‹ Peintres et sculpteurs contemporainsChapitre 11 sur 151 · PRÉFACE. XXV · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXV

point fatale à F artiste, mais, avec la vie actuelle, Tartiste — et j'entends par artiste tout homme qui s'occupe des travaux de Tesprit — se tient trop en dehors, je ne dirai pas de la critique imprimée, qu'il recherche, mais de la critique quotidienne, amicale, journalière, critique du camarade, du voisin, du groupe. Il s'isole et se stérilise, ou plutôt il se fait marchand, producteur, fabricant, chambrelan^ livrant à jour fixe, sans chercher, sans lutter, sans se creuser le front et l'âme. Les artistes aujourd'hui souffrent, quoi que j'en aie dit tout à l'heure, du même mal que les gens de lettres, c'est-à-dbre de la dispersion, de Téparpillement de leurs efforts. Il n'y a réellement plus de centres, plus de points de réunion, plus de mots de ralliement communs. Où sont ces liaisons de frères d'armes des vieux peintres et des écrivains du dix-huitième siècle ou des combattants de 1830? Chacun fait le coup de feu et lutte à sa guise, en volontaire ou en tirailleur. Certes, ce serait un grand bien si l'individualité y gagnait; mais loin de se faire robuste par une telle vie, elle s'atrophie au contraire faute de se retremper dans la discussion qui virilise. Où sont ces nobles, grandes, glorieuses querelles d'école d'autrefois? Qu'a-t-on fait de la passion? Qu'est devenue cette rivalité génératrice des chefs-d'œuvre? On se hait tout autant que jadis, mais sans se combattre. Le champ clos est transformé en salon de médisances. « Taime les fanatiques, » disait Diderot. Ehl sans doute, mais il n'y a plus de fanatiques. Il y a des littérateurs et deft peintres mi-partie négociants et peintres.

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