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LE RENOUVELLEMENT DE LA SYMBOLIQUE PICTURALE

Peut-être pensait-il déjà au plafond d . THôtel-de Ville. Cette œuvre est datée de 1891.

En interrogeant cette composition — l'une des

ALBERT BESNARD

plus importantes de l'art décoratif contemporain et l'un des chefs-d'œuvre de Besnard — on a le sentiment très net qu'elle repre'sente un élan d'imagination et une concentration de pensée. J'ose croire que la première idée de ce plafond — si inconsistante et vague qu'elle ait pu être pendant la période de gestation — est contemporaine des projets que Besnard avait conçus pour le portique de l'Ecole de Pharm.acie. Dès ce moment il avait songé à renouveler la symbolique de l'art décoratif. Écœuré jusqu'à la nausée comme nous le sommes tous, par les froides allégories des peintres académiques, dégoûté des Vérités nues ornées de miroirs, des ApoUons portant des lyres, des Justices tenant des balances et des Amours brandissant des flèches, Besnard osa rêver d'un art décoratif interprétant les grandes forces élémentaires de la Nature et les sentiments universels des Hommes selon les données de la science moderne et en accord avec nos mœurs et nos habitudes d'esprit.

A'aste et magnifique ambition ! Nous sommes parfaitement sûrs que la réalisation de ce projet grandiose qui demeura longtemps imprécis dans les ténèbres de la sub-conscience, ne fut poursuivie

que lentement par des lectures, des recherches patientes, des comparaisons constantes et surtout par un lent travail de réflexion et de méditation.

Il m'est agréable de savoir que dès 1882 Besnard avait songé à décorer les murs du portique de pharmacie de compositions allégoriques symbolisant les sciences. Il était bon qu'un tel projet fût miàri longuement et lentement élaboré pour jaillir tout à coup dans une esquisse heureuse K

Le plafond de l'Hôtel-de-Ville et la décoration de l'amphithéâtre de chimie à la Sorbonne justifient toutes les ambitions de ce peintre novateur.

LE PLAFOND DE l'hOTEL-DE-VILLE

Besnard s'est imposé un thème abstrait, par conséquent extrêmement difficile à interpréter

I. M. Gabriel Mourey paraît avoir été d'un avis différent : i< Il sentit toute la faiblesse et tout l'artifice d'un pareil point de départ, et résolument il en chercha un autre plus rationnel, en rapport plus exact avec la réalité, par suite moins arbitraire, plus vivant et plus humain. » Albert Besnard, Davoust, éditeur.

d'une manière purement plastique. Voici le titre officiel : La Vérité entraînant les sciences à sa suite répand sa hunière sur les hommes.

Sur le fond vert bleuâtre d'un ciel nocturne, des astres sont épars. Deux grandes planètes forment un contraste saisissant. L'une est le globe terrestre peint avec assez de solidité pour qu'on ait la sensation de consistance et de poids. On distingue des continents et des mers re'partis par vastes surfaces. On a le sentiment que cette planète est ronde et qu'elle roule dans l'abîme céleste.

Derrière elle un autre astre, d'un éclat blafard, sorte de monde mort qui pourrait être la lune, développe sa convexité. On le sent opaque mais baigné en reflet d'une lumière verdâtre qui lui donne un je ne sais quoi de plus léger et presque de transparent.

Besnard s'est gardé de trop préciser. Il s'en tient aux notions élémentaires sur lesquelles s'accordent les savants. Son rôle n'est pas de nous exposer un nouveau système de Ptolémée. Il se borne à une vision poétique.

Toute la moitié gauche du plafond représente l'éther bleuâtre où des millions d'astres parmi des

souffles d'ombre et d'or jettent leurs éclats phosphorescents. Ce sont des points d'un blanc intense entourés d'un halo blanchâtre et que pénètrent par reflet les lueurs vertes de l'éther.

Telle est la conception que Besnard se forme des immensités célestes. Telle est l'idée générale qu'il se forme de l'univers -cosmos où la terre roule parmi les autres astres dans un infini qui exclut jusqu'aux notions de distance et de durée.

Et comment nous suggère-t-il cette vision d'ensemble? par deux planètes immenses roulant sur elles-mêmes à des distances énormes dans un éther sans limite que trouent les lueurs d'innombrables astres si lointains qu'ils sont pour nous réduits à l'aspect d'étoiles à peine brillantes.

Même restreinte à cette vision astronomique cette peinture eût été un beau plafond. Mais Besnard voulait représenter « les Sciences » et il ne voulait se servir ni de formes conventionnelles, ni d'attributs surannés. Je l'imagine, les yeux clos, recueilli, et s'enchantant lui-même d'une vision poétique où de belles formes vivantes symbolisent par leur couleur et leur mouvement les forces

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obscures qui se manifestent par elles et qu'elles représentent pour nous.

Cette vision est devant nous.

Venant des lointains de l'infini à travers les astres, à travers les mondes, des figures nues se pressent les unes derrière les autres. Elles se hâtent. Celle qui est en avant mène les autres. Sous ses cheveux couleur de feu son visage respire la joie. Elle sourit. Ce sourire irradie. A bout de bras, elle porte une gerbe d'éclairs où dominent le blanc et le violet. C'est la Vérité, mais c'est aussi la fée de la lumière, la déesse du feu, le génie heureux de toutes les sciences nouvelles et ardentes qui s'élancent à la conquête de l'inconnu. Elle passe rapidement dans un mouvement de course, et c'est un symbole de l'instabilité de nos sciences nouvelles en perpétuelle et rapide évolution. Ce qu'il nous est donné de voir aujourd'hui, c'est un aspect de la vérité. Ce qui était vrai hier pourra ne plus l'être demain. Tout passe et avec tant de rapidité que de rares prédestinés saisiront seuls cet aspect. Les autres sciences — non moins jeunes — suivent celle qui les entraîne. Elles sont moins distinctes, moins nettement individualisées,

elles participent de l'imprécision et du vague qu'il est naturel qu'elles aient dans l'imagination de l'artiste. Mais il les voit très vivantes, très agiles, couronnées d'un peu de laurier d'or, avec des yeux grands ouverts comme éblouis de clarté. Elles viennent de l'infini et elles y retournent. L'une d'elles, dans sa course, porte la main sur l'épaule de celle qui la précède, symbole de l'appui mutuel par lequel il faut que toutes s'entr'aident. Et l'Humanité, par groupes qui s'échelonnent, s'avance lentement sur la terre pour regarder leur cortège élouissant et passager. Ces hommes avides de lumière sont indiqués dans leur masse plutôt qu'individualisés. Ils s'avancent par groupes en théorie plusieurs fois brisée. On devine que l'incessant désir de savoir a été soumis pendant le cours des âges tantôt à des périodes d'avancée hâtive, tantôt à des moments de recul, plus souvent à des périodes de stagnation. On distingue dans le lointain l'Homme encore tout engourdi par la primitive animalité, on remarque aux premiers rangs l'Homme déjà éduqué par la suite des générations. Le groupe qui est en avant représente l'élite. Ils sont à genoux, éblouis, ils regardent, contemplent,

admirent, et déjà on sent qu'ils comprennent.

Belle vision que celle de ces humanités qui vont s'affinant peu à peu à mesure qu'elles comprennent davantage et venues de si loin sur la convexité de notre globe que les groupes les plus éloignés paraissent encore amorphes tandis que les plus avancés participent déjà des lueurs de l'illumination.

Voilà de quoi se compose le deuxième cercle de cette vaste composition conçue par courbes comme l'orbe même du ciel.

La troisième masse colorée représente les sciences établies. Elles s'opposent aux jeunes sciences dont le mouvement est tumultueux et presque vertigineux. Ce sont des jeunes filles ou des femmes en attitudes méditatives. On peut imaginer qu'elles sont la Philosophie, l'Histoire ou l'Eloquence. Elles nous apparaissent comme des formes de la pensée, et nous sentons bien qu'elles sont le reflet dans l'imagination de Besnard des formes de la pensée.

Charmantes créatures très douces, sans mièvrerie, élégantes et fines sans fadeur, d'un dessin amusant et admirable, d'une grande liberté,

modelées dans des pénombres bleuâtres par un peintre dont les yeux sont avant tout sensibles aux prestiges de l'ombre et de la lumière. Presque toutes sont dessinées par le modelé plutôt que par le contour. L'une, pensive et debout, appuie la tête sur l'une de ses mains tandis que le coude pèse sur l'autre main. C'est peutêtre la Méditation. Sa voisine pourrait être la Coutefjtplation. Comme elles sont dénuées de ce fade vague-à-l'àme des héroïnes de romances! Une troisième a la poitrine nue. Elle est drapée dans un manteau à plis mouvementés et, le bras levé, fait un geste tragique. Il se peut qu'elle symbolise l'effort douloureux qui s'épuise à comprendre et parfois désespère. Une autre figure féminine debout et vêtue d'une tunique de clarté, soulève au-dessus de sa tête d'un beau geste de ses deux bras le voile qui la recouvrait. C'est la jeunesse de la pensée. Elle se découvre. Son voile ressemble à celui d'Isis. Dans ses plis une vieille femme en mante noire est accroupie; il se peut que ce soit « le Passé ». D'autres figures féminines, dans les fonds bleuâtres, ne sont que des visages anxieux qui interrogent. Appuyée sur le bord du cadre, sombre

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et tragiquement seule, les yeux clos, faisant un geste de désespoir, l'Ignorance s'enfonce peu à peu dans l'abîme d'où elle est venue. Elle est encore assez en lumière pour qu'on devine que long temps se passera avant qu'elle soit entièrement réabsorbée par l'ombre. Sans doute même n'y rentrera-t-elle jamais tout à fait. Cependant sa défaite commence. Elle ne règne plus en victorieuse. Elle s'estompe. Elle est presque réduite à l'impuissance.

Vision poétique qui se double d'une conception philosophique! Ni anecdotes, ni gentillesses, ni petits faits insignifiants. Vision de poète qui pense par des formes, par des lignes et par des couleurs.

On sent nettement que la répartition des taches de couleur, les formes féminines et le mouvement général ont jailli librement et joyeusement dans l'imagination du peintre. Cette vaste composition n'est pas la traduction d'une pensée pure qui aurait pu s'exprimer par des mots. Besnard a si peu pensé par des mots qu'il n'a même pas pu traduire sa pensée par un titre. Les deux lignes qu'il a fait inscrire au livret sont insuffisantes et

DD

inexactes. Elles rapetissent à une froide allégorie littéraire une vision de peintre. Je tiens pour certain, je suis entièrement assuré que M. Besnard a conçu son sujet par des couleurs, par des formes et par des mouvements. Il a vu le vaste éther bleuâtre piqué de lueurs blanchâtres, avivé par la grande masse sombre de la terre et la grande masse claire de la planète lunaire. Ses yeux ont vu au centre optique du tableau des formes nues en mouvement, une chevelure toute frémissante de reflets et surtout la tache éclatante, la grande tache dominatrice de la gerbe flamboyante, de la gerbe d'éclairs irradiants. Il s'est enivré de cette tache. Il a senti le parti extraordinaire qu'il pourrait en tirer pour faire chanter toutes les formes lorsqu'il aurait assez avancé toute l'œuvre, pour mériter de recourir à cette suprême ressource. Il a voulu que le centre de cette tache fût d'un blanc pur sur-éclatant pour que peu à peu elle se décomposât et se dégradât dans toute la gamme du prisme, plus particulièrement dan s les rouges et les violets, comme la lumière blanche, à travers un triangle de cristal, se décompose en couleurs primordiales et nuances de transition. Ce blanc primordial — par son éclat —

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repousse toutes les autres formes dans la pénombre bleuâtre, donne à l'artiste la possibilité de les modeler par des ombres et de les envelopper des reflets émanés du feu central.

Conception purement picturale qui donne à toute l'œuvre son unité absolue d'exécution et de pensée! Tous les épisodes, tous les détails sont conçus en fonction de ce foyer lumineux. Tout ce qui vit le regarde ou du moins pense ou rêve à cause de lui. Pas un objet ou une forme qui n'en soit influencée. C'est le centre optique du tableau et qui requiert impérieusement le regard du spectateur'.

Joie que donnent les reflets s'influençant les uns les autres, plaisir essentiellement pictural! Joie de distribuer la lumière et les ombres comme dans la réalité et de dessiner par le modelé! d'inventer

I. Ce grand plafond se complète de deux petites peintures plafonnantes représentant : l'une, la Météorologie sous la forme d'une comète chevelue, belle forme nue aux longs cheveux blonds sur le gris bleu du ciel; et l'autre l'Électricité sous forme d'une figure nue, à la chevelure éparse, parmi les nuées noires trouées d'éclairs, et qui semble foudroyée par le feu céleste. On n'imagine guère d'idée abstraite traduite d'une manière plus simple, plus sobre, plus expressive, et plus exactement picturale.

des jeux de lignes courbes et de les transposer dans le domaine de l'irréel tout en gardant le contact avec la réalité! de suggérer des idées rien que par des formes et des couleurs! Joie du mouvement vu et interprété par des déplacements de formes ! Joie des oppositions de sentiments rendues sensibles par des différences de tons et par des dégradations de valeurs! Ivresse, enfin, de faire tourner les mondes d'une inflexion du pinceau et d'y tracer les limites des continents et des mers, comme si la matière colorée était vraiment de la glaise et qu'on pût 3' creuser des océans comme les enfants sur le sable creusent du bout de leur doigt, des flaques qui se remplissent d'eau!

Ce plafond a encore un mérite si rare qu'il est juste de le signaler. Parce qu'il est conçu en lignes courbes il se présente d'aplomb de quelque côté qu'on le regarde, de quelque endroit du salon que l'on veuille se placer. Prestigieuse habileté d'un peintre décorateur qui connaît toutes les ressources d'une surface plafonnante ! C'est un décor de fête et c'est une apothéose.

Or il suffit de regarder dans le salon parallèle à celui que Besnard a décoré pour comprendre ce

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qu'il y a d'invention et de nouveauté dans Tœuvre que nous venons d'étudier.

Le plafond peint par Jules Lefebvre a exactement les mêmes dimensions. Il est éclairé de la même façon. On ne peut imaginer ni des conditions de travail plus minutieusement égales ni un résultat plus diamétralement opposé. Autant l'œuvre de Besnard est chaleureuse et vivante, autant le plafond de Jules Lefebvre est morne, fade et froid. C'est la plus glaciale des allégories académiques. Impossible de deviner où l'artiste a supposé son foyer lumineux. Ce sont des lignes sans accent, d'une fausse grâce maniérée. Ni pensée ni ém-Otion. Des attributs et des couleurs arbitraires qui se jouent dans les gris fades et les roses ou les bleus purement conventionnels. On ne peut imaginer contraste plus saisissant.

L AMPHITHEATRE DE CHIMIE

Idéologie encore, si l'on vect, mais presque purement sentimentale et entièrement subordonnée à une émotion d'ordre pictural, telle nous appa-

P'EINTRES D'AUJOURD'HUI

raît la décoration pour l'amphithéâtre de Chimie. C'est l'un des sommets de la carrière d'Albert Besnard.

Avoir à couvrir un espace mural irrégulier est pour un décorateur-né plutôt un avantage qu'un désavantage. Cela lui donne un sentiment plus net de la subordination qu'il doit accepter à l'égard du style de la pièce dans laquelle il travaille, de la destination particulière à cette pièce et de l'ensemble architectural dans lequel la peinture doit se fondre intimement et pour toujours.

Ne plaignons donc pas Besnard d'avoir été convié à travailler pour un espace afîectant la forme d'un trapèze très irrégulier et déchiqueté pour ainsi dire dans sa partie inférieure par la boiserie de l'amphithéâtre et la table du professeur se détachant au-dessous d'un tableau noir. Ne le plaignons pas non plus de la pauvreté du décor, de ces murs tout nus, de ces bancs grossiers. Cet amphithéâtre a les trois qualités essentielles : il est vaste, bien éclairé et il est parfaitement adapté à sa destination. A l'artiste de se soumettre aux conditions de la réussite. A lui de rehausser et d'ennoblir cet ensemble en se conforinant à son carac-

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tère propre. C'est un lieu de travail. L'artiste qui est chargé de le décorer n'est pas moins favorise' que celui à qui est dévolu un lieu de prière ou une salle de fête. Il sera d'autant plus digne d'admiration qu'il se sera plus étroitement soumis à la destination du lieu.

Besnard a compris quel devait être son rôle. Ayant à décorer un amphithéâtre de chimie, il s'est demandé quelle est la leçon qu'il pourrait proposer à la fois aux étudiants et aux maîtres et qui fut assez durable pour ne se démoder jamais, assez générale pour dominer tous les enseignements susceptibles d'être donnés sous cette enceinte.

L'idée très simple, très générale et très poignante qu'il a voulu leur suggérer est celle que formulait déjà Anaxagore : Il faudrait appeler agrégation toute naissance et désagrégation toute mort.

Au centre, sur une grasse prairie toute jaunie par l'automne parmi des germes de plantes innombrables un beau cadavre de femme dans toute la maturité de son âge est étendu dans un mouvement magnifique de raccourci. A notre gauche un enfant nu tète une dernière fois Tune de ses mamelles. De l'autre sein coulent les dernières gouttes d'un

lait qui, serpentant à travers la nature, forme comme un fleuve de vie. Autour de la bouche errent des papillons compagnons de toute pourriture et porteurs de germes. Le serpent, emblème de la ge'ne'ration terrestre, rampe auprès du cadavre. Tout à fait à notre droite et profitant d'un caprice de la surface murale pour e'voquer le souvenir des volets d'ancien triptyque, Besnard a représenté Adam soulevant sa compagne pour qu'elle puisse atteindre le fruit de vie dans un décor de nature printanière, luxuriante, sur les bords d'un fleuve lumineux qui, remontant vers la gauche pour se précipiter ensuite jusqu'à nos pieds de toute la hauteur de la toile, charrie dans la dernière partie de son cours, à travers des cataclysmes, les plantes arrachées du sol, les troncs déracinés, les cadavres humains et va se perdre dans les entrailles de la terre au fond d'un gouffre de feu, creuset d'où ressortiront sous une autre forme les éléments de la vie végétale et animale pour plus tard se désagréger et à nouveau se reformer. Au centre de la composition et répandant sur tout ce qui existe ses rayons vivifiants, le soleil rayonne et brûle.

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Ainsi se trouvent interpréte'es et symbolisées toutes les forces de la nature : Teau, l'air et la terre, l'Homme jeune dans toute sa puissance, la Femme dans son adolescence et dans sa maturité, la Mort qui les emportera parmi les désastres et l'Espoir toujours renaissant qui sourira aux nouveau-nés. C'est aussi le symbole du Feu, principe de la chimie organique qui crée la vie et la détruit, et un symbole do la Lumière et de la Chaleur qui animent tout, stimulent tout, et président, inaltérables, à toutes les destinées terrestres. C'est enfin une vaste vision qui, d'un point de vue général, embrasse toutes les joieset toutes les douleurs de la vie, toutes les sciences qui dans leur domaine spécial recherchent des vérités particulières et qui à partir de certains sommets se rejoignent toutes dans la même recherche des origines de la vie, de ses transformations successives et des modifications que les hommes peuvent apporter au cours naturel des événements terrestres pour diminuer les dangers qui menacent leur existence et augmenter leur bonheur.

Conception de philosophe panthéiste mais surtout vision de peintre ! A notre droite, des fraîcheurs

de verdure printanière, des gris bleutés d'eau courante, un tronc d'arbre splendide et fort qui paraît défier le temps, des pénombres légères; à notre gauche, de grandes taches d'ombre qui établissent aveclecentrelaliaisonnécessaireet qui s'équilibrent avec les masses luxuriantes du volet fixe de droite, des verts comme soufrés, une nuée splendide et lourde, une spirale fuligineuse qui sépare entre eux les sujets et qui les ramène à l'unité; enfin, au centre, la grande tache jaune et verte de la prairie engraissée par le cadavre, soutenue par la tache verdàtre tigrée de noir du reptile, dont les anneaux se replient et qui contribue aussi à la stabilité de l'ensemble, à l'impression d'ordre. Le tracé gris et blanc du fleuve de lait fait contraste à ce sombre serpent symbolique mais s'harmonise avec lui et le réchauffe. Enfin, dans le haut et au centre, dominant toutes choses, la grande tache éblouissante, blanche et jaune, du soleil domine toute la composition.

En dernière analyse, tout se ramène à cette grande tache blanche et jaune, enrichie à notre droite par des verts chaleureux et toute une gamme de gris, soutenue à notre gauche par les souffles

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d'or et d'ombre où des jaunes sulfureux semblent être comme en suspens.

L'unité de couleur et de composition est aussi parfaite que l'unité' idéologique. C'est lyrique et c'est splendide. L'amphithéâtre de Chimie consacre l'originalité absolue de Besnard, son aptitude à hausser jusqu'aux symboles les plus riches et les plus clairs, les idées les plus générales, sa puissance de grand coloriste et sa liberté heureuse de metteur en scène.

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