‹ Pedro Berruguete et les portraits d'UrbinChapitre 5 sur 15 · LE STUDIO DE’ RITRATTI · texte numérisé non relu

LE STUDIO DE’ RITRATTI

Revenons au projet du duc d’Urbin de peupler son palais d’effigies de penseurs illustres.

Nous avons dit que Federigo avait tenu à placer ces effigies dans son propre cabinet de travail, une petite salle presque carrée située à l’étage, ne mesurant que 3,54 mètres sur 3,27. Ce studio était éclairé par une seule fenêtre haute, dans sa paroi occidentale et les effigies devaient trouver place au-dessus de lambris très richement marquetés. L’espace disponible était manifestement insuffisant pour y représenter en grandeur naturelle vingt-huit figures, côte à côte: la superposition en deux registres s’imposait. Des nécessités inéluctables limitaient donc la liberté du décorateur et devaient lui dicter son plan. Le peintre résolut le problème en distribuant les figures en deux rangs de loges, comme dans un théâtre, chacune de ces loges contenant deux figures assises, vues jusqu’aux genoux et séparées par une colonnette qui, reposant sur le parapet de la loge, divise la baie. Les figures se détachent chacune sur un drap d’honneur, au-dessus duquel est visible, dans la rangée supérieure une voûte, dans la rangée inférieure, un plafond à solives apparentes.

Il y a, notons-le tout de suite, une dérogation à ce plan sur le mur méridional, où les deux loges de la rangée supérieure, contenant respectivement Tune Albert le Grand et Sixte IV, l’autre Dante et Pétrarque, ne sont pas voûtées, mais laissent voir les mêmes plafonds que celles de toute la rangée inférieure. Nous reviendrons sur cette anomalie significative.

Au-dessus des colonnettes dont nous venons de parler, étaient placées dans la rangée supérieure, des figures décoratives dont seules les jambes subsistent au haut des panneaux, tandis que les colonnettes de la rangée inférieure se présentaient comme soutenues par des cariatides, dont quelques têtes sont encore visibles: on les remarque nettement sous les colonnettes de la loge d 'Aristote (tête et aile), de celle de Boëce, de celle d’Homère (tête et main). Quant aux colonnettes du rang supérieur, celle qui séparait le pape saint Grégoire de saint Jérôme était surmontée d’une targe à l’italienne, aux armes de Montefeltro, supportée par une aigle accompagnée d’un homme nu dont on ne voit plus que la jambe; sur la colonnette entre saint Ambroise et saint Augustin, autre targe aux armes de Montefeltro et jambe d’homme nu.

Attirons l’attention sur ces armoiries: l’écu écartelé de Montefeltro y est chargé d’un pal brochant aux armes du Saint-Siège, insigne de la dignité de gonfalonier de l’Eglise, qui ne fut conférée à Federigo que le 21 août 1474, en même temps que le titre de duc. C’est la preuve que les premières effigies du Studio ne furent peintes qu’après cette date.

Entre Moïse et Salomon, jambes nues d’un homme assis sur un lion; sur toutes les autres colonnettes médianes, on aperçoit des jambes semblables. La présence de ces figures dépassant les panneaux en haut et en bas, ainsi que le rapprochement des deux moitiés de colonnettes prouvent que les panneaux n’étaient pas entourés de cadres. Peut-être les cariatides sous les colonnettes du bas apparaissaient-elles comme issant des lambris marquetés, mais les figurines du haut devaient sûrement se terminer au-dessous du riche

plafond de la salle: il devait donc y avoir au-dessus des panneaux une bande plate ou frise, sur laquelle ces figurines se détadhaient. Peut-être celle-ci portait-elle une inscription ornementale ; mais l’addition de la hauteur des deux rangs de panneaux à celle des boiseries marquetées, ne laisse pour cette bande qu’une trentaine de centimètres. Notre conclusion quant à l’absence de cadres est confirmée par l’acte de donation d’Urbain VIII, où est rappelé l’enlèvement des peintures par le cardinal légat Antonio Barberini en 1631 : il avait trouvé « dans des chambrettes revêtues de panneaux diverses peintures faites sur ces mêmes panneaux qui étaient attachés et cloués aux murs des dites chambrettes » O.

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