ENSEIGNEMENT DE LA LECTURE
I. Nécessité d'apprendre à lire aux enfants le plus tôt possible, —Il est inutile de démontrer la nécessité pour l’instituteur de rechercher les moyens les plus propres à mettre promptement l'enfant en état de lire et de tirer un utile parti de cet art pour lui ou pour les autres,
La lecture donne pour ainsi dire à l'élève le clef de toutes les autres connaissances. Il n’est pas une branche du programme scolaire qui ne suppose la connaissance de la lecture ou dont l'étude ne se lie intimement avec elle. La langue dans laquelle notre mère nous a appris à balbutier nos premières paroles, dans laquelle elle-même, en nous communiquant son cœur et sa pensée nous az
donné la première initiation à la vie intellectuelle et morale ; la langue que nos pères ont apportée de la noble France et qu’ils ont conservée avec un soin jaloux ; la langue que nos orateurs, nos historiens, 110$ romanciers et nos poètes nous ont appris à aimer ; la langue relève surtout de la lecture, mais de la lecture bien sentie et bien rendue.
De plus, quand les enfants sauront lire, il sera facile de varier leurs occupations en leur donnant différentes sortes de devoirs, tandis que les enfants qui ne savent pas lire, s’occupant constamment des mêmes choses, se fatiguent et s’ennuient durant les longues heures de classe. Dans de telles conditions, le maintien de l’ordre, du silence parmi les com. mençants, devient très difficile, pour ne pas dire impossible, Au contraire, lorsque les occupations sont variées, le temps de l’école paraît infiniment plus court.
L’instituteur a donc intérêt à enseigner la lecture aux commençants le plus tôt possible. Le jour où il sait lire couramment, le tout jeune élève
devient actif ; il cesse d’être un obstacle à la bonne discipline dans la classe.
IT. Divisions de la lecture.-—L’enseignement de la lecture comprend : la lecture é/émentaire ou mécanique, la lecture courante, la lecture expliquée et la lecture expressive,
La lecture élémentaire apprend aux cominertçants à distinguer les lettres, à les prononcer et À réunir les sons représentés par ces lettres, pour en former des Syllabes, des mots et des phrases.
La lecture courante les rend aptes à lire d’une manière juste, nette, claire et assez rapide, une
succession de phrases liées par le sens, en prononçant correctement les mots, sans les estropier, ni les répéter, faisant entendre avec exactitude les sons et les syllabes, et observant les repos e: les liaisons que l'harmonie permet ou requiert.
La lecture expliquée suit de près la lecture élémentaire et la lecture courante, ou plutôt les accompagne toutes les deux. Klle précède la lecture expressive qui ne saurait être enseignée correctement sans la lecture expliquée. On entend par la lecture expliquée celle dans laquelle on rend compte du sens des mots. On doit y joindre les explications grammaticales, étymologiques et autres.
La lecture expressive consiste à marquer parfaitement par les intonations, les inflexions et les mouvements de la voix, les pensées et les sentiments de l'écrivain. Dans la lecture expressive, il ne s'agit plus de rendre compte de chaque mot et de sa valeur, mais il s’agit surtout de traduire, par l’expression de la voix, les idées et les sentiments d’un auteur.
III. Enseignement simultané de la lecture, de l'écriture et de l’orthographe.—Les meilleurs autorités pédagogiques s'accordent à dire que l'écriture et l'orthographe doivent marcher de front avec la lecture et qu’elles doivent être une répétition constante des leçons de lecture,
Cette combinaison repose sur la nature même des choses : la lecture, l'écriture et lorthographe sont des alliées naturelles, puisqu'elles ont un objet unique : la communication des pensées par d'écriture. Elle développe aussi simultanément l’attention, l'imagination, le jugement, l'œil et la main.
La première difficulté que les enfants rencontre quand ils apprennent à lire se trouve dans :1 décomposition des sons en syllabes et en lettres, opération difficile pour un jeune cerveau. Elle sera facilitée par l'emploi des sigxes. Il ne suffit pas de dire à l'élève que tel signe imprimé dans un livre, ou tracé sur le tableau,représente tel son ; il faut lui faire tracer ce signe de sa propre main en même temps qu’il prononce le son convenable.
IV. Lecture élémentaire. Différentes méthodes.— Nous sommes arrivés à la partie la plus importante de notre étude de la lecture. En effet, la lectue élémentaire est la base même de l’enseignement, le point de départ du cours d’études primaires ?
Quelle méthode convient-il de suivre pour apprendre à lire couramment aux enfants, au moins dès la première année de scolarité ?
Avant d'exposer ce que nous croyons être les procédés les plus propres à conduire rapidement et sûrement l'enfant à la lecture courante, nous allons dire quelques mots de l’ancienne méthode dite d'épellation. Elle est abandonnée depuis plus de quarante ans dans les meilleures écoles de France et de Belgique, parce qu’on la regarde, à bon droit, comme contraire à la marche naturelle de l’intelligence de l'enfant.