UN REGARD SUR I. ÉCOLIÎ D APRES GUERRE
liens ou de normaliennes serait morcelée en sections dont chacune ne comprendrait que quelques unités ; or. dans des classes si peu denses, l'émulation est faible, la vie intellectuelle languit. Ce n'est pas là ce que nous rêvons pour nos Ecoles normales.
Heureusement, une autre solution nous est offerte par l'une de nos déductions précédentes : si les cadres du personnel deviennent régionaux, pourquoi les Ecoles normales, au lieu de demeurer départementales, ne prendraient-elles pas, elles aussi, un caractère régional ? Dans chaque Académie, une ou deux Ecoles se spécialiseraient dans la préparation des instituteurs du cadre industriel, les autres dans la préparation des instituteurs du cadre agricole. Les Académies du littoral désigneraient une Ecole pour recevoir les futurs instituteurs de la côte. Et, dans chaque ressort, une Ecole normale d'institutrices serait vouée à l'éducation professionnelle des futures < maternelles. »
Cette spécialisation permettrait d'alléger les programmes : au lieu de préparer, comme on le fait actuellement, tous les institiiteurs à toutes les besognes, on dispenserait les normaliens des écoles « industrielles » de l'étude des sciences appliquées à l'agriculture, et réciproquement. Ici ce seraient les sciences physiques, là ce seraient les sciences naturelles qui occuperaient dans les programmes la place prépondérante, puisque l'industrie trouve ses principes dans les sciences physiques tandis que l'agriculture repose essentiellement sur les sciences de la vie. Ici le travail manuel s'exécuterait à l'atelier et à la forge ; là, au jardin ou au champ
d'expériences ; ailleurs dans une • mbarcation de pêche, car on ne concevrait pas plus sans un bateau une école destinée à former les maîtres des futurs marins que sans un champ une école destinée à former les maîtres des futurs agriculteurs. Ici l'enseignement des langues vivantes serait développé, car l'instituteur urbain, dans les cours postscolaires, devra initier les futurs commerçants à la pratique d'une langue étrangère. Là, au contraire, on pourra renoncer à l'enseignement des langues vivantes, car, à la campagne (sauf peut-être dans les régions où le paysan est en contact avec des ouvriers agricoles de nationalité espagnole ou italienne), ni l'enfant ni l'adolescent n'aura l'occasion de sft servir d'une langue étrangère : mieux vaudra, à l'Ecole normale qui prépare des maîtres ruraux, consacrer plus de temps à l'enseignement du français. Ici, enfin, l'école annexe ou l'école d'application devra comprendre plusieurs classes puisque les instituteurs urbains n'exerceront pour ainsi dire jamais dans une école à classe unique. Là, au contraire, l'école annexe devra nécessairement ne comporter qu'une classe ; ce sera une véritable école de hameau, si l'on veut que les élèves maîtres soient sérieusement habitués à traiter les problèmes d'organisation pédagogique que soulèvera devant leur inexpérience le milieu réel où ils débuteront. Bref, chaque Ecole normale aura sa physionomie propre, semblable à celle des écoles où exerceront ses élèves : à leur métier spécialisé ils seront préparés par une école spécialisée.