‹ Peintres de jadis et d'aujourd'huiChapitre 27 sur 28 · UNE EXPOSITION D'OUVRES · texte numérisé non relu

UNE EXPOSITION D'OUVRES

DE

PUVIS DE CHAVAXNES

Une exposition d'œuvres de M. Puvis de Chavannes, s'est ouverte, ces jours derniers, à propos de laquelle tous les critiques d'art ont été unanimes, une fois de plus, à exalter le génie de celui qu'ils appellent a le plus magnifique artiste de notre temps ».

L'exposition en elle-même, à dire vrai, n'a pas grande importance. Les cinq ou six tableaux qu'on y trouve, d'époques très diverses, n'ont rien qui les distingue particulièrement de toutes les œuvres déjà connues de M. de Ghavannes. Mais je me suis demandé à cette occasion, et je prends la liberté de demander à mes lecteurs, si le temps ne serait pas venu de mettre enfin, dans notre appréciation de l'art de cet admirable peintre, plus de sang-froid et plus d'équité. Car il suffit de passer cinq minutes à son exposition, ou encore au Musée du Luxembourg, devant le Pauvre Pêcheur, ou

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encore à la Sorbonne ou à l'Hôtel de Ville, pour se convaincre de cette vérité : que les peintures de M. de Ghavannes sont très mal dessinées ; que leur coloris, plaisant ou non, est en tout cas rudimentaire ; et que jamais un peintre n'a poussé à ce degré l'ignorance — ou, si l'on veut, le dédain — de ce qu'on appelle le métier. N'importe quel élève de l'Ecole des Beaux-Arts dessine et peint plus adroitement que ce maître fameux, le plus fameux à coup sûr de tous les peintres vivants.

C'est là, je le répète, non pas une opinion personnelle, mais un fait, autant du moins qu'il est permis d'employer ce mot en matière de critique. C'est un fait que les figures de M. de Cliavannes, lors môme qu'elles doivent symboliser la santé, ou l'élégance, ou la beauté physique, se trouvent être difformes par quelque partie de leur corps, avec des membres inégaux, mal attachés, des traits en désordre, des poses et des gestes d'inhrmes; et, comme elles sont telles, sans doute, contre le gré de l'auteur, on peut affirmer d'une manière tout à fait positive qu'elles sont mal dessinées. Et c'est un fait aussi que les couleurs, dans cette peinture, s'étalent par plaques uniformes, sans nuances, sans transparence; qu'elles sont en outre effacées, amorties, réduites au rôle le plus mince possible. Ni dessin ni couleur, ou plutôt un dessin détestable et presque pas de couleur : voilà ce qu'on ne peut s'empêcher de constater toujours, dans les tableaux de M. Puvis de Chavannes. Et pourtant il y a quelque chose dans ces tableaux qui impose aux plus rebelles d'entre nous, sinon de l'admiration, au moins du respect,

et qui nous fait mettre cet art bien au-dessus d'autres plus habiles. 11 y a certainement quelque chose : resterait à savoir un peu exactement ce que c'est.

C'est, dira-t-on, le génie. M. de Ghavannes ne sait ni dessiner ni peindre ; mais il a du génie, et il ne lui en faut pas davantage pour dépasser infiniment les plus savants et les plus adroits des peintres de talent. Je ne demande pas mieux que d'admettre cette explication. Mais encore faut-il que le génie de ce peintre s'exprime dans sa peinture, et par les moyens de sa peinture ; or ce n'est assurément ni son dessin ni son coloris qui peuvent nous en fournir l'expression. Car on ne saurait traiter de génial un dessin qui n'arrive pas même à réaliser l'intention de l'artiste, ni un coloris qui s'ingénie manifestement à se faire oublier. La vérité est que non seulement nous ti admirons pas le dessin et la couleur de M. de Ghavannes, mais que, tout au contraire, nous les lui pardonnom. Ge que nous admirons chez lui, ce qui constitue le réel, l'unique mérite de son art, c'est l'intention et la composition de ses tableaux. Par là, mais rien que par là, il domine ses confrères. 11 emploie son art à exprimer des émotions, et il les exprime par une ordonnance harmonieuse de lignes. A l'inverse de la plupart des peintres, qui font de la peinture en prose, il essaie de faire une peinture poétique; car la distinction de la poésie et de la prose peut exister dans la peinture et dans la musique tout aussi bien qu'en littérature. Nous sentons que ce qui importe à M. de Ghavannes, etpar

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suite à nous, dans ses tableaux, ce n'est point le détail, mais l'ensemble ; et, en faveur de l'ensemble nous consentons à négliger, à oublier le détail.

Encore cette explication ne suffit-elle pas pour faire comprendre le profond respect qu'il nous inspire. Les émotions qu'il cherche à exprimer sont nobles et touchantes, assurément; mais elles n'ont rien de si original, ni de si profond, que nous puissions fonder sur elles seules notre admiration. Que sont-elles, par exemple, en comparaison de celles qu'ont exprimées les grands peititres-poètes d'autrefois, depuis le Fra Angelico jusqu'à Rembrandt et Poussin ? Est-ce que la moindre esquisse d'Eugène Delacroix n'est pas plus imprégnée de poésie, et d'une poésie plus humaine, que les Jeunes Picards s' exerçant à la lutte ^ ou le Victor Hugo offrant sa lyre à la Ville de Paris ?

Et puis il n'y a pas d'émotion si profonde qu'il ne faille encore savoir l'exprimer. M. de Ghavannes a le sentiment de la grande composition. Ses vrais précurseurs dans l'histoire de l'art, ce ne sont point les peintres italiens d'avant la Renaissance, comme on l'a trop volontiers répété : l'incorrection môme du dessin est d'une tout autre nature chez lui que chez eux. Ses vrais précurseurs, ses maîtres directs, ce sont nos grands peintres-poètes français du xvn° siècle, le Lesueur de l'Hôtel Lambert, surtout Nicolas Poussin. Mais quand Poussin avait enfin arrêté — après d'innombrables essais, dont témoignent immortellement ses dessins du Louvre: — la composition définitive d'une allégorie, il s'occupait ensuite, avec une égale sollicitude, à

réaliser dans sa peinture, par le dessin et par la couleur, le plan d'ensemble qu'il avait conçu. M. de Chavannes, lui, s'en tient à l'esquisse : ses œuvres les plus achevées restent au même point que les premiers projets de Poussin. Nous y découvrons bien le plan qu'il a conçu, l'harmonie générale qu'il a voulu produire ; mais il n'y a point de plan si magnifique qui puisse se passer de réalisation, et l'harmonie de l'ensemble est fatalement un peu compromise quand les détails manquent d'harmonie. Les plus purs rêves de beauté antique risquent de ne nous toucher que médiocrement, si nous les voyons traduits par des corps difformes. Des jambes tordues font perdre de sa noblesse à la plus noble démarche; et rien n'est tel qu'un bras mal emmanché pour déprécier un beau geste.

Dieu me garde de médire de la peinture de M. de Chavannes! Je l'admire, telle qu'elle est, autant que personne, et j'essaie simplement d'analyser les motifs de ce sentiment qu'elle m'inspire. En visitant, l'autre jour, l'exposition de ses œuvres, j'ai eu plus nettement encore une impression dont j'avais été frappé déjà au Salon du Champde-Mars. 11 m'a paru que notre culte pour l'art de M. de Chavannes était un phénomène psychologique tout à fait anormal, sans aucun rapport avec notre admiration pour le talent de tel ou tel autre peintre. Chez les autres peintres, nous admirons des qualités qu'ils ont, un dessin élégant, une couleur harmonieuse ou vivante, ou encore la vérité de l'image, tandis que, dans les tableaux de M. Puvis de Chavannes, nous admirons autre chose que ce qui y est. Les nobles qualités d'émotion et de

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poésie, la belle composition de l'ensemble, l'effet décoratif même, si l'on veut, ce sont assurément des mérites très appréciables; mais ils ne suffisent pas à justifier une admiration aussi profonde, quand on pense surtout à toutes les faiblesses de forme et de métier qui leur font contrepoids. C'est donc que cette peinture de M. de Ghavannes représente pour nous autre chose qu'elle-même.

Elle représente pour nous, je crois, une réaction contre des excès contraires dont nous avons fini par nous fatiguer. En peinture comme en littérature, un moment est venu, il y a quelques années, où nous avons eu assez et trop de réalisme, assez et trop de soi-disant vérité, et de ce relief brutal et de cette aveuglante couleur dont on s'acharnait à nous accabler. Une soif nous a pris de rêve, d'émotion, et de poésie. Saturés d'une lumière trop vive et trop crue, nous avons aspiré au brouillard. Et c'est alors que nous nous sommes passionnément attachés à l'art poétique et brumeux de M. de Ghavannes. Nous en avons aimé jusqu'à ses pires défauts, jusqu'aux erreurs de dessin et jusqu'au manque de couleur, tant nous étions las d'admirer, chez les autres peintres, ce que nous y prenions, bien ingénument, pour du dessin et de la couleur. L'art de M. de Ghavannes a ainsi été pour nous comme une guérison ; nous nous sommes attachés à lui comme des malades à un traitement nouveau.

Mais encore ne faut-il pas que le traitement, à son tour, devienne une maladie. Aujourd'hui le rôle historique de la peinture de M. de Ghavannes peut être considéré comme fini. Peut-être a-t-il

même déjà trop duré: car j'ai été frappé, aux derniers Salons, de constater la disparition presque complète de la couleur . D'année en année, la peinture pâlit et s'embrume ; et l'on ne peut s'empêcher d'en vouloir un peu à M. de Ghavannes de cette universelle décoloration. Toujours est-il que sa peinture n'a plus désormais pour nous l'intérêt d'une réaction, d'une protestation; l'heure est venue où nous pouvons enfin la considérer à un point de vue purement artistique, et y chercher simplement les qualités qui s'y trouvent» C'est à cet examen que je prends la liberté d'inviter mes lecteurs. Qu'ils retournent une fois de plus devant ces tableaux naguère si profondément et si justement vénérés, et qu'ils se demandent si, de bonne foi, ils trouvent encore autant d'attrait que par le passé à un art, certes, très noble et très haut, mais qui manque absolument à toutes les traditions de son métier, et qui, après avoir été précieux à son heure, est en train d'exercer sur notre peinture française l'influence la plus détestable! Le moment ne serait-il pas venu de transférer notre admiration à des peintres qui prennent soin de dessiner et de peindre, tout en gardant toujours à M. Puvis de Ghavannes la part de reconnaissance et de respect que nous lui devons?

PIERRE-AUGUSTE RENOIR

LA BONNE ET l'ëNFANT

PIERRE-AUGUSTE RENOIR

Un hasard m'a fait assister, l'été dernier, à l'inauguration du Salon du Champ-de-Mars. C'était, on s'en souvient, un joyeux baptême : je ne voyais autour de moi que claires toilettes, visages épanouis, bras levés au ciel en signe d'enthousiasme. Et, par un contraste singulier, à mesure que j'avançais dans les pompeuses salles, je sentais devenir plus forte en moi la désolante sensation d'assister à un enterrement. C'étaient, par dizaines, les belles admirations de mon adolescence qui agonisaient.

Tous ces peintres que je revoyais là étaient les mêmes qui, à leurs débuts, m'avaient semblé si hardis et si personnels ! Je les revoyais avec les mêmes œuvres, ou du moins les mêmes qualités appliquées de la même façon. Les uns continuaient à capter le plein air, les autres à accentuer le clair-obscur, d'autres encore à imaginer des formes d'une distinction paradoxale. Et j'aurais voulu m'en aller bien loin , devant les Bolonais du Louvre, par exemple, qui, malgré leur mépris

du plein air et du paradoxe, malgré la misérable banalité de leur clair-obscur, m'eussent intéressé davantage que cette élite de la hardiesse artistique de notre fin de siècle.

Hélas! c'est justement que ces hardis novateurs n'avaient pas assez changé. Chacun, ayant trouvé une note, la répétait invariablement. La note, au début avait été rare; maintenant elle était devenue vulgaire. Autrefois elle m'avait paru originale; je découvrais maintenant qu'elle n'était pas belle. Car le charme de l'excentricité a vite fait de s'user, et il n'y a que le charme de la simple beauté qui dure éternellement.

Voilà une déception que ne causera à personne la peinture de M. Renoir. Celui-là a découvert vingt notes qui étaient à la fois originales et charmantes ; et dès qu'il en découvrait une, il se remettait en quête d'une autre, ayant le sens critique le plus sévère et la conception d'art la plus haute qu'ait depuis longtemps possédés un artiste créateur.

Je ne connais pas la première manière de M. Renoir. Quelles œuvres peignait-il jadis, dans l'atelier de Gleyre, lorsque déjà la pratique de la peinture sur porcelaine avait formé son œil et assoupli sa main? Je ne puis que le deviner. Mais je connais et tout le monde connaît la seconde manière de M. Renoir, celle qu'il pratiquait aux âges héroïques de l'impressionnisme en compagnie de MM. Monet et Sisley, ses condisciples de l'atelier Gleyre. Personne , certainement , n'a pu voir une seule fois sans les garder dans ses yeux ces adorables peintures, oii la méthode impressionniste n'était

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qu'un prétexte à faire vibrer les claires couleurs avec une harmonie plus variée et plus libre.

Et, dans cette seconde manière elle-même de M. Renoir, on pourrait aisément distinguer deux ou trois manières successives, comme un travail continu d'allégement et d'épuration, aboutissant enfin à ces scènes de canotage, à ces bals à la campagne, h ces paysages d'Asnières et de Venise, où des formes d'une langueur et d'une ingénuité singulières apparaissent enveloppées d'une mystérieuse atmosphère violette.

M. Renoir était devenu célèbre : c'était, de tous les impressionnistes, le plus délicat, le plus féminin, celui en qui nous reconnaissions la plus parfaite expression de nos sentiments un peu maladifs. Et ce fut ce caractère maladif et féminin de son œuvre qui, à ce moment, lui déplut. Plusieurs années, il vécut inquiet et par instants désespéré, étudiant les maîtres anciens, dont il est resté l'adorateur fervent et craintif. 11 cherchait un art plus solide, plus classique, se suffisant à soi-même en dehors du charme sensuel qu'il savait pouvoir y ajouter. Les Baigneuses, ^I^'il exposa à l'exposition de la rue de Sèze en 1887, resteront le témoignage de ces années de recherches et d'hésitations. Je ne puis oublier l'émotion surnaturelle que me causa cette peinture à la fois douce et forte, ce mélange délicieux de vision et de rêve.

L'effort de tant d'années aboutit à un triomphe. M. Renoir saisit enfin, pour ne plus la perdre, cette pure et savante beauté de la forme dont, parmi nous, il est seul, désormais, à savoir le secret. Des portraits, des études de nu et des têtes d'enfants,

qu'il peignit après ses Baigneuses, sont des œuvres d'un modelé aussi vivant, d'une exécution aussi sobre et aussi décisive que les chefsd'œuvre des maîtres. Il n'avait plus maintenant qu'à y ajouter la grâce extérieure de ses œuvres anciennes; mais, elle aussi, anoblie, relevée au niveau d'un art désormais tout classique. Et c'est à cette conciliation de la puissance de vie et de la grâce d'expression que s'emploie, depuis lors, M. Renoir. Aujourd'hui, chacun des tableaux qu'il peint représente, à lui seul , une manière distincte : car il n'a pas dépensé dix ans à ces études patientes et variées, où aucun de nos jeunes peintres à la mode n'a ni le temps ni le goût de se livrer, il n'a pas cessé dix ans d'être un maître pour redevenir un élève, sans qu'il y ait gagné une abondance et une souplesse de vision capables d'approprier, aux divers sujets, les formes différentes qui conviennent à chacun.

Mais le changement perpétuel, en art, n'a pas plus d'importance que la constante immobilité. En face des peintres qui n'ont donné qu'une note, au Salon du Ghamp-de-Mars, j'ai vu les peintres qui donnaient tous les ans une note nouvelle; et, ceux-là non plus, je n'ai pu me résigner à les admirer. C'est qu'ils passaient dans un camp nouveau sans rien garder de ce qu'ils avaient eu dans l'ancien. Eux-mêmes n'étant rien que d'habiles machines à faire de la peinture, ils n'avaient pu développer, à travers leurs diverses manières, une originalité dont le germe, toujours, leur avait manqué.

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Ce qui fait le mérite artistique de l'œuvre de M. Renoir, c'est que, sous ses vingt manières successives, il est toujours resté le môme, absolument le même, si bien que c'est assez d'avoir vu un de ses premiers tableaux pour le reconnaître dans ses tableaux d'aujourd'hui. Aucun peintre n'a apporté au service de l'art des qualités plus personnelles, plus innées, et plus singulières. Et toute sa carrière d'artiste n'a été que l'éducation patiente et infatigable de ces qualités natives, qu'un heureux décret de la Providence avait mises en dépôt chez lui.

Les qualités natives de l'art de M. Renoir sont, malheureusement, plus aisées à apprécier qu'à définir par des mots. Je crois bien qu'elles se résument en un sentiment extraordinaire de ce qu'il y a dans la nature de flottant, de capricieux, et de féminin. A son insu, M. Renoir anime tout ce qu'il voit d'une expression particulière, à la fois naïve et raffinée, tranquille et émue. Son type de jeune fille a beau vouloir se modifier : partout, dans toutes les attitudes et sous toutes les toilettes , nous retrouvons le môme petit être délicieux, comme un chat des contes de fées, entr'ouvrant sur le monde d'étranges petits yeux malicieux et pleins de tendresse. Et ce n'est point seulement de la forme du corps etdes traits du visage que résulte cette expression; on la reconnaît dans ces sites à demi fantastiques qui servent de décor aux figures ; on la retrouve jusque dans ces simples et puissants paysages réels que M. Renoir aime à peindre de temps à autre, sachant, avec les maîtres anciens, que rien ne contribue davan-

tage à imprégner l'œil du sentiment de la vie. On reconnaît Fâme de M. Renoir tout entière dans ses tableaux de fleurs, les plus beaux tableaux de fleurs qui aient jamais été peints, merveilleusement vivants, éclatants de couleur et toujours attirants par un mélange, tout féminin, de douce langueur et de troublant caprice.

Ainsi M. Renoir est un peintre de notre temps: car s'il y a, parmi les sentiments contemporains, un sentiment un peu artistique, c'est bien cette inquiète et flottante mélancolie sensuelle qu'il sait traduire dans tout ce qu'il peint. Mais, par ailleurs, M. Renoir est un peintre classique ; et c'est ce qui nous le rend cher si profondément. Il se soucie de la perfection formelle, il a horreur de l'exagération, il va de plus en plus vers un art de discrète et simple harmonie. Par là il se rattache aux vieux maîtres français, dont seul, parmi nous, il conserve l'esprit. Par là, dépassant l'impressionnisme, dépassant toute la peinture inquiète et maladive de son temps, il rejoint, le maître admirable en compagnie duquel il ne manquera point d'apparaître à la postérité : le poète de la Leçon d'amour et de V Embarquement pour Cythère.

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