‹ Pédagogie pratique et théorique [microforme] (volume 2)Chapitre 29 sur 133 · PREMIÈRES LEÇONS DE LECTURE D'APRÈS LA MÉTHODE PHONIQUE · texte numérisé non relu

PREMIÈRES LEÇONS DE LECTURE D'APRÈS LA MÉTHODE PHONIQUE

Les enfants sont rangés en demi cercle devant le tableau-lecture. Le maître désigne le son à (aigu), puis le prononce très clairement. Les élèves répètent à leur tour. Faire remarquer à ces derniers que le son * (aigz,) se rencontre très souvent dans

la langue. Ex: Papa sera sage. La rame de Maxime. Avoir soin de souligner, en pron »nçant chaque mot, les syllables qui renferment la voyelle à.

Les élèves répètent ensemble d’abord, puis un par un, ce premier son.

Le maître trace ensuite la lettre à au tableau noir, répète l’exercice sur le tableau-lecture, et invite les élèves à reproduire sur l’ardoise le signe qui représente le son a.

Lorsque chaque élève sait reconnaître, prononcer et écrire la lettre a, le maître passe aux voyelles e, é, à, i, suivant absolument la même méthode que pour le son a.

Afin de mieux frapper l'oreille de l'enfant, et pour illustrer en quelqu sorte les sons e;'éè, 1, 1] aura recours à de petites phrases du genre de celles-ci :

Maman me donnera une pomme.

Bébé a brisé sa poupée.

Ma imère et mon père m'aiment beaucoup.

La petite f21le timzde.

Avant de passer à d’autres lettres, le maître s'assure que les élèves connaissent parfaitement et savent écrire d'une manière satisfaisante celles qui ont été piécédemment étudiées.

Une fois ces cinq sons : a, e, 6, à, z bien sus des élèves, le maître, suivant strictement la méthode cidessus exposée, passe aux consonnnes bd, f im, n, 2; r, qu’il prononce : 4e, de, fe, Le, me, ne, pe, re.

En réunissant ces quatre sons et ces huit articulations, les élèves sont en mesure de lire et d'écrire quarante syllabes avec lesquelles ils forment des mots et des phrases : bé-5é6, da-da, pa-pa, mè-re, ra-me, pa-pe. LE RI-RE DE BÉ-BÉ. LA MÈRE RIRA. LA PIPE DE PAPA FUME. LA RAME DE RÉMI.

En mêine temps qu’ils apprennent à lire ces petites phrases, les enfants apprennent à les écrire. Dès leur première semaine de cla sse, ils sent couramment et écrivent, passablement, des mots et des phrases à la portée de leur intelligence.

(Nous croyons de notre devoir de rappeler aux instituteurs d'aujourd'hui que c’est à M. J--B. Cloutier, ancien professeur. de l'Ecole normale Laval, que revient le mérite d’avoir vulgarisé la méhode Phonique, au Canada, il y a déjà vingt-huit ans.)

Conséquences des principes de la lecture phonique 1. La distinction de la voyelle ou son d'avec la consonne ou articulation est très apparente.

2. L’omission de tout ce qui n’est pas d’une lecture facile et de tout ce qui constitue une exception est de rigueur.

8. On doit faire usage de la nouvelle appellation et de la nouvelle épellation

V. La lecture courante. —Rendre les élèves capables de lire d’une manière juste, nette, claire et assez rapide, une suite de phrases liées par ie sens, en articulant bien st en prononçant les mots correctement, observant les repos et faisant les liaisons nécessaires, tel est le but de la lecture courante.

La lecture courante, si elle est enseignée par une personne compétente, mettra les enfants en mesure

d'éviter les défauts les plus saillants de notre lecture canadienne. Ces défauts, l'abbé Lagacé, #ncien Principal de l'Ecole normale Laval, les a résumés dans les lignes qui suivent :

“1. Nous n’articulons pas assez en lisant ou en parlant, Ce défaut est surtout sensible lorsque nous laissons tomber la dernière syllabe ‘du mot, ou le dernier mot de la phrase, qui sont, pour ainsi dire, comme l’âme du discours.

2. Nous donnons mal plusieurs sons de la langue ; par exemple, les voyelles nasales in, an, un, on, la diphtongue oi et l'é ouvert grave.

3. Nous faisons grave la plupart des a aigus, et trop graves ceux qui doivent l'être.

4. Nous traînons sur les mots. Nous ne parlons pas notre lecture ; nous la chantons.

Ajoutez à cela le grasseyement, qui st assez commun dans certaines localités, et vous aurez une idée de nos principaux vices de prononciation. ”

Le même auteur indique les moyens de faire disparaître ces défauts :

“1. Eviter de chanter en lisant, c'est-à- lire de traîner sur les mots. 2. Ne laissez passer aucune articulation eans la porter avec énergie. 3. Veillez à ce que les sons soient donnés dans toute leur pureté ; faites attention surtout aux voyelles nasales in, an, un, on, à l'é ouvert grave, à l’a aigu et à la diphtongue oi. 4. Arrêtez, respirez souvent, très souvent. Il n’y a de bonne lecture qu’à cette condition. Consultez en cela le sens de la phrase, la pensée. La ponctuation ne suffit pas pour déterminer les point de repos dans la lecture à haute voix. L'écriture s'adresse aux yeux, la parole aux oreilles. Ce sont deux moyens différents de communiquer sx pensée, deux voix distinctes qui penvent se toucher en quelques points, mais qui ne se confondent pas. 5, Donnez aux lèvres la position qui leur convient ; avancez-les ou retirez-les, suivant le cas. C’est sur le devant de la bouche que se fait toute la prononciation française. 6. Ne laissez pas tomber mollement la dernière vibration des mots, du dernier mot ; c’est là qu’est l’Ame de la phrase. 7. Ne passez pas au chapitre suivant avant que vous ne sachiez bien lire le précédent, quand vous devriez le répéter vingt fois. 8. Enfin, gardez votre voix naturelle, ne la forcez pas et tâchez de parler.” s

Il ya déjà vingt-cinq ans que ces judicieuses remarques ont été publiées. A chacun de nous de diresi notre lecture canadienne a fait beaucoup de progrès depuis un quart de siècle.

Enfin, la lecture courante habituera les enfants à ne lire ni #rop haut ni trop vite; elle ler apprendra à grouper les mots selon le sens, au moyen des repos et de l'accent tonige.

VI. La lecture expliqués—La lecture expliquée rend compte du sens des mots en y joignant des explications grammaticales, étymologiques et autres. ‘ Par elle, dit Chasteau, le maître s'assure que l’on comprend ce qu'on lit ; et, comme il se trouve presque toujours, dans la lecture, des termes que l'enfant rencontre pour la première fois, il est nécessaire . de s'assurer qu’il a tout compris. De plus, quand lélève comprend très bien tous les mots qu'il lit, c'est un exercice très utile que de l’accoutumer à exprimer correctement sa pensée. Cet exercice permet de donner aux enfants une foule de notions intéressantes sur des sujets divers qui ne sont pas mentionnés dans le programme des écoles. Les enfants acquièrent ainsi des notions intéressantes et utiles sur l’industrie, le commerce, les sciences naturelles, et la lecture expliquée devient de la sorte un auxiliaire précieux de la leçon de choses.

Le maître doit préparer sérieusement chaque leçon de lecture expliquée. Ici, il importe de ne rien laisser à l’imprévu, au hasard, car la leçon de lecture expliquée constitue une des parties les plus importantes de l’enseignement de la langue maternelle. “Le maître, s'il sait faire lire, dit Rendu, exerce sous toutes ses formes la faculté de penser.

I1 met en relief, en expliquant les mots, toutes les ressources de la grammaire. ”

La lecture expliquée aide énormément à attein. dre le but que tout éducateur doit poursuivre, À savoir : développer ! ’intelligence, former le cœur et l'esprit de l'enfant, augmenter son vocabulaire, lui inspirer le goût de la lecture sérieuse et Dprofitable.

CONSEILS ET LEÇONS PRATIQUES

Il est absolument nécessaire, avant de donner aux enfants un morceau de lecture à étudier à la maison, que le maître explique les mots ies plus difficiles,

Voici de quelle manière l’on peut s’y prendre pour donner une leçon : ie maître doit lire le morceau d’une voix modérée et ferme, articulant et prononçant purement et énergiquement, puis, il s'applique dans un langage facile et

simple, à faire saïsir aux enfants le sens du morceau. Enfin, il s’assure par des questions habilement posées, si ce qu'il vient d’expliquer a été bien compris.

Si la leçon se donne à un seul groupe, on devra faire lire à chaque élève une ou deux phrases, s’assurant qu’il en a saisi la pensée générale, qu’il comprend parfaitement le sens et la valeur des mots qui la composent.

Si la leçon se donne à toute la classe, il faudra se contenter de faire lire quelques élèves. Autrement, le temps manquerait pour faire lire tout le monde, vu que ces leçons ne doivent pas excéder quarante-cinq minutes.

Soit, par exemple, la petite fable intitulée :

Page 1