I. Pierre Turpin. — Sonnets
Auprès d'une vaste meule i"un jaune grisé, deux grands chevaux gris sont au repos mais respirent le m'^uvement. A notre gauche, un jeune homme en par.talon bleuté passe à l'un d'eux un collier. Il a le torse nu et le geste est viril et harmonieux. A notre droite une jeune mère, nue jusqu'à la ceinture, nous montre sans fausse pudeur ses deux seins maternels. Elle est vêtue d'une jupe rouge. Elle porte dans le pli de son Iras gauche un enfant d'un beau dessin. Derrière elle un garçonnet mord dans une miche de pain et une jeune fille au torse nu, avec une jupe d'un violet très doux, nous tourne le dos et arrange des gerbes. L'ensemble est très fin et pourtant très ample. Da,.s cette figure de jeune fille il y a comme une re'miniscence de Puvis de Chavannes, mais la personnalité de Besnard donne à tout un accent nouveau. Le dessin est libre, la composition est éminemm.ent décorative, le modelé est juste et fin, enfin on sent partout répandu un frémissement de vie, un désir de mouvement, un réalisme de bon aloi et un besoin de se retremper constamment dans les réalités de la vie quotidienne telle que nous la voyons autour de nous.
ALBERT BESNARD
La conception décorative de Puvis de Chavannes transposait, bien au delà de la réalité moderne, dans le domaine du senriment et du rêve, dans le calme paradisiaque des Champs- Elysées éternels, des figures si ennoblies et si magnifiées qu'elles empruntaient aux symboles éternels de la vie une part importante de leur beauté. Bien que libérées du poids et des vulgarités d'un réalisme littéral les figures de Besnard restent mêlées aux réalités quotidiennes. Elles sont plus proches de nous. Moins sublimes elles ne sont pas moins touchantes.
La troisième peinture n'est pas d'une aussi belle venue. Elle représente « le printemps de la vie ». Un jeune hrmme nu brandit une tige fleurie. Une jeune fille nue donne des graines à des oiseaux aux ailes multicolores. Il sont sur un monticule d'un vert léger se détachant sur un grand ciel d'un gris très fin. C'est un peu vide et d'une conception assez molle. L'espace n'est pas rempli comme il Test dans les deux autres peintures. Le paysage de printemps est maigrelet. Peut-être le grand ciel manque-t-il d'un accent de
vie. C'est un fond plus qu'un ciel. On ne retrouve pas le grand coloriste sauf en certaines taches telles par exemple que celle de la chevelure rousse de la Jeune fille, flamme de soleil dont l'artiste a plus tard tiré des effets très variés et nombreux.
Dans ce « Printemps » l'équilibre des masses n'a pas la netteté ou la vigueur qu'on a pu constater dans les deux autres compositions. On n'y retrouve pas les belles notes vives de la marmite noire ou de la jarre verte qui fait si bien chanter — dans le second panneau — le rouge de la jupe maternelle et le violet très doux de la jupe de la jeune fille, tous deux stabilisés — si j'ose employer ce mot — par le bleu du pantalon du jeune homme. Ce troisième panneau est mince, grêle, joli tout de même, mais pas très riche, ni très chaleureux. Cela n'est pas dra. Il est évident que c'est le dernier en date et que Besnard pensait déjà à autre chose...