‹ Pediculoides VentricosusChapitre 7 sur 24 · LES OBSERVATIONS DE DERMATOSES DUES AU PEDICULOIDES · texte numérisé non relu

LES OBSERVATIONS DE DERMATOSES DUES AU PEDICULOIDES

On trouve dans les publications scientifiques la relation d’un assez grand nombre d’épidémies qui se sont développées dans des conditions analogues à celles observées au Havre.

Les premiers cas de la maladie cutanée due au Pediculoïdes ont été décrits par Lagrèze-Fossot :

En 1849, M. de Labastide, propriétaire à Espalais, canton de Valence d'Agen, avait récolté une certaine quantité de blé entre Valence d'Agen et Auvillars dans la vallée de la Garonne. Après avoir été battu, ce blé avait été porté dans un grenier situé sous le toit et dont les ouvertures regardaient les unes au nord, les autres au midi. Il y était séparé des autres qualités de blé que produit le domaine | par des semi-cloisons de briques et de planches. Il n’y avait dans ce local ni purges ni criblures.

« Vers le mois de septembre 1849, M. de Labastide s’aperçut que ce blé chauffait. Il s’empressa de le faire

descendre dans une orangerie au-dessous du grenier et le

ét À

Had pe

fit passer au ventilateur.La poussière n’incommoda personne Le blé cessa de chauffer. Il fut vendu, dans les premiers jours de décembre à un commissionnaire de Lamagistère. Mais l'acheteur n’en prit livraison que six mois après en juin 1850. Dans cet intervalle il ne fut ni pelleté ni ventilé.

Le jour de la livraison, les hommes employés au transport des sacs ainsi que le mesureur et l’acheteur éprouvèrent de vives démangeaisons. Le mesureur ne pouvant résister à la douleur cuisante qu’il ressentait sur toutes les parties du corps après l’opération du mesurage alla se baigner dans la Garonne. Après un certain temps, nous ignorons le temps quil y resta, mais ilest certain qu'il fut guéri en sortant de l’eau.

Cependant le commissionnaire de Lamagistère expédia ce blé en partie à Bordeaux, en partie à Moissac Les deux convois arrivèrent à destination le 17 juin. Dans ces deux villes le déchargement dut bientôt cesser par suite du refus des ouvriers employés à cette opération, de le continuer. Tous se plaignirent presque au même instant d’une vive démangeaison aux bras, à la face, autour du cou et sur les épaules.

Quelques-uns la disaient plus intolérable que celle causée par la gale.

Chez la plupart cetteirritation de la peau fut suivie d’une éruption de boutons plus ou moins enflammés. Certains de

ces boutons renfermaient un peu de sérosité. Ces faits cau-

- sèrent une grande émotion sur la cale de débarquement à

Bordeaux et à Moissac Les vieux portefaix avaient bien re-

-marqué plusieurs fois que les criblures oubliées au fond des

magasins et les blés avariés, produisaient sur ceux qui les

mesuraient ou les transportaient des démangeaisons assez vives. Bien souvent ils avaient désigné par tradition sous le nom «de purges artusonnées » « blés artusonnés » les grains dont le contact ou les poussières déterminaient ces accidents et sous celui d’Artuson l’être mystérieux et inconnu qui en était la cause. Mais comme jamais les accidents ne s'étaient présentés avec ce caractère de gravité et d’intensité qui venait de se manifester, ils avaient recours pour expliquer ceux dont ils étaient victimes aux suppositions les plus étranges. Des rumeurs sinistres circulaient dans les groupes. On parlait de poison.

A Bordeaux l’autorité intervint et demanda un rapport au Conseil de Salubrité. A Moissac, le négociant qui avait acheté le blé crut qu’une substance délétère y avait été mélangée, soit pour détruire les insectes, soit pour empêcher la fermentation. Il s'empressa de déposer un échantillon chez M. Montané, pharmacien à Moissac, en le priant d'en faire l'analyse et saisit d’une plainte le procureur de la République.

Ces faits se passaient le 17 juin. Etant allé ce jour-là chez M. Montané, M. Lagreze-Fossot, secrétaire du Comice agricole de l’arrondissement de Moissac, vit l’échantillon qu’on venait de lui remettre et sa première pensée fut que les accidents résultaient de la présence dans le blé d’une espèce du genre Acarus.— Il conseilla à M. Montané de placer sur une feuille de papier une poignée de grains,de lui imprimer un léger mouvement de va et vient et de recueillir les poussières qui resteraient attachées au papier et de les examiner au microscope. M. Montané suivit ces indications et cons-

tata dans la poussière un nombre prodigieux de mites.

b Ann, £é

ht ti

M. Lagreze-Fossot les trouva différentes de celles dont il connaissait les descriptions et les figures et resta convaincu quelles appartenaient à une espèce inédite qu'il nomma Acarus tritiei (mite du blé). Le lendemain le procureur de la République désigna quatre experts, MM. Brousse et Rivière,médecins, et MM. Lamboulas et Montané,pharmaciens, pour examiner le blé. Ils reconnurent qu’il était de belle qualité et qu’il n’était pas attaqué par le charançon ; que quelques grains seulement avaient été rongés par l’Alucite, enfin que la poussière contenait une grande quantité de mites découvertes le jour précédent.

MM. les experts sachant que certaines mites sont le principe de la gaie chez l’homme et le cheval, affirmèrent comme V’avaient déjà fait MM. Montanéet Lagreze, que la présence du même genre dans le blé qui leur était soumis expliquait complètement les accidents qui venaient d’avoir lieu.

M. Montané, employant les réactifs, reconnut qu’il n’y avait aucune trace de matière toxique dans le blé.

Deux jours après, le blé lavé dans des tonneaux avec de l’eau du Tarn et séché au soleil, fut entièrement débarrassé des mites et les portefaix qui le transportèrent après cette opération n’éprouvèrent aucune démangeaison.

Cependant le Conseil de Salubrité de la ville de Bordeaux déclara dans son rapport :

1° que le blé soumis à son examen était vieux et piqué;

2 qu'il paraissait avoir subi un commencement d’altération et de végétation anormale à l’extrémité des graines.

3° que cette végétation était formée d’une espèce de duvet formé de petites lames très aiguës et très fines appréciables

à la loupe et se détachant avec beaucoup de facilité.

Er s0rer

4° que ce duvet produisait sur la peau chaude et humide le même effet que celui des orties,c'est-à-dire de l'irritation, de la démangeaison et enfin de petites phlyctènes.

5° que ces phénomènes pouvaient être aussiattribués aux uombreux Coléoptères que ce blé renfermait.

6° que l’analyse chimique n’avait fait découvrir aucune trace de substances toxiques. :

Ce rapport publié par le Journal des Débats du 13 juillet, reçut une si grande publicité que M. Lagrèze-Fossot crut utile d'en relever les erreurs dans le Courrier du Tarn-et- Garonne du 19 juillet et répéta que le blé de M. de Labastide n’était ni vieux, ni charançonné et que le duvet n’était simplement qu’un pinceau de poils qui existe toujours à la base des stigmates dans la fleur du blé et qui persiste au * sommet de l'ovaire devenu fruit».

Pendant l’été de 1867 une maladie cutanée fut observée épidémiquement dans un grand nombre de communes du département de l'Indre. Après les longues pluies de cet été, les blés avaient été tachetés et les paysans qui étaient occupés à remuer ce blé eurent une éruption prurigineuse sur toutes les parties exposées. Des individus qui n’avaient pas touché à ce blé, mais qui couchaient dans des pièces situées au-dessous des greniers furent atteints de la même façon. Rouyer, qui observa ces faits, vit à la surface de la peau des malades un grand nombre de points noirs qui se mouvaient. Il en vit autant sur le blé malade. Il adressa un flacon du blé altéré à Robin qui en fit une étude complète. Il s’agit bien du Pediculoïdes ventricosus.

L'année suivante, 1868, les mêmes accidents cutanés

firent leur apparition dans le département de la Gironde.

M, Ne

Des portefaix qui transportaient du blé étaient, rapporte T. Desmartis, couverts de vésicules et le vulgaire prétendit que le blé était empoisonné. Ce blé fut analysé et les chimistes n’y trouvèrent rien. Le Conseil d'Hygiène du département se perdit en conjectures. Un naturaliste plus avisé examina au microscope les détritus de ce blé et y trouva PAcarus tritici déjà décrit par M. Lagreze.

En 1872, le même Acarien fit de nouveau parler de lui, dans le département de la Gironde, dans une commune du canton de Créon,riveraine de la Garonne :

« Le boulanger, dit Moniez, ayant reçu un certain nombre de sacs de blé d’un négociant de Bordeaux, les avait fait décharger par cinq hommes par un temps chaud et orageux. Dès les premiers sacs déchargés, ces ouvriers éprouvèrent une vive démangeaison sur le cou, les épaules, les bras ou les sacs avaient porté, puis une éruption de boutons rouges un peu pointus et accumulés en certains points y succéda. Cette éruption se généralisa sur tout le corps pendant la nuit et amena de la fièvre avec insomnie, agitation et soif ardente.

La peur s’empara des malades et de leurs familles.On crut à un empoisonnement. Le boulanger, ou du moins son grain, était déjà accusé, La justice fut saisie et M. Perrens, chimiste, assisté de M. le D' Lafargue, médecin expert près les tribunaux de Bordeaux, furent chargés de rechercher les causes de cet accident qui, après quelques jours, était disparu sans traitement spécial.

Un échantillon du froment saisi montra un grain pas très gros, d'une couleur dorée, sans odeur particulière. 11 con-

tient quelques graines noires, peu de poussières, un petit

Page 1