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LA SALLE DES MARIAGES DE SAINT-MAUR-LES-FOSSÉS

Elle est datée de 1886. Cette décoration se compose d'un très grand panneau placé face aux fenêtres, d'un second panneau de dimensions moyennes

PAUL BAUDOUIN

placé derrière le fauteuil du maire, d'un panneau parallèle divisé en deux sujets par une porte et de deux panneaux tout en hauteur placés à contre-jour entre les fenêtres. Le tout est encadré d'une bordure et il y a encore un plafond que l'artiste était chargé de peindre.

L'espace qu'on lui concédait était de proportions assez harmonieuses, bien éclairé, assez vaste sans l'être trop et se prêtait à une œuvre d'ensemble. Le résultat n'a rien d'extraordinaire.

Examinons d'abord le plafond. S'il est vrai que l'un des caractères essentiels d'une œuvre décorative est d'avoir été conçue et exécutée pour un espace déterminé dont elle ne pourra jamais plus être séparée sans donner une sensation de destruction partielle ou totale, le plafond — par son caractère même — ofire un élément décisif d'appréciation. Tous les peintres sont capables d'exécuter — à la dimension — un tableau qui tant bien que mal pourra être marouflé surun mur et contribuer à la décoration. Il n'y a qu'un décorateur qui pourra concevoir et exécuter la décoration propre à un plafond. Quand l'idée picturale et l'exécution n'ont pas jailli en même temps de l'imagination du

peintre et de son cœur, il semble que le plafond proclame avec une telle évidence l'impuissance ou l'insuffisance de l'artiste que personne ne peut s'y tromper. Les spectateurs les plus ignorants se trouvent d'accord avec les juges les plus compe'tents. Les mêmes mots affleurent à toutes les bouches : ce n'est pas de la décoration.

Dans cette salle des mariages de la mairie de Saint-Maur le plafond est d'une extrême pauvreté. L'idée est puérile. L'exécution est sans intérêt. Voici l'idée : M. Paul Baudouin a imaginé de tendre sur un ciel bleu un vaste voile bleu bordé d'or et piqué d'étoiles d'or. Quant à l'exécution elle est extrêmement sommaire et d'une extrême monotonie. Le bleu du ciel est très dur et parfaitement uniforme. Le bleu du vélum est presque aussi dur et aussi peu varié. La bordure d'or aurait pu être exécutée par n'importe quel artisan.

Sur le contour de ce plafond court une guirlande de feuilles de vignes qui portent des fruits. Un treillage en losanges n'ajoute à cette guirlande aucune variété. Cela est aussi pauvre d'idée que de coloris.

Si l'on songe que c'est précisément dans une

PAUL BAUDOUIN

décoration de plafond que — vingt-cinq ans après — M. Paul Baudouin devait réussir son chefd'œuvre, on restera presque confondu qu'il puisse y avoir une telle distance entre le point de départ et le point d'arrivée.

Voilà donc où en était — à quarante-deux ans — l'artiste consciencieux et laborieux qui avait appris de ses maîtres, à l'Ecole des Beaux-Arts, à peu près tout ce qu'on peut apprendre ! Ces débuts peu éclatants semblent suggérer aux critiques une leçon d'indulgence. Ne décourageons personne. Qui aurait pu prévoir — devant les essais de Puvis de Chavannes qui se prolongèrent si longtemps — le rayonnant artiste qu'il allait devenir ? Pour un artiste comme M. Maurice Denis qui découvre tout de suite son originalité, combien d^autres passeront par de longues périodes d'imitation et de tâtonnements!

Pour les artistes décorateurs qui avaient vingt ans vers 1870 la période d'essai a été particulièrement défavorable. On a dit à juste titre que l'architecture était toujours le miroir des mœurs et du caractère d'une époque. La peinture décorative est trop étroitement liée à l'art de construire pour ne

pas refléter aussi la magnificence ou la médiocrité de l'heure. Que l'on se reporte à l'immense majorité des œuvres décoratives exécutées vers 1 885, on sera confondu de leur médiocrité. Besnard n'avait pas encore exposé ses panneaux de l'école de Pharmacie. Puvis de Chavannes était encore un méconnu. Personne encore ou à peu près personne ne s'était avisé de reconnaître en lui le Rénovateur de la peinture murale.

Du moins à cette date M. Paul Baudouin se préparait-il à son rôle futur en travaillant consciencieusement. Il y a de grandes qualités dans les plus grands des panneaux de cette salle de mariages. Elle est divisée en deux parties : d'un côté, à notre droite, « la vie laborieuse » qui nous montre des ouvriers, le torse nu ou recouvert d'une chemise de couleur, déplaçant d'énormes blocs de pierre destinés à une construction, de l'autre côté, à notre gauche, « la vie familiale » qui nous montre, au seuil de leur petite maison, la jeune mère debout avec son enfant dans les bras, une jeune fille assise sur un petit mur et un couple d'adolescents se jouant parmi les fleurs. Les deux groupes se détachent sur un fond de paysage où

PAUL BAUDOUIN

se distingue une petite rivière, des collines peu lointaines et un ciel gris blanc pénétré de bleu.

C'est bien composé dans le sens scolaire de ce mot. Le dessin est correct mais sans trouvailles. Le coloris est agréable mais sans accent particulier. C'est assez bien peint puisque cela n'a pas noirci. On sent le bon élève de l'École des Beaux-Arts ^ Ces fleurs sont sans individualité, sans élégance ni éclat, pas assez stylisées, presque décalquées sur nature.

Les autres panneaux ont les mêmes qualités moyennes et la même absence de défauts caractéristiques. L'un représente, auprès d'un puits, un jeune forgeron qui tend la main à une jeune fille qui consent à devenir sa femme. L'autre représente, d'un côté, une femme en deuil auprès d'un berceau, regardant le départ pour la guerre d'un bataillon de fantassins, et de l'autre côté, auprès d'un canon, des

I. En 1862, M. Baudouin était entré à l'École des Beaux- Arts dans l'atelier de Gleyre. Son premier essai, au salon, qui représentait une « Pêcheuse de crevettes », est de 1867. En 1869 il obtint de M. de Nieuverkerke, par l'intermédiaire du général de Palikao, mission d'aller exécuter une copie à Florence. En 187411 entre à l'atelier de Puvis de Ghavannes.

soldats farouches, les poings crispés, qui jregardent vers la frontière. Tout cela est fort honorable mais scolaire, d'une précision un peu sèche, sans arabesque décorative ni désir de synthèse architecturale. On dit : C'est très bien, et on n'y pense plus jamais. C'est le travail d'un bon élève. M. Baudouin avait admiré de Neuville. Il avait regardé aussi Jules Breton.

Quant à la bordure « décorative » qui se compose de feuilles de chêne entrelacées de rubans d'or sur fond bleu et encadrées par deux gros traits d'or courant parallèles sur toute la longueur du mur, elle est pauvre et insignifiante. Elle ne révèle à aucun degré le sens décoratif. Il en est de même pour les panneaux en hauteur à contre-jour qui, dans les angles, représentent des entrelacements de verdure. Ils n'ont aucun style.

LA SALLE d'études DE l'ÉCOLE DOMBASLE

Commencée en 1879 et terminéejen 1882, cette décoration représente « l'Histoire du pain » et se déroule harmonieusement sur trois des côtés d'une

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grande salle rectangulaire, le quatrième e'tant perce' de grandes fenêtres.

Sur le grand mur face aux fenêtres, M. Paul Baudouin a divisé son espace en trois sujets reliés par Tunité du paysage et des colorations. A notre gauche « le labour », au milieu « les semailles », à notre droite « le hersage ». Jeunes paysans, jeune fille qui verse le sac de semences dans le tablier de son père, chevaux attelés par groupes et instruments aratoires, tout cela est composé avec beaucoup d'ordre, beaucoup de clarté et il s'y révèle un désir de noblesse et de transfiguration.

Le grand panneau représente, divisé en deux parties par une jeune mère assise contre des gerbes de blé avec un enfant dans les bras et un garçonnet auprès d'elle, des groupes de paysans qui fauchent ou se reposent. Les attitudes sont observées avec soin. Peut-être même cette observation est-elle parfois trop exacte. Il y a notamment un jeune paysan qui pèse avec le genou sur le manche de sa fourche pour faire levier et soulever plus facilement le poids des lourdes gerbes. Ce mouvement est, paraît-il, habituel aux paysans picards. Peut-être cependant un choix plus affiné entre ce

qui est permanent et ce qui demeure accidentel eût-il éliminé cette observation de détail.

L'élimination des détails inutiles pour parvenir au style! M. Paul Baudouin n'avait pas encore appris l'art des sacrifices. Autour de son « Labour » il y a trop de corbeaux, pittoresque facile, et dans son fond de paysage maritime une ou deux petites voiles triangulaires ne sont pas sans quelque mesquinerie. L'artiste avait encore une tendance à voir les choses par le petit côté. Les mouvements de ses personnages ont quelque chose d'instantané et la grande leçon qui peut se dégager de tous les grands spectacles de la nature en est amoindrie.

Ajoutez, pour terminer « l'histoire du blé », un panneau représentant le batteur de blé avec son fléau, un autre qui représente des femmes en train de vanner et un troisième panneau, également en hauteur, nous montre des ouvriers boulangers au moment où ils enfournent le pain.

L'ensemble est par conséquent ordonné d'une manière un peu trop symétrique mais non sans clarté ni sans élégance. Le groupe de la Moisson est le plus complet et le moins dénué d'accent personnel. L'ensemble a une certaine noblesse. Le

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Cliché D. 1-reuler

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