‹ Pedro Berruguete et les portraits d'UrbinChapitre 4 sur 15 · DE LA COMMUNION DES APOTRES · texte numérisé non relu

DE LA COMMUNION DES APOTRES

Nous l’avons dit, c’est vraisemblablement à Rome que Federigo da Montefeltro le fit chercher pour les travaux décoratifs qu’il désirait dans son nouveau palais, où, en 1472, la construction du Studio était achevée. Mais comme la confrérie Corpus Domini était à ce moment dépourvue de peintre pour le grand rétable de la Communion que, depuis 1465, elle voulait faire exécuter, et dont Paolo Ucello avait déjà, en 1467-1468, peint la prédelle, Federigo lui proposa sans doute son peintre nouveau venu. C’est le 12 février 1473 que l’accord fut conclu, comme le prouve le payement du vin qui, d’après un usage consacré, se buvait à cette occasion. Dès le 1 1 avril, « magistro Giusto depintore » touche un premier acompte et le 25 octobre 1475, « magistro Giusto da Guanto , depintore » recevra le solde du payement. Federigo da Montefeltro avait contribué aux frais par un don de 15 florins d’or.

Comme on sait, le sujet commandé n’est pas l’événement historique de la Dernière Cène. C’est une composition symbolique, dogma-

tique, rappelant l’Institution du Sacrement de l’Eucharistie et le Sacerdoce éternel du Christ. Le sujet n’est donc pas localisé dans une maison de Palestine, mais bien dans une église, devant l’abside, à la croisée du transept: la table occupe la place où, dans les églises italiennes s’élèvera l’autel. Le Christ debout donne, comme le prêtre, aux apôtres agenouillés, la Communion sous forme d’hostie.

Le caractère symbolique de la composition a permis d’y introduire comme témoins le duc Federigo et sa suite, lui-même vu de profil, sans doute d’après le beau portrait de Piero délia Francesca (1465). Il s’entretient avec un personnage au costume oriental. Federigo a voulu commémorer un événement dont il avait été très flatté : Usum Cassan ( Usum Hassan-Beg ) le nouveau roi de Perse, chef de la maison du Mouton blanc, avait récemment détrôné le dernier représentant de la lignée du Mouton noir. Il avait épousé une chrétienne, fille de l’empereur de Trébizonde et, voulant combattre les Turcs Ottomans, chercha des alliés parmi les princes chrétiens. En 1471, il envoya à cet effet son agent à Venise, Caterino Zeno en ambassade chez le fameux condottiere Federigo da Montejeltro.

Cet événement mémorable avait eu lieu avant l’arrivée à Urbin de Joos van Wassenhove, qui n’a pas connu de vue Caterino Zeno.

Réduit à peindre un portrait imaginaire d’un personnage en costume oriental, il crut ne pouvoir mieux faire qu’en se servant de la copie qu’il avait jadis dessinée à Louvain, du magistrat qui préside au Martyre de saint Erasme , dans le tableau de Dieric Bouts. Les traits communs sont trop précis et trop nombreux pour être fortuits: personnage barbu, en longue robe de brocart, bonnet au large bord de fourrure relevé, échancré devant, enfin, la main gauche appuyée sur une mince canne. Peut-être a-t-il un peu modifié les traits du visage d’après le signalement qu’on lui aura fourni.

Le fait qu’il ait dû recourir à cette copie confirme ce que nous avons dit touchant la date de l’arrivée de Joos van Wassenhove à Urbin. Celle-ci doit se placer entre la visite de Zeno et le 12 février 1473, vraisemblablement au début de cette dernière année ou à la fin de 1472.

PI. III. — a) Joos van Wassknhove, dit Giusto da Guanto. Saint Ambroise b) (oos van Wasshnhove, dit Giksto da Guanto. ( Urbin). Saint Augustin (Louvre).

pi jv. — a) Joos van Wassenhovk, dit Giusto da Guanto. Moïse (Urbin). b) Joos van Wassenhovk, dit (îiusto. Salomon (Urbin).

VSOLCjN 1 '^’r' A ARISTOTELI STAGIRJTAE

PI. VI. — a) Pedro Berruguete (Pietro Spagnuoi.o). Ptolcmcc (Louvre). b) Pedro Berruguete (Pietro Spagnuolo). Boccc (Urbin).

Nous retrouvons dans le tableau de la Communion les caractéristiques déjà remarquées à Gand, tant pour le coloris que pour les gestes et les formes. Certains défauts s’accusent davantage, sans doute à cause de l’édhelle plus grande: disproportions entre les tailles des apôtres; crânes sans occiput, etc. D’autre part, une qualité est mise en relief: l’aspect profondément et sincèrement pieux des apôtres, et cette qualité religieuse s’ajoutant au bel émail du coloris doit avoir fait impression sur les spectateurs italiens.

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