ET DE SON FILS
La décoration du « Studio » était complétée et couronnée par le beau portrait en pied de Federigo et de son fis Guidobaldo (pi. XII), lequel était placé, comme nous l’avons vu, en face de la fenêtre, sur la partie saillante du mur. Comme ici le jeune Guidobaldo paraît âgé d’environ cinq ans, on a conclu avec raison que la peinture date vraisemblablement de 1477. C’est justement l’année où l’activité de Pietro Spagnuolo est constatée à Urbin, au service du duc.
Le profil de Federigo reste tel que l’avait fixé Piero délia Francesca dans son diptyque des Uffizi. Les mains charnues sont d’une frappante vérité. Elles tiennent le gros manuscrit appuyé au pupitre sur lequel le duc a voulu que fût posée la riche tiare ornée de perles, présent du roi de Perse, Usum Casan. Federigo tenait à faire voir les marques d’honneurs reçues par lui: bouclé autour de sa jambière gauche, on voit l’ordre de la Jarretière conféré par le roi d’Angleterre en 1474. A son cou est suspendu un autre insigne: un agneau couché, avec le mot... LORUM (Panis angelorum?) O. Le petit Guidobaldo (2) tient le sceptre, symbole de la souveraineté et lui-même est revêtu du manteau ducal au-dessus de son armure. Celle-ci, avec le casque placé cà l’avant-plan, rappelle le condottiere. Cependant ce n’est pas en première ligne en général victorieux que Federigo a voulu paraître dans ce portrait d'apparat, mais surtout, comme il convenait au lieu, en lettré, en liseur.
Du côté du peintre, toute l’œuvre est conçue au point de vue du clair-obscur, du jeu de la lumière sur les armures et surtout du relief, aussi bien dans l’ensemble des figures que dans chaque pli des dra-
(1) Serait-ce l’insigne de la Confrérie de Corpus Dornini?
(2) Dans son article de l’Archivo Espanol de Arte y Arqueologia, M. Allende-Salazar reproduit un détail de la Flagellation du rétable de la Cathédrale d’Avila, une tête d’enfant dont la comparaison avec celle du jeune Guidobaldo fait voir une étroite parenté.
peries. En peignant avec tant de soin les reflets de l’acier, Berruguete a-t-il songé à ce saint Georges de Johannes van Eyc\ que possédait le roi de Naples, et dont Summonte nous a conservé une description si précise ?
Ce portrait doit avoir été prévu dans le plan de la décoration conçu par Joos van Wassenhove: l’avait-il lui-même esquissé? Vespasiano de’ Bisticci l’attribue expressément au peintre flamand, mais je ne puis y reconnaître aucune manifestation certaine de sa main.
Vespasiano semble d’ailleurs avoir ignoré l’existence du peintre espagnol. Il est vrai qu’il ne cite pas non plus le nom du peintre flamand.