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LA GÉOGRAPHIE

Dans l’enseignement de cette matière, comme dans celui de toutes les autres matières du programme, le maître doit avoir recours aux procédés qui font aimer l'étude de cette branche et en rendent la compréhension facile.

Voici la direction que nous croyons devoir donner à ce sujet:

Les mots pôles, équateur, méridien, zônes, longitude, latitude, etc., comportent des explications qui ne sont guère à la porté des commençants. Mieux vaut commencer cette science par l’étude de l’endroit qu’ils habitent. La méthode par décomposition convient très bien quand les élèves sont plus avancés.

Les élèves qui étudient la géographie doivent se servir continuellement d’un atlas ou, ce qui est de beaucoup préférable, de cartes murales. L’instituteur doit les habituer à montrer correctement les lieux, les bornes des pays, le cours des rivières, etc.

Un globe terrestre est un instrument presque indispensable pour bien enseigner la géographie aux commençants.

C’est donc la méthode inductive surtout, qui convient à l’enseignement de la géographie. C’est en vain que nous ferons apprendre par cœur la définition des termes géographiques: c’est en vain que nous chargerons la mémoire des enfants, de toutes les nomenclatures possibles: bornes, étendues, population, etc. S'ils n’ont jamais

appris à se servir avec intelligence des cartes murales, des atlas, des globes terrestres; si on ne les habitue pas de bonne heure à faire eux-mêmes des cartes très simples, mas très exactes, l’étude du livre servira à bien peu de chose.

Dans cet enseignement comme dans celui des autres matières le maître précède, l'élève suit et le livre arrive en dernier lieu, aidant à la mémoire pour qu’elle fixe et retienne l’enseignement oral, rétablissant sous une forme précise ce qui a été appris familièrement.

On doit enseigner la géographie aux enfants dès leur première année d’école. Après leur avoir donné une idée exacte de la terre au moyen d’un globe:—forme—étendue—mouvements—terres-— eaux, on indique l’endroit où se trouve le pays natal Puis, partant de là, on fait connaître la situation des points cardinaux, on fait tracer sur l’ardoise ou le papier le plan de la classe, de l'école, du village ou de là ville, du comté, de la province, du Canada tout entier. Au cours de ces leçons de lieux, il faut bien faire remarquer la situation d’un point par rapport à un autre.

Lorsque les enfants possèdent suffisamment les notions prélimianires et la géographie générale, tant physique que politique de leur patrie, on continu tude de l'Amérique, particulièrement des Etats-Unis, puis successivement, de l’Europe, de l’Asie, de l'Afrique et de l'Océanie.

Durant les deux premières années de la scolarité, enseignement absolument oral et intui

au cours modèle: le maître, la carte et le livre.

Dans l’étude de tout pays, on doit surtout faire remarquer la forme des contours, la masse, puis la direction générale des montagnes et des fleuves. C’est principalement au moyen de la

CARTOGRAPHIE

que nous atteindrons ce résultat. Il faut que la main de l’enfant dessine les contours, les montagnes et les fleuves qu’on veut graver dans sa mémoire. Il faut habituer l'élève à découvrir quelle est la figure géométrique qui pourrait servir le plus convenablement d’enveloppe à tel ou tel pays, à telle ou telle partie du monde. Ainsi deux triangles rectangles superposés de la manière voulue décrivent assez bien la masse des deux Amériques. La fig re géométrique qui sert le plus souvent à la confection des cartes, c’est le carré. Pour faire une carte, deux carrés, au plus quatre, suffisent.

La cartographie seule donne aux élèves une idée juste de la grandeur et de la situation respectives des différentes divisions du globe.

“L'expérience nous démontre chaque jour, a dit un auteur, que la géographie ainsi apprise ne s’oublie pas: les noms sortent quelquefois de la tête, mais la forme y reste. L'enfant ne récite plus, il lit sur la carte qu’il a gravée dans son esprit à force de la dessiner; il saura même bientôt indiquer de mémoire, assez exactement, les contours les plus bizarres et les plus sérieux que la

nature et l’homme se sont plu à découper sur la surface du globe.”

Un autre point qu’il ne faut pas négliger, ce sont les voyages sur la carte murale. Il n’y a rien comme ces expéditions fictives pour développer l'imagination et ouvrir l'esprit des élèves. Durant ces courses rapides à travers les différents pays du monde, l'enfant apprend à connaître les distances et les routes, les climats et les productions, la population les mœurs, la civilisation, l'industrie des différentes régions du globe. (C’est ici le temps de faire servir la géographie à l’histoire: souvenirs historiques, anecdotes, récits; le maitre habile saura profiter de tout, sans nuire à l’enseignement de la géographie proprement dite(1).

QUESTIONS

1. A quels procédés le maître doit-il avoir recours dans l’enseignement de la géographie?—2. Résumez la direction que les Règlements du comité catholique du Conseil de l’Instruetion publique donnent aux sujets de l’enseignement de la géographie.—3. Quelle méthode convient-il de suivre dans l’enseignement de la géograpnie ?—4. Suffit-il de faire apprendre la géographie par cœur aux enfants ?—5. De quoi les enfants doivent-ils apprendre à se servir en étudiant la géographie ?—6. Définissez le rôle du maître et du livre dans l’enseignement de la géographie ? —7. Quand doit-on commencer à enseigner la géographie aux enfants ?—S. Indiquez la marche à suivre en enseignant la géographie aux commençants?—9. Dans l’étude de tout pays, que doit-on surtout faire remarquer à l'élève ?—10. Quel est le meilleur moyen de graver dans la mémoire de l'élève la forme des couatours, la masse d’un pays, puis la direction générale des montagnes e des fleuves ?—11. Démontrez les avantages de la cartographie ?—12. Démontrez l'utilité des voyages sur la carte murale.

(1) Voir Notes pédagogiques, page 282.

NOTES PÉDAGOGIQUES

Géographie:—Dans les deux premières années, l’enseignement est tout À fait intuitif et se donne autant que possible en face des choses. Veut-on apprendre aux enfants à distinguer une île, un lac, un golfe, ete., rien de mieux que de leur représenter ces accidents avec de la terre et de l’eau, que de leur faire observer, s’il y a lieu, ces accidents dans la localité même. Et puis, afin de préparer les enfants à l'intelligence des cartes et du globe terrestre, le maître dessine au tableau noir les accidents déjà observés. De même, les premières notions d'orientation sont inculquées intuitivement, d’après la position du soleil: le matin, à midi, vers le soir. Lt de très bonne heure, les élèves sont exercés à comprendre l'orientation conventionnelle d’un plan, d’une carte, d’un globe. A cet effet,; voici comment on ferait bien de procéder. On place devant eux une planchette ou ure ardoise soutenue horizontalement: on leur demande d'indiquer les quatre

joints cardinaux;rd’après les réponses, on marque le N,lesS, E, l'O; aidé toujours par les enfants, on marque ensuite par de petits rectangles la situation de l’école, de l'église, des routes, etc.; on fixe alors la plarchette ou l’ardoise au mur, le N tourné verticalement en haut; et l’on conclut que les plans et les cartes, P&r Convention, sont toujours orientés ainsi. Par de nombreuses interrogations, les enfants sont toujours mêlés très activement aux leçons. Une définition simple, accompagnée d’un dessin au tableau ou d’une gravure, peut être récitée collectivement; mais aucun livre de géographie n’est utile avec de si jeunes enfants.

Dans tout le cours élémentaire, l'enseignement reste intuitif : mais il se précise graduellement. Dès la troisième année, les enfants ont un atlas pour étudier leur leçon sur la carte; ct la récitation du résumé de la leçon précédente relie celle-ci

la leçon du jour, car il importe de mettre de l’enchaînement dans cette étude si complexe de sa nature. Il faut aussi commencer les exercices de Cartographie, tracés copiés d’abord faits de mémoire ensuite. (C’est à peu près l'unique moyen de donner aux élèves une idée exacte de la situation respective des lieux, de leurs dimensions et de leur importance relative; de leur faire bien observer la forme et les sinuosités des contours, des cours d’eau, des montagnes, etc. Un croquis particulier pour chaque leçon est mis, par conséquent, sous les yeux des élèves. Pour faciliter le travail d'observation et de reproduction, le maître

PUNTO VPN CD PNR CRE ere ET Ed"

enveloppe son tracé dans un rectangle de proportions données et subdivisé au besoin dans en deux où même en quatre carrés, La figure enveloppante peut avec avantage affecter des formes variées, quand la configuration des lieux le permet : cette diversité intéressera les jeunes imaginations et fixera mieux dans la mémoir» l'aspect général des pays. Les résumés, définitions et énumérations seront récités collectivement ou individuellement, mais toujours en se servant de la carte.

Chaque fois qu'il s'agira de faire saisir des notions plus abstraites, on emploiera quelque moyen de concrétisation. Une pomme coupée en deux morceaux, en différents sens, donnera successivement aux élèves l’idée exacte des deux hémis-

hères de la terre, de l’équateur, du méridien, et par suite de la ongitude et de la latitude d’un lieu.

. Les grandes divisions naturelles: géographie physique, géographie politique, géographie économique, sont étudiées séparément; mais sans être isolées trop complètement l’une de l’autre, car elle se pénètrent et s’éclairent réciproquement. Pour mettre un ordre plus logique dans les leçons, la marche suivante est recommandée. Après avoir décrit le relief du sol, on parle des cours d’eau, des côtes, du climat, des productions de toute nature, des voies de communication, du commerce intérieur et extérieure, des industries; on donne des détails instructifs sur la physionomie des différentes régions, sur les nœurs, les coutumes, la religion, la langue, des habitants; on indique les divisions politiques et administratives, etc.; on parle, en passant, des grands monuments, etc.; en ayant soin de montrer aux enfants que toutes ces choses sont les conséquences ’1ne de l’autre. C’est ainsi que l’on crée dans leur esprit des associations d’idées rationelles et qu’on leur fait aimer et comprendre la géog. ‘hie.

Que l’on n'oublie pas surwut que le côté le plus pratique et le plus utile de la géographie est celui auquel se rattachent principalement les notions économiques, agricoles, industrielles ou commerciales, et l'étude des moyens de transport et des voies de communication. Tout cela sera étudié avec le plus grand soin, revu souvent, développé graduellement—non seulement dans les leçons de géographie nationale, mais encore dans l'étude des pays qui ont avec le Canada des relations commerciales, c’est-à-dire les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, les Indes Occidentales, l'Amérique du Sud, 13. Belgique, la Chine, le Japon, la Suisse, Terreneuve, la Hollande, le Portugal, l'Italie, l'Espagne, l'Australie, etc. Atcun détail caractéristique sur ce point ne saurait être de trop —particulièrement avec des élèves plus âgés. Les comparaisons seront ici d’un secours précieux pour simplifier les données

ES

numériques: statistiques qui renseignent sur le mouvement commercial, agricole et industriel: statistiques sur les importations, les exportations, les canaux, les ports, les chemins de fer, etc. Ces chiffres sont flottants, ils varient d’un année à l’autre, et ne seront plus exacts quand l'élève quittera l’€ ole. A quoi bon en charger sa mémoire? On les remplace par des comparaisons, des évaluations approximatives—à l’aide de graphiques — à l’aide de points de repère On dira par exemple: l’année dernière, le commerce total du Canada s’est élevé à la somme de $473,000,000 en chiffres ronds; les importations ont atteint À peu près $260,000.000, et les exportations 8214,000,000; les importations ont donc dépassé les exportations de $46,000,000-— toujours en chiffres ronds. Ces données sont suffisamment approximatives, ct se retiennent facilement. Tandis que les chiffres réels et la balance seraient vite oubliés par les élèves, On dira encore: le Canada exporte en Angleterre telle quantité de produits, aux Etats-Unis la moitié moins, et ainsi de suite pour les Indes Occidentales, l'Australie, la France, l'Allemagne, etc. Ou encore on tracera au tableau noir des lignes de différentes longueurs, représentant appioximativement nos importations et nos exportation:

Ces procédés de simplification devront également être employés pour toutes les autres données numériques, population, élévation des sommets, longueur des rivières, dimension des Jacs, ete. Moins précis en réalité que les chiffres eux-mêmes, ils ont pourtant le don, par un cffet de contraste ou de similitude, de laisser plus de précision dans les esprits et de s’enfoncer mieux dans la mémoire,

Si la simplification des données numériques, et même des nomenclatures, est nécessaire dans la géographie nationale, à plus forte raison s’impose-t-elle pour l'étude des autres contrées ou les notions à retenir peuvent être beaucoup plus générales.

Cette dernière observation indique suffisamment dans quelle mesure il faut restreindre la géographie étrangère.

Enün, le maître pourra parfois appeler à son secours des lectures choisies judicieusement, soit dar les livres de voyages soit dans d’autres ouvrages de science vulgarisée, soit même dans les descriptions littéraires de Châteaubriand, de Bernardin de St-Pierre, ou de plusieurs autres écrivains modernes.

till te. A. OR A . . in, |

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