‹ Pédagogie françaiseChapitre 8 sur 18 · I. — Préparation indirectb : lectures · texte numérisé non relu

I. — Préparation indirectb : lectures

De l'avis unanime, les progrès dans l'art d'écrire supposent des progrès dans la culture générale. Toute leçon scientifique ou historique, en apportant à l'esprit de nouveaux aliments ; tout exercice littéraire, en l'obligeant à classer et à définir, à associer et à dissocier ses idées, est une préparation indirecte à la composition française. La logique elle-même est l'auxiliaire de la rhétorique : un professeur de seconde habitue ses élèves à mettre leurs raisonnements sous forme syllogistique, et il s'en trouve bien (1).

Mais c'est surtout la lecture des classiques qui, en fournissant aux jeunes gens des modèles de pensée et d'expression, les dispose à bien écrire. Ils doivent donc lire les œuvres de nos grands écrivains. En ont-ils le loisir? Oui, si l'on sait répartir entre les divers enseignements les trente heures d'études hebdomadaires et réserver au français la part importante à laquelle il a droit (2).

Manquent-ils de livres? qu'on s'ingénie pour enrichir

(1) Lycée de Foix.

(2) Une circulaire du 29 septembre 1913 avait traité cette question.

leurs bibliothèques. Si !es concessions de l'État sont rares et les cotisations d'élèves insuffisantes, qu'on s'adresse aux Associations d'anciens élèves : elles comprendront aisément que, si leurs prix ou leurs médailles font plaisir à quelques jeunes camarades, des dons à la bibliothèque seraient utiles à tous. Mais ce qui importe surtout, si l'on veut inculquer aux enfants le goût de la lecture, c'est de leur en donner l'exemple. Multiplions, dans les études libres qui terminent souvent la journée, les lectures collectives à haute voix. L'expérience, tentée dans plusieurs collèges et écoles du ressort [h Castres, à Figeac. à Moissac, à Luzech, à Gondom, à Pamiers, etc.), doit être généralisée. Que la lecture soit faite par le chef de l'établissement, par un professeur, un répétiteur, ou par un élève sous la surveillance des maîtres, elle est, dans tous les cas, profitable. Elle l'est d'autant plus qu'elle est plus expressive : sans jouer les pièces, on aura soin de les « dire ». Et l'on choisira toujours des morceaux de réelle valeur. Au lieu de prendre, pour occuper la soirée, le dernier numéro d'un magazine, qu'on n'hésite pas à lire un acte de Molière ou de Hugo : l'attention des élèves ne fera pas défaut.

Beaucoup de professeurs recommandent de mettre entre les mains des élèves non seulement des « morceaux choisis » mais des œuvres complètes (1). Qu'ils s'habituent à composer eux-mêmes leur anthologie. Au lieu d'exiger d'eux, après leurs lectures, un résumé ou

(1) Collège de Lectoure.

L i COMPOSlTlOiN FRANÇAISE lOi

un compte rendu, qu'on leur conseille de faire des extraits (1). Si les œuvres qu ils lisent valent autant par l'expression que par la pensée, il importe qu'ils eu respectent le style.

Enfin, s'ils se prennent d'enthousiasme pour certains des morceaux qu'ils auront lus ou copiés, il conviendra de leur donner l'occasion de les apprendre par cœur et de les réciter. Sur ce point, les conclusions de notre enquête actuelle coïncident avec celles de la précédente : les leçons libres sont recommandées pour former le style comme elles l'étaient, l'an dernier, pour cultiver la mémoire (2).

Page 1