves certains morceaux, en leur faisant remarquer le plan, l'enchaînement des idées, la forme, et on leur propose ensuite comme sujets de composition des exercices similaires, mais dans lesquels l'élève a toujours un effort de pensée à produire. Par exemple, après avoir étudié Le Corbeau et le Renard, on pourra donner comme sujet de narration : « le Renard (ou le Corbeau) fait à sa façon le récit de

(1) E. N. d'institutrices de Toulouse.

l'aven turo (1) ». Le procMé peut être employé dans toutes les classes où une préparation est utile ; »1 suffit de l'adapter au genre des sujets et au niveau intellectuel des élèves. Ceux-ci ont à faire un effort de mémoire et un effort d'intelligence; ils ne se bornent pas à rédiger mécaniquement des souvenirs ; ils les transposent et ils doivent, pour transposer, faire œuvre de réflexion. En résumé, plus la préparation indirecte aura été longue, plus la préparation directe sera courte. Plus la culture des élèves sera étendue, moins il sera nécessaire de les guider par une « matière » ou par une « préparation 1) orale. A mesure qu'on passera des classes inférieures aux classes supérieures, on laissera plus de liberté aux jeunes gens dans le choix de leurs idées et de leurs plans. D'abord un canevas et une préparation otale du sujet proposé; puis de simples « directions » ou la préparation d'un suj ;t similaire, jusqu'à ce qu'on en vienne à dicter purement et simplement, sans addition ni commentaire, le titre de la composition.

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