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LES CARIATIDES

ALBERT BESNARD

mente. Un cheval impétueux le long des sillons tire la charrue que conduit joyeusement un homme jeune. Une mère berçant son enfant s'associe de cœur à ce travail. D'autres personnages font des gestes expressifs mais tranquilles et reposés. Un jeune homme lit. Une jeune femme se repose sur son épaule. Un ouvrier, son travail fini, la pioche sur l'épaule se dirige vers l'une des barques flottant sur un fleuve tranquille. L'une de ces barques pleine d'âmes heureuses remonte doucement le courante Un ange la conduit. Ils vont vers la cité future dont les murs se dessinent à l'horizon déjà hauts bien qu'inachevés. Autour de ces murs et de ces échafaudages des colombes amoureuses signifient douceur et joie. Un Christ triomphant dans sa gloire bénit toute cette humanité, son désir de bonheur et ses efforts vers le bien.

l'inûTinct du décorateur

Savoir qu'Albert Besnard — dans la maturité de son âge et dans l'éclat de sa réputation — a con-

I. On peut la comparer à la Barque de l'Ile heureuse. La pensée est ici bien plus haute et bien plus touchante.

sacré deux années à l'exécution de cette œuvre immense, pour une église d'hôpital située dans un pays désolé, loin de toute communication avec les centres artistiques, sans préoccupation d'honoraires* ni même de satisfaction d'amour-propre, voilà un trait de caractère qu'il importe de mettre en lumière.

Le cœur de Besnard ! c'est ici qu'on peut apprendre à le connaître. La discrétion naturelle de cet artiste, sa réserve constante, le lointain de son attitude et ce je ne sais quoi d'un peu olympien qui lui est naturel pourraient donner le change sur son caractère vrai.

Mais il faut juger les hommes par leurs actes.

L'artiste qui a tracé sur les murs d'une église d'hôpital — pour se satisfaire lui-même — ce magnifique poème de la Douleur, de la Résignation et de l'Espoir, est — au suprême degré — un artiste désintéressé, tout entier consacré à son art, pensant en peintre, souffrant en peintre, et s'exprimant en peintre.

I . Tout a été fait gratuitement. On a pu voir en outre au Pavillon de Marsan l'esquisse d'un chemin de croix que Besnard avait ébauché. Peut-être le reprendra-t-il quelque jour...

ALBERT BESNARD

C'est aussi et avant tout un artiste décorateur. C'est par les travaux faits sans commande par élan du cœur et dans l'absolue indépendance de son choix qu'un artiste donne la mesure de ses qualités essentielles. Chaque peintre, quand il travaille pour soi-même, choisit d'instinct le domaine où il trouvera l'emploi de ses facultés principales. Besnard a choisi Tart décoratif. Il se trouve que ce domaine est, à nos yeux, le plus important et le plus difficile de tous.

Est-ce à dire que la supériorité éclatante de ses dons — dans ce domaine particulier — doive nous rendre injuste pour le reste de son œuvre? On verra par la suite que cette opinion n'est pas la nôtre. Comme tous les grands peintres, Besnard a traité tous les sujets et il a fait des chefs-d'œuvre à peu près dans chaque domaine.

La seule conclusion que nous voulions déduire pour le moment des observations déjà faites, c'est que sa qualité essentielle est d'avoir su couvrir de grands espaces muraux en accord avec le rythme de l'édifice, avec la destination du lieu et d'avoir su exprimer des pensées importantes ou suggérer

des émotions d'ordre universel par des moyens exclusivement picturaux.

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