‹ Pediculoides VentricosusChapitre 3 sur 24 · SORTE · texte numérisé non relu

SORTE

‘régions génitales sont respectées de même que la face.

Le prurit qui accompagne ces lésions est intense. Il dure toute la journée et se prolonge dans la nuit, empêchant le malade de dormir. Les phénomènes observés se bornent là : il n’y à pas d’engorgement ganglionnaire ; à part un certain degré de fatigue créé par l'insomnie, on ne remarque aucun trouble : aucune élévation thermique, aucun malaise, pas d'état saburral de la langue, en somme état général parfaitement bon,

Ces hommes sont traités de différentes façons : les uns suivent le traitement ordinaire de la gale, frictions au savon noir et application de pommade d’Helmerich. Aux autres on prescrit des lavages avec une solution de crésyl et des bains sulfureux. Chez les uns comme chez les autres, la disparition de Péruption se fait en quelques jours et, au bout de peu de temps, ils reprennent leurs occupations.

Restait à trouver la cause de cette petite épidémie, qui, pour si bénigne qu’elle fût, n’en rendait pas moins indisponible une équipe de travailleurs. Le D Loir, directeur du Bureau d'Hygiène du Havre,fut chargé de faire une enquête à ce sujet par le Ministère du Ravitaillement. Aussi, le 24 mai, se rendit-il sur place, accompagné de M. Legangneux, chef du laboratoire d'Hygiène. :

Voici ce qui en résulta :

Avant d’aller à Bizerte charger son blé et son orge, le Shiutuka-Maru avait transporté du charbon à Salonique. A cette époque aucun homme de l’équipage n’avait été malade, pas plus du reste que pendant la traversée pour venir de Bizerte au Havre; aucun d’ailleurs n'avait pénétré dans les

cales. L’éruption paraissait donc s’être localisée aux seuls

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ouvriers qui avaient transporté des sacs d'orge ou avaient été en contact avec les poussières de cette orge.

L'examen de la plupart des sacs qui restaient dans la cale ne montra rien d’'anormal. On remarquait cependant que quelques-uns étaient tachés, ce qui fit supposer qu'ils avaient pu être employés pendant la guerre comme sacs de sable et que, ayant été soumis à l’action de gaz irritants, leur tissu contenait encore une matière vésicante. Mais ils étaient plus grands que ceux employés à cet usage pendant les hostilités, et, du reste, une analyse faite au laboratoire permit de rejeter cette hypothèse. Il paraissait done plausible d’incriminer le contenu même du sac. Lorsque la main était introduite dans le sac, les barbes d'orge piquaient assez fortement l’épiderme. La céréale paraissait de bonne qualité. Un examen plus attentif permit de s'assurer de l'absence d'insectes parasites, en particulier de Teigne des blés. Seuls quelques grains étaient attaqués parle Charançon. On trouva dans les poussières quelques petits coquillages, des débris de paille, des barbes d'orge, mais leur examen ne montra rien qui puisse expliquer les accidents survenus. Par contre on trouva des cadavres de larves d'insectes, noires, déformées et trop malheureusement pour qu'il fut possible d’en identifier l’espèce. On voyait parfaitement à l'œil nu qu’elles étaient couvertes de petites taches légèrement saillantes et de teinte plus claire que les téguments voisins. L'examen au microscope de la poussière recueillie montra la présence de petits animaux ressemblant à des Acariens, d’une longueur d'environ 60 à 80 microns, et qui se déplaçaient en tous sens. Ces Acariens avaient une forme allongée, leur extrémité postérieure était rétrécie légèrement et ils possé-

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daient quatre paires de pattes, En examinant les taches claires que l’on avait remarquées sur les larves on vit qu'elles étaient constituées chacune par une petite vésicule parfaitement ronde en un point de laquelle s’insérait un tout petit corps supporté par huit pattes, identique de forme du reste à l’extrémité antérieure du corps des Acariens qui se promenaient dans les poussières. A côté des individus à partie postérieure globuleuse on retrouvait du reste des individus à extrémité postérieure rétrécie ; et entre ces deux formes on voyait tous les intermédiaires. Tous ces animalcules avaient une taille variant de 40 à 110 microns.

En outre on rencontrait sur les larves une troisième forme, à corps ovale beaucoup plus ramassé. Ils étaient aussi grands que les premiers et mesuraient environ 70 microns. À ces caractères on reconnut alors qu'on avait affaire à un Acarien très curieux, connu depuis une soixantaine d’années sous le nom de « mite du blé» ou mieux selon la nomenclature scientifique de « Pediculoides ventricosus ».

Le mois suivant, juin 1919, deux autres navires, venant d'Algérie, la Ville d'Oran et l’Anglott chargés également d'orge, arrivaient au Havre, contaminés également par le même Acarien. Un an après, en juillet 1920, un navire chargé cette fois de riz, en provenance de l'Extrême-Orient, aborde dans le même port. Lors de son déchargement vingt trois ouvriers cessent le travail pour une maladie cutanée qui ressemble à celle dont nous venons d’esquisser la description. Malheureusement cette fois on ne put constater la présence du Pediculoides faute d’avoir été prévenu à temps pour faire les prélèvements.

De pareils accidents ne paraissent pas avoir été très rares

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dans les dix dernières années. Déjà, en mai 1911 des accidents identiques avaient été observés chez cinq ouvriers qui travaillaient dans les cales d’un navire apportant des féveroles de Smyrne. De 1911 à 1919, toujours, à la même époque de l’année, c’est-à-dire au prin’ temps on trouve dans ce même port six épidémies analogues provoquées par le blé, l’orge ou les féveroles provenant du Levant. Qu'est-ce donc que l’Acarien coupable de ces méfaits, quel est son mode de vie, et contamine-t-il fréquemment les céréales ? C’est ce dont nous allons nous occuper maintenant. |

LE PEDICULOIDES VENTRICOSUS ET SA BIOLOGIE

Cet Acarien à été décrit pour la première fois par G. Newport, en septembre 1848, puis observé peu. après par Lagreze-Fossot en 1850. Tous deux n’avaient vu que les femelles vésiculeuses. En 1877, Geber déeouvrit et décrivit le mâle, que Laboulbène et Megnin retrouvent sept ans après. Depuis, l’animal a été étudié par de nombreux auteurs sous des noms différents.

M. Brücker, notamment, en a fait, en 1900, une étude z00logique très complète et en a donné d'excellentes figures.

Voici la synonymie de l’espèce :

Heteropus ventricosus . . Newport (1850) Acarus tritici . . . . . Lagreze-Fossot (1851) Physogaster larvarum, . . Lichstenstein (1868) Acarus urticans. . . . . Nouffert (1870) Pediculoides tritici . . . Targioni Tozetti (1876) Chriptotes monunguiculosus. Geber (1877) Tarsonemus uncinatus. . . Flemming (1884)

Sphærogyna ventricosa . . Laboulbène et Megnin (1885)

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