HENRI REGNAULT
Correspondance de Henri RegnauU^ recueillie et annotée par M. À. Duparc. — Les livres de MM. H. Cazalis et H. Baiilière sur H. Reguault.
J'entrais naguère au Luxembourg, dans ce Musée des artistes vivants où figurent déjà tant de toiles d'artistes morts, et je cherchais sur les murailles les œuvres, acquises par l'État, du peintre éclatant de la Salomé. Henri Regnault figure au Luxembourg avec son Portrait du général Prim et son Exécution au temps des califes. Je ne compte pas deux aquarelles, d'un ton puissant, exposées non loin de là : une Andalouse, vue de dos, vêtue de noir et piquée, dirait-on, comme une mouche sur le fond blanc du papier, et un Paysan de la campagne de Rome, solide et râblé, appuyé sur ses jambes comme un lutteur aux jarrets arqués. Ces deux aquarelles figuraient parmi les plus remarquées à Texhibiilon posthume des œuvres de Regnault, quai Malaquais. Ce fut là surtout que la puissance de tempérament du jeune artiste apparut tout entière. Une telle quantité de dessins, de projets, d'esquisses, de tableaux achevés surprenait dans un homme aussi jeune. On pouvait voir par là quelle facilité dans Texécution jointe à quel souci de la vérité, à quelle constance dans l'étude, avait ce Regnault dont quel-
ques-uns ne parlaient que comme d'un coloriste volontairement excessif, d'un habile tireur de coups de pistolet. A la vérité, l'exposition tout entière des œuvres de Henri Regnault faisait TefTet d'une sorte de Dictionnaire de la couleur ^ que le peintre avait composé pour lui-même, afin d'être bien en possession de la gamme et, comme de la langue du pinceau. Ce que bien des gens prenaient pour des œuvres définitives n'étaient que des essais, en quelque sorte, dont le peintre devait tirer parti plus tard, en des œuvres qu'il portait déjà dans l'àme, et qu'il avait, si je puis dire, dans les yeux.
Voilà ce qui donne la certitude que Regnault ne se fût pas arrêté en si beau chemin et qu'il eût ajouté bien des pages magistrales, aux pages juvéniles et éclatantes que nous connaissons de lui. Il n'était pas, comme tant d'autres, satisfait de lui-même; il ne croyait pas avoir atteint le but. Son ambition d'artiste n'était point assouvie; il était loin encore d'avoir étanché sa soif de lumière et de couleur. « JTai fini mon tableau, écrit-il à un ami, j'ai fini mon tableau (il s'agit de sa Judith) c'est-à-dire que je Vax mis en état d*être exposé, II y a bien des choses encore qui demanderaient à être plus faites. Mais, que veux-tu? tant pis : je pars jeudi pour l'Espagne. » (Lettre inédite] Regnault est tout entier dans ce Tant pis, qui signifie : N'ai-je point le temps? Ne pourrai-je faire nnieux el comme je le veux? C'est là un point caractéristique de sa nature : le besoin de marcher sans cesse, de ne point s'attarder aux choses faites, de crier : En avant! à la moderne et à l'américaine.
Ce qu'il portait dans sa tête lui faisait bien vite oublier ce qu'il venait de jeter sur la toile. Il faut l'entendre parler de ses projets, lire ce qu'il espère, ce qu'il veut tenter et peindre : « Je veux faire revivre les vrais Maures, riches et graiuls, terribles et voluptueux
à la fois, ceux qu'on ne voit plus que dans le passé. Puis Tunis, puis l'Egypte, puis l'Inde. Je monterai d'enthousiasme en enthousiasme, je m'enivrerai de merveilles, jusqu'à ce que, complètement halluciné, je puisse retomber dans notre monde morne et banal sans craindre que mes yeux perdent la lumière éclatante qu'ils auront vue pendant deux ou trois ans. Quand, de retour à Paris, je voudrai voir clair, je n'aurai qu'à fermer les yeux, et alors Mauresques, Fellahs, Hindous, colosses de* granit, éléphants de marbre blanc, palais enchantés, plaines d'or, lacs de lapis, villes de diamants, tout l'Orient m'apparaîtra dé nouveau... Ohl quelle ivresse, la lumière I »
On reconnaît bien là, j'espère, l'inassouvi de couleur dont le mot d'ordre était, disait-il : Haine au gris ! Regnault avait déjà tenté de nous rendre cet Orient superbe et inconnu dans son Exécution sans jugement sous Us califes de Grenade. Malheureusement, là, la peinture est moins lumineuse encore que papillotante. Ces guiliochages dorés du fond du tableau ressemblent aux fonds des peintures byzantines ; le bourreau gigantesque n'a point de cuisses sous sa longue robe ; le sang qui dégoutte sur l'escalier de marbre est d^jà coagulé, et ressemble plutôt à la large taché que peut faire un pot de confitures renversé qu'au flot de sang qui jaillit du tronc d'un homme décapité. Que je préfère à cette toile mélodramatique le Portrait de Prim^ qu'on voit à côté, au musée, et qui, peint avec une fougue incomparable, nous montre l'aventurier élégant, superbe, hardi et stupéfait à là fois de commander à la foule en haillons, cavalcadant sur un cheval pris à l'écurie princière de Velazquez.
C'est là, certes, une peintuï'e de maître et une véritable page d'histoire. Je placerais sans hésiter ce Por^ trait de Prim à côté des plus célèbres. Mais, pour nous en tenir à l'Orient, ce rêve de Aegnault dont TEspa-
gne n'était que l'image et l'avanl-goût. combien encore j'aime mieux la Sortie du Pacha de Tanger ^ cette petite toile seulement ébauchée, mais brillante, éclatante, incomparable, une vraie fête des yeux ; comme je la préfère encore à cette Exécution grenadine ! Rien ne démontre mieux d'ailleurs les progrès de Regnault, la perfectibilité de son talent, sa marche ascendante, que ces dernières ébauches, ses patios de Tanger, ses études de l'Alcazar de Séville, des arabesques de rAlhambra, son Départ pour la Fantasia^ ses deux aquarelles enfin où les tapis sont traités d'une telle façon que Fortuny lui-même, dont le talent décourageait Regnault, ne les eût pas réussis de telle sorte, « Je suis tout découragé par les aquarelles de Fortuny^ » écrivait Rcgnault en 1869, un an avant d'avoir signé son Hama et son Hassan et Namouna.
On retrouvera au surplus, année par année et presque jour par jour, dans une publication qui dated'hierj tes phases par lesquelles dut passer Henri Regnault avant d'arriver à la quasi-certitude artistique qu'il avait atteinte lorsqu'il tomba sous le coup de feu d'un fusilier poméranien. Un ami du peintre, M. Arthur Duparc, a recueilli et annoté un certain nombre de Lettres fort intéressantes qu'il a réunies en volume sous ce titre : Correspondance de Henri Regnault. M. Laguillermie, un autre ami du peintre et sou camarade à l'école de Rome a gravé le portrait de Regnault, qui revit là tout entier avec son front volontaire, sa chevelure crépue, ses yeux enfoncés et brillants, sa barbe brune, son aspect de Castillan alerte et robuste. C'est la troisième ou quatrième publication que nous avons vu paraître depuis la mort de Regnault. Au lendemain même de Buzenval, un ami écrivait, comme sous le coup de l'émotion, une brochure biographique, puis M. H. Cazalis, dans un livre excellent et éloquent, nous contait, en homme qui a aimé Tun
et qui admire Tautre, Rcgnault et son œuvre, et M. H. Baillière après lui, apportait au public son contingent d'anecdotes et de souvenirs.
De ces divers écrits, Henri Regnault ressort, ai-je besoin de dire comme un brave? on le sait, mais encore comme un esprit plein de résolution, à la fois aimable et absolu, épris de la force et de la forme au moins autant que de l'idée, comprenant TOrient autrement que Decamps et Delacroix, plutôt Maure que Turc, en un mot, et se sentant pour la forêt de marbre de la mosquée de Cordoue des nostalgies d'exilé pour son pays natal ; ami du mouvement et du bruit; voyageur par instinct, toujours prêt à fuir vers le soleil; adorant tout ce qui est beau; patriote courant au danger que tant d'autres fuyaient, donnant à la fois sans compter, sa vie qui eût été si bien remplie, son bonheur assuré et se résumant enfin dans une page qu'on retrouve sur son cadavre et qui restera comme son testament :
<c Aujourd'hui la République nous commande à tous la vie pure, honorable, sérieuse, et nous devons tous payer à la patrie, et au-dessus de la patrie, à l'humanité libre, le tribut de notre corps et de notre âme. Ce que les deux peuvent produire ensemble, nous le leur devons. Toutes nos forces doivent concourir au bien de la grande famille, en pratiquant nous-mêmes et en développant chez les autres - les sentiments d'honneur et l'amour du travail. »
C'est là, à coup sûr, avec la lettre très- touchante relative à la mort de sa mère, et certaine lettre à Mlle Breton, relative à une nuit de grand'garde, la page de cette Correspondance qui m'a le plus frappé. Elle donne la note, la formule même de l'homme. Regnault s'était d'ailleurs peint lui-même par un seul de ses actes, en quittant, au moment de la guerre, Tanger pour courir vers Paris assiégé. Il n'y a, à mon avis, qu'un seul
défaut dans le livre de M. Duparc, comme dans les diverses publications que la mort glorieuse de Regnault a fait naître : c'est que leurs auteurs nous montrent un peu trop toujours le fiéros, et pas assez l'homme. Quelle que soit son humeur sérieuse, un peintre de trente ans a cependant des moments de détente, de gaieté, de gaminerie môme, qui forment le côté vivant de son caractère ; et Regnault, ennemi de la pose, ardent, libre, échappé et la bride sur le cou, plus que tout autre peut-être avait de ces bonnes heures-là qui empêchent, disait quelqu'un qui était un saint, par parenthèse, la corde de Varc de se briser. Or, c*est ce côté sympathique et familier que je ne rencontre point dans la Correspondance très-curieuse et très-précieuse qu'on nous donne. Ce sont là des lettres officielles^ pour ainsi dire ; ce ne sont pas tout à fait des lettres intimes. En voulant nous faire davantage admirer Henri Regnault, on nous empêche de l'aimer plus encore. Sainte-Beuve, à propos de la Correspondance de Proudhon, divise en plusieurs catégories les gens célèbres qui écrivent des lettres. Il en est qui écrivent en hâte, sans détail et sans saveur ; d'autres qui offident même en traçant un billet de trois lignes ; d'autres qui, en écrivant des lettres particulières, guignent, dit Sainte-Beuve, guignent du coin de l'œil la postérité; d'autres enfin, qui obéissent tout simplement aux besoins qu'ils ont d'écrire, de confier leurs inipressions et leurs émotions au papier. Henri Regnault, justement comme Victor Jacquemont ou comme ce Ueutenant Yuillemot, un mort de Grimée, dont on a imprimé les admirables lettres^ était de ceux-là ; mais il se laissait, pour tout dire, moins aller à ses émotions qu'à ses impressions. Il voyait avant de sentir. Bref, il était peintre, absolument peintre, et toutes ses lettres, au moins celles qu'on a publiées, sont de vrais tableaux» et purement des tableaux. J'en excepterai
cependant telle lettre sur la révolution espagnole xîe septembre 1869, et où Regnault se laisse à la fois gagner par l'enthousiasme politique des Madrilènes et se prend à juger le mouvement insurrectionnel avec la sûreté de coup d'œil d'un Parisien qui viendrait de relire le Cardinal de Retz.
Autrement, les lettres réunies et soigneusement annotées par M. Dupçirc, ne nous ouvrent pas de nouveaux horizons sur le talent, la nature particulière de Regnault. Elles complètent seulement ce que nous savions déjà. C'est à peine si ça et là, quelques traits tout intimes nous rappellent que nous avons un tout jeune homme devant nous et dont la plume doit pétiller ; — par exemple lorsqu'il écrit, à propos de cette étrange et admirable Salomé dont le sourire étonnant et admirablement bestial nous poursuit : « Salomé n'est pas un nom assez bizarre ; je voudrais un nom que personne ne pût prononcer... » — ou encore ; . « La vie étant courte, il faut peindre tant qu'on a des yeux. Donc on ne doit pas les fatiguer à lire de stupides journaux. » Voilà le trait particulier, curieux, le sîgne^ qui donne de la physionomie au visage, le tic qui anime le personnage, bref ce qui est la vie, le relief; — et la correspondance ordinaire de Regnault est pleine de ces rencontres, de plaisanteries curieuses, d'échappées où le penseur fait, avec le rapin, l'école buissonnière, de branches gourmandes et folles que que l'on a eu grand tort d'émonder. Je feuilletais, en effet, il n'y a pas longtemps, un amusant album où Regnault s'est amusé à dessiner la charge de quelques amis, la légende des bottes d'un camarade de Rome, la silhouette de M. Hébert, barbu, chevelu, en costume polonais, un chien caniche à ses pieds.
Comme ces plaisanteries surprenantes de verve font bien connaître Regnault et le font bien aimer l C'est encore lui que, dans une photographie représentant le
char de l'École de Rome au Carnaval, on voit, couvert d'une peau de tigre et s'amusant en enfant de génie qu'il était. Ses lettres ont des effusions, des trouvailles qui entraînent. La charge s'y mêle à l'esthétique, le franc rire à la mélancolie. Il parle de ses chiens, Prinij Phœbé^ de son valet Lagraine, avec des tendresses charmantes.
Puis, il s*amuse tout en écrivant, et ses éclats de rire donnent plus de prix encore à ses (jointures tragiques :
c Je suis enrhumé^ dit-il dans une lettre inédite ; je ne vais plus oser me présenter dans le salon d'Hébert; je ne peux plus chanter : Ma vie a son secret^ mon dme a son cl,,.; j'ai une maladie de larynx (ne pas confondre avec avoir des yeux de larynx). » Et plus loin : c J'ai de jolis cheveux ; pousse nouvelle, jamais souillée par le fer, frisée fin comme feu astrakan. > Eh bien, que voulez -vous, ces plaisanteries sont vivantes et, pour moi, elles rendent plus sympathique encore le soldat tombé en héros. Ce n'est plus le martyr qui parle, c'est Riquet^ comme on l'avait surnommé, et Riquet est charmant comme Regnault était brave. Mais les proches de Regnault en ont jugé autrement. On a rayé tous les traits pareils de la Correspondance^ et je crois qu'on a eu tort.
Voici, par exemple (sans coupures), des lettres de Regnault adressées à un ami, à l'auteur de la Cruche cassée, et qui donnent le ton absolu de Vèpistolier :
« Rome, ce 24 ou 25 juin.
ce Mon cher Pessard,
«\Bozour!! — Je vais beaucoup mieux. {Il venait de faire une chute de cheval.) J'ai passé quarante heures avec de la glace autour de latjfte, et cela m'a considé-
rablement rafraîchi les idées. 11 m'est défendu de travailler d'ici à quelques jours. C'est comme un fait exprès : je n'ai jamais eu si envie de travailler. Il m'est défendu de manger autre chose que deux potages et deux œufs à la coque par jour; je n'ai jamais eu si faim ; j'avalerais le monde entier.
« Je me promène un peu dans la ville ; Prim est ma seule distraction. Je m'embête. »
Gela est charmant, adorable et gamine vraiment jeune, en un' mot. Plus loin, Regnault dira, en vrai rapin, en parlant de camarades absents : Suce leur un œil pour moi. On sent qu'il sait, à l'atelier, plaisanter et rire aussi bien que manier le fusil, et, — me trompé-jeî — mais il me semble que sa physionomie y gagne. A ce môme ami, M. Emile Pessard, Regnault écrivait encore la lettre inédite que voici et qui est tout à fait remarquable :
« Madrid^ calle Cervantes, 30.
« Alors te voilà peintre! Il ne me manque plus que de devenir musicien pour que nous fassions deux curieux pendants. Je n'en prends pas le chemin, bien qu'il y ait ici, sous le rapport de la musique, des études bien intéressantes à faire et dont on pourrait tirer un parti énorme. On ne connaît pas la vraie musique espagnole. C'est beau, d'une mélancolie orientale qui remonte aux Arabes et que les Espagnols ont conservée par tradition. Si tu pouvais entendre les chants gitanes, les Polos, Seguidillas, Rondenas^ etc., qui n'ont jamais été écrits ni transcrits et qu'il est, je crois, presque impossible de transcrire sans altérer leur caractère propre. Il y a peu de choses en musique qui m'aient produit plus d'impression.
« On voit toujours TEspagne sous un jour faux. On voit toujours Gastibelza avec sa carabine, son grand chapeau, ou le danseur qui cambre sa taille et baisse
la pointe du pied sur un rhythme banal de boléro. Ce n'est pas cela du tout. L'Espagnol est sérieux, et sa musique a un grand caractère. Ce sont de longues réverieSy entrecoupées par instants par de longs soupirs ou des cris puissants, et accompagnées par des harmonies originales et des rhythmes variés qui empêchent la lassitude de s'emparer de vous.
« La guitare aussi est un instrument méconnu et dépaysé partout ailleurs qu'en Espagne, et en d'autres mains que celles des Espagnols, qui ont un grand sentiment de la musique, et qui me font voir encore plus combien le peuple italien est idiot et peu artiste. C'est pour cela qu'on lui fait la réputation d'être le plus naturellement musicien. Ça me ma dans des rages violentes quand je vois que l'Espagne est méconnue et qu'on a tant de préjugés en faveur de ces cochons d'Italiens, avec leurs grands cheveux bêtes frisés, leurs sales costumes, d'un ton ignoble, et leur sale béte de cornemuse, et leurs sales chants populaires. Carajo! Caramba! Parlez-moi du peuple espagnol, je l'adore. Ce sont de braves gens, nobles, fiers, intelligents, complaisants, dévoués, d'une politesse et d'une distinction exquises. Et vous voulez que je quitte un pays pareil, où tous les jours, jusqu'à la fin de février, on mange du raisin gros comme celui de la terre promise, et bon 1 1 ! bonhomme toi, mon gros, et fraîchement cueilli à la treille. Quel pays 1 On s'y donne des indigestions de grenades qui vous éblouissent par leurs belles couleurs et vous inondent d'un jus divin. Quelles oranges t quelles olives I Ohl quitter celai quitter Yelazc[uez, Carmen, Dolorès, Paquita, Pépita, don Pepe, etc., c'est bien duri »
Et c'est charmant, une telle lettre, pleine d'un couroux si juvénile et si injuste, omis si franc, contre l'Italie; et je ne vois pas beaucoup de littérateurs de profession qui en écriraient de pareilles. Plus tard,
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Regumli^ s* orientalisant davantage, préférera les Maures à ces abrutis d'Espagnols et appellera sauvage Charles- Quint qui fit déniolir une partie de l'Alhambra. C'est que le mot que le peintre affectionne, c'est le go ahead, c'est lui que je soulignais toute à l'heure dans une de ses lettres : Puis,.: « Puis Tunis, puis l'Egypte, puis rinde. » Et puis? disent les chers enfants, avides de nouveau, de poésie, d'infini. L'idéal de Regnault n'avait point de bornes non plus. Et puis ? C'était sa pensée constante. Que de rêves I que de visions ! que d'inventions 1 Comme cette tété ardente bouillonnaitl Comme ce magnifique cerveau battait la fièvre I II y avait là un tempérament capable d'ajouter une note nouvelle à la peinture, et qui a pu seulement montrer — mais avec quel éclat I — ce qu'il voulait faire. Ses tentatives n*en resteront pas moins des choses impérissables. Et, puisqu'un meurtre stupide a terminé cette vie enivrée d'espoir, on fait bien de réunir autour de l'œuvre inachevée de Henri Regnault tout ce qui peut témoigner de l'élévation de son âme, de la vivacité de son esprit et de la bonté de son cœur. En ce sens, la Correspondance de Henri Regnault (vol. Charpentier) doit prendre et prendra place assurément dans la bibliothèque de tous les gens qui aiment le patriotisme et l'art. Nous avons nous-^mémes tant célébré jadis, si généreusement et si naïvement, le trépas d'un Théodore Kœrner, le Tyrtée de VAllema" gne, mort en combattant contre nousl II est bien temps de célébrer de même un tel artiste mourant pour notre patrie et de la main des frères de Kœrner.