Élève de M. L. Cogniet
bleau, Peine perdue^ qui représente uiie fillette bretonne tentée par une jeune personne vêtue en Espagnole (ce qui semble indiquer qu'elles sont déguisées Tune et l'autre)» ce tableau, délicieux pour les gens du monde, trop léché pour les artistes, sera charmant en lithographie. Il est suffisamment peint, mais c'est le mjti qui emporte tout. Le public trouve cela délicat et moraL
M. ScHOPiN*. — Derniers instants de Duguesclin et Richelieu à son lit de mort, M. Schopin est élève de Gros. M. Schopin fut une gloire. Aujourd'hui ses tableaux nous semblent aussi vieillots que le pourrait paraître une tragédie nouvelle de Casimir Delavigne. Et pourtant, il y a du talent de composition dans ces scènes historiques. Mais quelle couleur! quels tonsi quelle mise en scène^ théâtrale I Saluons une gloire d'hier, qu'aujourd'hui on ne sait plus comprendre.
M. SiROUY. — La Fortune, Voilà un bon tableau, évidemment trop confus, trop bariolé, mais d'une intensité de couleur parfois excellente. La Fortune (elle est en sucre, je dois le dire) jette du haut de sa roue, à une foule qui s'écrase, s'insulte, se déchire, s'égratigne, des faveurs qui tombent au hasard dans ce tas de créatures humaines, où je démôle, parmi le flot des couleurs et des gens, des rois, des courtisans, des guerriers, des avares ; tout cela se heurtant et se lacérant. Au fond, philosophiquement, un pêcheur à la ligne en chapeau de paille tend l'amorce au goujon tandis que tout ce monde entre en bataille, Peinture philosophique comme on voit, mais œuvre de coloriste. L'effet est trop cherché, mais il est souvent atteint, et Ton peut demander beaucoup dans l'avenir à M. Achille Sirouy. M. Eugène TmRiow. — Épisode de V éruption du Yé-
1. Élève de Gros. Prix de Rome en 1831, médaille de 1** classe eo 1835, décoré en 1854.
L'ART FRANÇAIB EN 1872. 335
suve. M. Thirion *, pour composer ce tableau, fort' re-* marquable au surplus, a tout pris à M.Élie Delailnay : sa couleur, son dessin, ragencement de ses groupes, rarchitecture même de ses temples. Ce n*est pas de Pline le Jeune, quoi qu'il dise, que le peintre deVÉrup" lion s'est inspiré. La catastrophe volcanique de M. Thi* rion rappelle en effet à s'y méprendre la peste de M. Delaunay. C'est une réminiscence tellement étrange qu'on peut, à coup sûr, parler de pastiche. Il y a d'ailleurs un talent très-réel dans cette Éruption du Vésuve^ d'une coloration en quelque sorte sanguinolente, et qui saisit comme le plus affreux des drames.
M. Trayir^. — J'aurais dû parler de M. Trayer lorsque j'ai dit un mot des Bretons. Ses tailleuses (hémé^ nérod) de Pont-^Aven, dans le Finistère, sont gentiment saisies à l'heure de la couture. C'est un joli tableau de genre.
M. Ulmanjï'* — Les Sonneurs de Nuremberg. — Au bas d'un escalier tournant, que des vitraux éclairent, en caressant le chêne lisse et sculpté, trois sonneurs, aux costumes jaunes et rouges tailladés comme les vêtements des reitres d'Albrecht Dûrer^ mettent en branle quelque lourde cloche. Au fond, un sonneur altéré hume le piot, comme disait Rabelais, et nous rappelle que le proverbe est venu de là ; boire comme un sonneur. Ce tableau, très-étudié, très-bien peint, est absolument excellent avec ses couleurs voyantes, et qui s'harmonisent si bien dans l'intérieur gothique.
M. Van Elven*^ — Après avoir peint une soirée chez
1. Élève de Picot et de M. Cabanel. Médailles en 1866, 1868 et
2. Élève de son père et de M. Lequien. Médailles de 3* classe en 1853 et en 1855.
3. Élève de DroUing et de Picot. Prix de Rome en 1859, 3* médaille en 18&9, médaille en 1866> 2« médaille en 1872.