‹ Peintres d'aujord'huiChapitre 33 sur 63 · L HOTEL ALEXANDRE ANDRE · texte numérisé non relu

L HOTEL ALEXANDRE ANDRE

De ces œuvres de début, reportons-nous maintenant par la pense'e à la décoration du salon de M. Alexandre André. Cette décoration se compose de deux vastes panneaux décoratifs placés à droite et à gauche de la cheminée.

A peine est-on entré qu'ils attirent le regard, séduisent les yeux et, par une sorte de rayonnement éclatant et doux, s'imposent au visiteur à la manière des belles tapisseries du xviii® siècle. Les sujets sont extrêmement agréables. D'un côté, sous des marronniers très jaunes, entre des colonnes rose sombre, passe une jeune femme dans une chaise à porteurs vert et or entourée de domestiquesen livrée vieux-rose. Des jeunes femmes gracieuses vêtues de blanc et rose ou de gris et rose lui font cortège. Au premier plan, dans une vasque bordée de marbre rose rouge, miroite et clapote de l'eau bleu et jaune autour d'un petit panache de jet d'eau très mousseux.

De l'autre côté, c'est, dans le même décor de ciel,

GASTON LA TOUCHE

de marronniers et de colonnes roses mais disposées d'autre façon, une charmante jeune femme en robe d'épouséequi s'avance et sourit tandisqu'un homme âgé, lescheveuxgrisonnants, lui baise la main. Auprès d'eux se trouve une table somptueusement décorée de fleurs, de fruits et de victuailles. De droite et de gauche tout un cortège blanc et rose de demoiselles d'honneur, adolescentes ou fillettes. Rien que des jeunes filles. Elles sont artistement groupées dans les attitudes lesplus gracieuses. Vers le fond se reconnaît lafaçaderose du grand Trianon. Des cygnes blancs nagent sur l'eau du bassin.

Le sentiment décoratif est évident. Tout se subordonne à un eflet général. Les masses rousses des marronniers et du ciel bleu s'harmonisent intimement avec les taches blanc et rose des robes féminines. Toutesles tonalités s'accordententreelles et se répondent, non seulement d'un bout à l'autre du panneau dont ils font partie, mais encore d'un panneau à l'autre. Il est manifeste que cela a été conçu d'ensemble. Il n'est pas jusqu'au double cadre d'or très simple et enrichi de croisillons vert d'eau qui ne contribue efficacement à lier étroitement la peinture à l'ensemble de la pièce. La che-

minée de marbre et la glace qui séparent ces deux panneaux semblent annexées par la décoration peinte et faire partie de la conception du peintre. L'unité est parfaite.

Cette partie du salon est si parfaitement réussie qu'on regrette vivement que le peintre n'ait pas été appelé à compléter cette décoration. Ce grand salon comporte en effet, face aux fenêtres, deux autres grands panneaux, et il y en a encore deux plus petits à droite et à gauche de l'arcade qui s'ouvre sur le petit salon.

A en juger par ce qui a été fait, si les circonstances avaient permis à M. La Touche de compléter l'œuvre commencée, nous posséderions à Paris un ensemble de décoration privée qui pourrait se comparer au fameux cabinet des singes du vieil Hôtel de Rohan. Cela eût été intime et chaleureux. On devine que l'artiste eût continué sur les autres murs ces grands accords de jaunes, de verts et de roses sur lesquels chantent si délicieusement les arpèges des blancs vaporeux. Quel beau décor cela eût été pour les réceptions élégantes, les fêtes mondaines et les conversations spirituelles!

Dans ce décor si moderne, on imagine des

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meubles et des bibelots de l'époque du comte d'Artois, un grand tapis aux teintes assourdies, et des Parisiennes aussi gracieuses qu'elles le furent jamais, devisant à demi-voix des choses qui les intéressent... Peut-être un jour M. Gaston La Touche aura-t-il l'occasion de se remettre à l'ouvrage. On ne se consolerait que difficilement qu'une œuvre si merveilleusement commencée* demeurât interrompue.

Pour embrasser d'un regard l'œuvre décorative de M. La Touche, reportons encore notre pensée vers le grand panneau décoratif intitulé La Riposte, qui se trouve au château de Saint-Florent du Cher, vers VHeure Heureuse, de New- York, ou vers les peintures décoratives exécutées pour la salle à manger du paquebot : France. Réimaginons enfin le grand carrosse rouge traver-

I. Un dessus de porte, parfaitement joli, qui représente une jeune femme blonde assise parmi des jupes de mousseline, dans un décor de jardin, ne fait qu'aviver encore notre regret de ne pas voir toute la pièce décorée par le même artiste.

sant « un gué » et qui, dans l'antichambre de M. Chouanard^ irradie victorieusement. Les qualités principales de ce panneau sont l'unité de la composition, la liberté heureuse, la jolie arabesque décorative, et de très amusantes intentions spirituelles. J'en admire encore la richesse joyeuse de coloris et le très vif éclat.

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