‹ Peintres d'aujord'huiChapitre 23 sur 63 · SA PART D INVENTION · texte numérisé non relu

SA PART D INVENTION

Par sa curiosité d'esprit et sa sympathie pour toutes les nouveautés de couleur ou de mise en toile Besnarda pu paraître un révolutionnaire — et il l'a été à son heure. Par son esprit d'ordre et son clair bon sens il demeure dans la tradition française — si pondérée — et même dans la tradition de l'École des Beaux-Arts, non telle qu'elle est mais telle qu'elle devrait être.

Par tempérament Besnard est donc en même temps un artiste volontaire et un impulsif. Son œuvre porte cette double empreinte. Elle est souvent sérieuse, parfois légère. L'exécution est toujours rapide et fougueuse. Il arrive qu'elle décèle

une certaine improvisation. Ce défaut est d'ordinaire compense' par une liberté d'autant plus grande et une arabesque d'autant plus heureuse.

Comme tous les grands artistes il a respire l'atmosphère de son e'poque. Son œuvre en est imprégnée. A Londres il avait aimé Thurner et les Préraphaélites. A Paris il étudia Manet et Monet'.

Engagé dans l'engrenage de l'École des Beaux- Arts il n'a pas pris tout de suite conscience de sa personnalité. Sa première oeuvre magistrale — l'École de Pharmacie — date de 1882. Il avait trente-deux ans. A cette date le mouvement naturaliste, dont Bastien Lepage et plus tard Gervex, RoU et Duez furent les principaux représentants, avait produit ses œuvres les plus caractéristiques. Le mouvement impressionniste qu'on peut faire dater de Manet et du salon de i863 s'était imposé à une élite aux expositions privées de 1874, de 1879 ^^ ^^ 1880.

Besnard est trop peu âgé pour pouvoir être compté parmi les premiers Impressionnistes. A

I. Les Vénitiens et surtout Tiepolo ont aussi exercé sur sa formation une très heureuse influence.

ALBERT BESNARD

vrai dire il n'a été ni leur camarade de combat, ni leur émule, ni même leur continuateur. A plus forte raison n'a-t-il pas été leur imitateur. Cependant il est hors de doute qu'à l'heure où il cherchait sa voie Besnard alla d'instinct et retourna studieusement à quelques-unes des expositions du Boulevard des Capucines*, de la Galerie Durand- RueP, de la rue Le Peletier^ de l'avenue de l'Opéra^ ou de la rue des Pyramides^ C'est devant les œuvres de ces novateurs que Besnard apprit à se connaître lui-même. La Maladie et le portrait de M"* Roger Jourdain sont peints dans la gamme claire des impressionnistes. L'ancien prix de Rome avait fait volte-face.

Dans quelle mesure avait-il profité des recherches de ses prédécesseurs? voilà ce qui n'est pas très difficile à déterminer. Besnard ne fut jamais et il ne pouvait pas être un Impressionniste. Trop de différences essentielles le séparaient de ces artistes

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