‹ Peintres et sculpteurs contemporainsChapitre 103 sur 151 · Ëlève de MM. Gosse et L. Cogniet · texte numérisé non relu

Ëlève de MM. Gosse et L. Cogniet

1, Élève de M. A Comte.

3. Élève de MM. Bin et Cabanel. Prix de Rome en 1867. MédaiUe en 1870, première médaille en 1872.

n y a une velléité d*archaïsine dans les tapisseries, dans les yeux d'émail de la déesse. Ces yeux fixes sont singuliers et saisissants. Je dois dire que tous les personnages du tableau ouvrent d'ailleurs des yeux démesurés. Seul, le Troyen mort et étendu à gauche, dans un admirable raccourci, ne montre point sa prunelle au public. Je reprocherai à ce cadavre d'être mort depuis trop longtemps. Il ne vient absolument pas d*étre tué à l'instant. Sa chair est déjà décomposée. Ces réserves faites, il reste une toile digne d'attention, et qu'une première médaille a fort justement récompensée.

M. BouGUEREAU. « Quc manquc-t-il à M. Bouguereau ? me disait un homme de goût, un défaut où accrocher la discussion. Les deux tableaux que M. Bouguereau expose sont trop parfaits. S'ils n'étaient point si remarquables, ils seraient certes plus remarqués. » — Il y a beaucoup de vrai dans cette observation, mais il faut avouer que nul n'égale M. Bouguereau dans l'art de supprimer la vie. Sa Faucheuse est une grande belle fille, en fichu Jaune, en tablier vert, eu jupon pourpre et qui se détache, sculpturale^ sur un ciel d'un bleu de lapis. Elle est fort jolie cette figure, mais elle ne vit point. C'est une statue et, qui pis est, une statue de cire. Le style, à mon avis, ne doit pas exclure la respiration, l'existence même des êtres, et M. Jules Breton l'a bien prouvé. Je ne nie point le talent de M. Bouguereau, mais je trouve qu'il devient trop savonné et trop lisse. Voyez encore, à côté de h Faucheuse^ cette composition qui sera fort gracieuse» une fois gravée : Pendant la moisson; c'est une belle paysanne italienne, montrant une orange à un enfant nu, couché sur une gerbe de blé. Cela est charmant, et la scène a pour cadre un paysage que M. Couture appellerait poussinesque^ mais ces personnages ont positivement Pair d'être en sucre. Nul rayon de soleil

n*a doré leur chair, et le sang ne circule point sous la peau. Cette perfection de M. Boug^uereau devient ainsi fatigante, et Ton préfète à ses Italiennes aux mains soyeuses Tétrange et jaunâtre Courtisane de M. Blanchard, moins séduisante, mais vivante.

M. GusTAva Boulangera — Cette fois, c'est une chute. M. Boulanger avait conquis une juste renommée avec tant de tableaux antiques, d'une grâce parfaite, avec son Jules César au Rubicon^ avec sa répétition du Joueur de flûte dans la maison pompéienne, puis avec ses cavaliers sahariens et ses scènes de la vie africaine : tout cela était vivant, savoureux et exquis. Aujourd'hui, le peintre tombe dans la romance et la manière. Son dernier tableau nous montre une feoime arabe, le bras appuyé sur le col d'un cheval. Cela se nomme : Attendant le seigneur et le maître. On se rappelle la chanson :

II va venir, le sultan que j*adore I

Le tableau de M. Boulanger nous l'a fait remonter aux lèvres. Cette peinture est semblable à ces dessus de boite, glacés cl satinés, qu*on donnait autrefois. Tout pose dans cette toile; la femme, le cheval, et jusqu'à la cruche de terre galamment placée sur le sol ; le cheval gris, qui est positivement en biscuit^ en porcelaine peinte, la jolie figurine de la femme figureraient fort bien sur un socle ou, coulés en bronze, sur une pendule. Nous aimons trop le talent de M. Gustave

1. BouLàNGBR (Gustave-Rodolpbe-Clarence), né à Paris, le 25 avril 1824, élève de Paul Delaroche et de M. JoUivet. Il a exposé '.Jules César arrivé au Rubicon, la Maison du poète à Fompëi, Maestro Palestrinà (1857); Lucrèce j Lesbie (1859); Hercule aux pieds d^Omphale {\SQiy, Jules César à la tête de la dixième légion, KabyleSjla Déroute (1863); Cavaliers sahariens (1864); une Marchande de couronnes à Pompëi (1866); etc.

n a obtenu une deuxième classe en 1857, rappelée en 1859 et en 1863. Décoré en 1865.

Boulanger pour ne lai point souhaiter une prompte et complète revanche.

Mme Henriette Browne. — Tai dit rapidement ce que je pensais de son Alsace, Avec la figure de M. Henner et celle de M. Basset, voilà la meilleure incarnation de la pauvre contrée pâlie et souffrante. L'Alsace de Mme Browne a les yeux cernés encore par les larmes. Ces pleurs patriotiques^ quand donc un baiser de la mère-patrie les essuiera-t-il pour jamais?

M. LéoN Caille^ expose deux tableaux agréables et d'un charme facile à comprendre. La Petite famille et la Leçon de lecture sont deux peintures familières, qui plaisent par la séduction intime et Thonnéteté séduisante du sujet. Cela est, d'ailleurs, vraimient joli.

M. Joseph Garaud' est toujours fort galant, avec ses jolis minois et ses gentilles soubrettes. Il semble, celte fois, s'être sou\enu de Chaplin. Sa Soubrette repassant est une jolie fille du siècle dernier, vêtue de rose et laissant voir un sein que Dorât ou Parny eussent qualifié de sein de neige. Quant à la Jeune fille portant un chaty elle est plus appétissante encore; mais, sur ce parquet si bien ciré, elle va glisser, j'en ai peur, et tuer son chat, ce joli chat blanc qui ressemble à un peloton de soie. Voilà, dans tous les cas, de Tari agréable, mondain et satiné qui ne cause point autant de cauchemars que les peintures des tortionnaires espagnols.

M. Compte-Galix' est un peu delà même école. Sa Leçon de Géographie nous montre un petit jeune homme tout frisé, désignant à une blondine devenue rêveuse

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