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LA RECHERCHE PAR LA COULEUR

Comme il était né coloriste il chercha la solution du problème par la couleur au lieu de la chercher par le sujet. Voilà l'essentiel de la trouvaille de Ghé-

ret. Ses émules dans le domaine de l'affiche cherchaient à attirer Tattention et à la fixer par l'ingéniosité ou le grotesque du sujet. C'étaient « les humoristes » de l'époque, bien que le mot ne fût pas encore créé. Ghéret renonça au sujet et procéda à ses recherches uniquement par les accords de tonalités. Impulsion instinctive d'un tempérament beaucoup plus que résultat d'une décision de la volonté! Jules Chéret n'était pas un peintre et il n'avait aucune prétention à jouer un rôle dans l'évolution de la peinture moderne à laquelle il se croyait étranger. Il voulait obtenir de l'éclat et voilà tout. Cependant il fut — sans le savoir — l'un des trouveurs de l'Impressionnisme. D'instinct il avait éliminé les noirs, donné la prédominance aux contrastes de tons clairs, employé le ton pur et poursuivi dans l'élaboration de ses œuvres la couleur pour la couleur. Ce n'était certes pas toute la formule impressionniste et il y manquait entre autres éléments capitaux la recherche du ton dans l'air et l'analyse des variations de la lumière sur les objets en plein air, mais c'était déjà — vers 1867 — l'essentiel de la palette et l'esprit de la Réforme.

JULES CHERET

Le point de départ de Ghéret l'amena à d'autres découvertes. Puisqu'il pensait avant tout à la couleur il chercha des motifs ' qui fussent des éléments de décoration, des occasions de déployer des qualités de coloriste. Il pensa à des personnages mais aussi à des chapeaux, à des robes, à des rubans, à des gestes d'envol et il associa dans son imagination la vraisemblance de ces motifs grâce à une certaine imitation de la réalité, et le désir de ne Jamais s'asservir à cette réalité afin de demeurer dans le domaine de l'irréel et de la fantaisie. Il chercha enfin à préciser par le mouvement de ses personnages et les détails de leur costume le sentiment élémentaire qu'il se proposait de suggérer en même temps par la couleur. Ce sentiment se confondait dans son esprit avec le produit commercial à vanter ou l'établissement à recommander.

Rappelez-vous par exemple l'affiche de 1867

I. Et non des « sujets " proprement dits. Aucune des affiches de Ghéret n'explique avec précision un sujet déterminé. Il n'y a pas de légende ni d'explication possible. Tout se résume en une tache et un mot : Une jupe rouge et : Valentino! des chapeaux jaunes et: Pamélal Cela suffit. On devine quel genre de plaisirs promettent ce bal et cette modiste.

pour le bal Valentino, l'affiche pour le Moulin- Rouge, celle des pastilles Géraudel ou Tune des quatre cents autres et dans votre esprit se précisera le processus de la conception. Avant tout une combinaison de taches de couleur, ensuite des personnages de fantaisie pour faire chanter la couleur, enfin, la subordination de ces deux éléments à un but déterminé : suggérer une idée toute simple et aussi engageante que possible, par exemple: «Allons danser à Valentino », « Entrons au Moulin Rouge », « Prenons des biscuits un tel ».

L ORIGINyVLITE DU DESSIN

Or l'ignorance du dessin qu'on apprend à l'école, la recherche d'une arabesque qui se subordonnât à la couleur et le désir de trouver un langage graphique aussi éloigné que possible de toute réalité étroite mais qui fût cependant suggestif d'une réalité précise et stimulateur de sentiments très vifs aboutirent à cette nouvelle trouvaille : un dessin entièrement personnel — aussi différent que possible du dessin d'école — et cependant excellent

JULES CHERET

Cliché Vizzavona

PANNEAU DECORATIF

JULES CHERET

puisqu'il est très élégant, très séduisant, très suggestif et très intellectuel.

En soi le dessin n'existe pas. C'est une écriture. Toute définition en est impossible sauf si elle est extrêmement générale. C'est l'art d'exprimer des idées ou des émotions par un moyen graphique.

Devant une affiche ou un pastel de Chéret il n'est pas de professeur qui ne dise : « C'est mal dessiné. Regardez l'attache de ce pied. Où est le nu sous cette robe? » Et leur critique est justifiée. Peutêtre eux-mêmes dans leurs oeuvres évitent-ils ces défauts, mais il est à craindre que leurs dessins n'aientaucunaccent, aucune puissanced'expression, aucun pouvoir de suggestion. Or c'est cela qui est l'essentiel. Et c'est parce que le dessin de Chéret est merveilleusement élégant, expressif, et séduisant, si incorrect et insufisant qu'il paraisse à d'autre points de vue, que c'est un très beau dessin. Il est permis de croire que ce dessin aurait été encore plus beau s'il avait eu plus de précision, plus de nerveux, plus d'ampleur, mais il était essentiel qu'il n'eût pas moins de grâce, de charme ni de légèreté. Tel qu'il est c'est un dessin extrêmement original et délicieux.

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