‹ Peintres et sculpteurs contemporainsChapitre 16 sur 151 · JULES DUPRÉ · texte numérisé non relu

JULES DUPRÉ

Il y a vingt ans que la critique reproche à Jules Dupré de ne plus exposer. On oublie volontiers ceux qui s'oublient eux-mêmes, et je ne suis pas bien sûr que tout le monde sache que le nom que je viens d'écrire est celui d'un mattre.

Jules Dupré appartient à cette génération de paysagistes qui succéda iiiimédiatement à Michallon et brûla le temple du style pour élever un autel à la nature. Peut-être les paysagistes anglais, les Bonington, les Turner, les Gonstable, ne furent-ils pas étrangers à ce mouvement qui entraîna à leur suite nos artistes à nous: Rousseau, Troyon, Fiers, Daubigny.

Jules Dupré a eu le bonheur de prendre part à ce magnifique assaut donné au passé par toute une gé-

1. Dupré (Jules) , paysagiste^ né à Nantes en 1812. Il exposa en 1831 cinq Paysages , pris dans la Haute-Vienne, à Montmorency et Jà risle-Âdam. Dupré a exposé très-irrégulièrement aux Salons. On cite : Intérieur de cour rustique; Vue des environs d'AhhevUle, des Sites du Limousin, de la Creuse, de la Corrèze, ainsi que plusieurs Vues d^ Angleterre (1835-1839); unPacagey VEntrée d'un hameau dans les Landes, un Soleil couchant (1849-1852), etc. A l'Exposition universelle de 1867^ Jules Dupré, dont on n*avait rien remarqué aux Salons depuis longtemps, exposa douze toiles : Passage d'arUmaux sur un pont dans le Berry, Forêt de Compiègne, la Gorge des Eaux-Chaudes (Basses-Pyrénées), une Bergerie dans le Berry, la Route tournante de la forêt de Compiègne, la Vanne, Souvenir des Landes, un Marais dans la Sologne y Route dans les Landes, la Saulée, Retour du troupeau. Cours d'eau en Picardie,

M. Jules Dupré a obtenu une 2« médaille en 1833, une 2* à l'Exposition universelle de 1867. Chevalier de la Légion d'bonneur depuis 1849, il a été promu officier en 1870.

nération. C'était Theure des élans généreux, de la flamme et de la vie. L'écho de ce retentissement nous fait encore tressaillir. Dupré arriva un des premiers sur la brèche, et chaque Salon lui compta comme une glorieuse campagne. Pourquoi s'est-il retiré depuis sous sa. tente, lui vainqueur, comme s'il était meurtri?

Je crois qu'il est de certaines Ames expansives, ouvertes à toutes les aspirations comme à tous les coups, douces, en apparence peu sensibles, et qui, après plusieurs années de lutte, éprouvent comme un vague ennui, une lassitude du bruit, un besoin, une nostalgie du silence. Elles se replient alors sur elles-mêmes; semblables à un voyageur fatigué de la longue route, elles s'arrêtent à mi-chemin, et, laissant marcher encore la troupe pressée dont elles faisaient partie, elles attendent paisiblement: au coin de quelque chêne, au coin de quelque foyer, l'inévitable fin de la journée.

Jules Dupré s'est à peu près exilé à l'Isle-Adam, où il travaille. Sa vie est occupée; il crée sans cesse, il cherche toujours. NtUlus dies sine lima, pourrait-il dire comme le bonhomme Mercier en tête des Confidences de son bonnet de nuit. Son œuvre, dont il nous prive, grandit sans cesse, et il a su trouver le rare secret de progresser chaque jour.

Jules Dupré est une nature douce, fiévreuse cependant, sous son apparence calme et même résignée* Nul plus que lui n'a éprouvé les tortures désespérées de l'artiste. En face de l'œuvre à reproduire, Tœuvre reproduite paratt si petite ! Mais il avait la foi pour soutien. Rien ne le satisfait.

Il retouche sans cesse un paysage, et de là vient l'empâtement qu'on peut reprochera ses toiles. Lorsqu'un tableau ne lui convient pas, fût-il achevé, eûl-il reçu la touche dernière, la dominante^ comme dirait M. Courbet, Jules- Dupré le détruit sans pitié.

10 PEINTRES Wf ^CrOLfTBPRS CONTEMPORAINS.

Il 66t le peintre des couchers de soleil. Q^ mélapcolique moment delà journée^ beau de souvenirs comme le matin est beau d'espérance, convient bien à sa nature, à son &me, car le paysagiste met son âme aussi dans un tableau. Le Buisson de Ruisdaêl ne vit«il pas, ne se tord*il point comme un cœur étreint par la passion! Jules Dupré est avant tout idéaliste* Il a voulu, il a su vivre loin de toute coterie, il ne connaît pas le réalisme ; à peine en sait-il le nom* Cet isolement est presque de la sauvagerie. Parlez-lui de M. Yvon : il sait que c'est un peintre qui peint des batailles, voilà tout. On a beau jeu à louer son talent ; il ne lira pas le journal qui fait son éloge. En fait de lectures, il est un peu de Técple de M. de Sacy: il relit* Son auteur favori, c'est avec Alfred de Musset, Montaigne. On a beau traiter d'égoïste le sceptique Bordelais, sa philosophie est. encore pelle qui vous apprend le mieux à voqs défen* dre ou à vous consoler delà vie.

Jules Dupré a bien soixante ans ; on lui en donnerait quarante-cinq : encore se croirait-on généreux. Il est mince , élégant, qn peu timide, comme toutes les natures Unes. Son visage rappelle immédiatement celui du Christ; il est maigre, encadré dans une barbe touffue, et deux grands yeux bleus révent sous un front soucieux. C'est un cœur tendre; un esprit délicat qui, — tout est contrastes, — se complaît parfois au calembour. Lorsqu'il tombe dans son péché njigpon, il n'en rit pas largement, à la façon de Balzac ; son sourire senible au contraire demander pardon du méfait. Une particularité a noter: Jules Dupré tr^yaillçi presque toujours à jeun.

Je ne sais qui a écrit un jour que, devant un tableau de ce peintre, on devinait qu'il avait une bell^ âme. Il est encore des gens qui savent dire une vérité bonne à dire,., piêmt^ aux yivants. >

GÉROMB^

M. Gérome a fait jadis un petit chef-d'œuvre, le Combat de Coqs ; il a fait une grande œuvrei le Siècle dUuguite. Ge sont là des travaux de maître; mais comme déjà ils sont oubliés 1 L'auteur avait trouvé dans ces premiers et consciencieux essais la notoriété. Grâce à ses œuvres plus récentes, il a conquis la popularité. Est-ce vraiment un bien ? Il y a autre chose dans l'art que le succès bruyantî que l'éclat et que la fortune. Mais ne tombons pas dans ce vice insupportable qui consiste à parquer un talent dans une spécialité. Pourquoi dire à H. Gérome : «Faites-nous des Combats de Coqs 9^ comme les libraires affamés demandaient à Montesquieu « Faites-nous des Le^tre^ persanes. » L'esprit, après tout — et respectez ceci, c'est un proverbe — l'esprit souffle où il veut.

J'aime M. Gérome , c'est un artiste véritablci et les

1. GÉitdiii (Jean^Lé0ii)9né à Vesoul (Haute-Saône) > le 11 mai 18S4. SlèTe de Paul Delarocbe. Depuis 1847, date de son ap{mrition aux Salons^ M. Gérozue a donné suocessiTement : Jeunes Grées e^ciiatU de« coqsi ta VUrge^ Venfani Jésus et saint Jean; Ànacféon^Baeehus et l'Amour (1848); Baeehus et V Amour ivttes, IrUérieur grec, Soutenir d'Italie (1850); Passtum (1852); Idylley Étude de ehien (1853); Gardeur de troupeaux^ PifferarOy le Siètk d'Auguste et la Haissence de Jésus-Christ^ grande toile historique (18ô5) ; la Sortie du ialmasquéf les Recrues égyptiennes, Memnon et Sésostris (1857); César :— Ave, Cœsaryimperator, morituri te salutant ! — ; le roi Caudeu2«(1859) ; Phryné devant le tribunal, Socrate vient chercher Aid' ^'ade shez Aspasie, les Deux augures^ Rembrandt faisant mordre une plante à Veau-forte, Hache-paille égyptien. Portrait de Racket (1861); Louts XIV et MoUère, le Prisonnier , Boucher turc à Jèrusalem](1863) \ V Aimée, un PortrmU (1864) ; Réeepiiim des ami^aen-

artistes sont rares. Il est soigneux, et ce soin est chez lui poussé à rexfréme. A chacun son tempérament. H. Gérome, dans la rue, marche droit» se tient roide. Il est propre, il est lisse* il est irréprochable comme une de ses toiles. On le prendrait pour un ofQcier en tenue de ville. Il lie bronche pas ; son vêtement est régulièrement boutonné ; le nœud de sa cravate est géo* métriquement fait, et sa moustache, un peu rude, ne s*écarte pas d'une régularité parfaite. Son type accentué n'est point sans charme ; un visage osseux, des yeux de lave, un front large, des cheveux noirs, le teint bronzé, quelque chose d'un Amante, voilà l'homme. N'est-ce pas aussi le peintre ?

Tout est en ordre dans ses tableaux, et le désordre même est ordonné. Tout luit et reluit, le sang coule régulièrement, les haillons sont coquets, et pourtant ce sont des haillons ; tout est parachevé et tout léché ; pas un grain de poussière sur l'habit de l'auteur, pas une tache sur sa toile, un soin exquis détentes choses, et en même temps le je ne sais quoi de robuste, d'énergique et de hautain qui distingue cette physionomie.

H. Gérome a été élu, en 1865, membre de l'Acadé-

deurs Siamois au palais de Fontainehleau, la Prière (1865) ; CléO' pâtre et César, Porte de la mosquée EUAssaneyn, au Caire (1866) ; la Mort de César, Àmautesjotuint aux échecs (ld61, £z. uni); le Sept septembre 1815 ; Jérusalem (1868) ; Marchand ambulant au Caire, Promenade de harem (1869). Il a peint^ dans une des chapeUes de Téglise Saint-Séverin, à Paris, la Peste de Marseille et la Mort de Saint-Jérôme; dans la bibliothèque desArts-et-Métiers (ancien réfectoire de Saint-Martin-des-Ghamps), les têtes du Saint-Martin coupant son manteau.

M. Gérome^ nommé professeur de peinture à TÉcoIe des Beaux- Arts en décembre 1863, a été élu membre de l'Académie des Beaux- Arts en 1865, en remplacement de M. Heim. 11 a obtenu une 3* médaille en 1847, deux secondes, en 1848 et 1855 et une médaille d'honneur à l'Exposition universelle de 1867. CheTalier de la Légion d'honneur depuis 1855, il a été promu officier le 6 juin 1867.

mie des Beaux-Arts, en remplacement de M. Hçim. Il est bien fait pour occuper à l'Institut une place excellente ; son talent ne sent pas trop l'école, mais il con serve par certains c6tés cependant l'uniforme de l'Académie. En véritéy je ne sais pas si Fauteur de Phryné^ du Roi Candaule, du Cirque romain, des Auffures, du Labourage égyptien^ ne mériterait pas de s'asseoir, à l'Académie des inscriptions, à côté de M. de Saulcy. J'ai entendu des leçons au Collège de France qui ne m'ont pas instruit comme un tableau de Gérome. Mais est-ce bien une qualité, lorsqu'on peut être peintre d'histoire, de se faire peintre d'érudition?

On a souvent le tort de comparer entre eux les litté* rateurs et les peintres. Cependant involontairement, lorsque je regarde les toiles de M. Gérome, je son' ge aux écrits de M. Mérimée. C'est le même soin des détails, la même recherche de la perfection, le même fini, parfois la même froideur. M. Gérome mériterait d'illustrer la Vénus d'ille. Une fois, ces deux érudits, ces deux amants de la perfection, ont sacrifié au mélodrame; ils y ont trouvé un succès sans précédent. Le coup de feu d'Orso dans Colomba^ et fe Duel de Pierrot de M. Gérome, pourraient me servir à continuer un parallèle que je me contenterai d'indiquer. Peutêtre est-ce trop déjà pour l'exacte vérité.

D'ailleurs, l'un et l'autre, le littérateur et le peintre demeurent des artistes, et des artistes peut-être inimitables, même lorsqu'ils sacrifient à de telles scènes. Ils rencontrent le style, le pur et grand style, dans les détails les plus éloignés du style. Peut-K)n bien, après tout, reprocher à M. Gérome cette scrupuleuse netteté, ce /aire exquis et laborieux, à une époque où la plupart des artistes sacrifient trop volontiers à la verve folle, au caprice, à cette peinture bâtarde qui tient de la pochade et du décor du théâtre, et qu'on appelle — je vous demande pardon du mot -^-Xol peinture de chic?

14 P£INTRfiS ET SCULPTEURS CONTEMPORAINS.

Pais il y a autre cliosd aussi dans les tableaux grecs ou romains de M. Gérome; il y a autre chose aussi que la fidélité d'un savant, il y a l'intuition d'un poète. Pasplus qu'André Ghéniery il n'est un pasticheur de l'antiquité ; comme lui^ il s'est nourri de la moelle antique ; il est le contemporain de Zeuxis, comme le poète était le contemporain de Théocrite. Sa peinture évoque les souvenirs parfumés de la jeune Grèce^ et si ses temples peuvent servir de modèles authentiques d'architecture, ses ciels bleus pourraient se rétléchir dans les divines eaux de l'Eurotas.

On peut bien pardonner à H. Gérome d'être l'ami du mimx^ lorsqu'on voit tant de gens qui en matière d'art; ne sont pas même les amis du bien.

ÎNaRES

Une question difficile à résoudre serait celle-ci : « Qu'est-ce que le génie? — C'est l'inspiration, répondrait le plus grand nombre, c'est le souffle venu d'en haut et qui anime de sa flamme quelques rares élus; c'est l'esprit sacré^ le quid divinum qui embrase, transporte et semble faire pour un moment de la créature l'égale du Créateur. » — M. Ingres disait, je crois, simplement : c Le génie, c'est la volonté. »

Toute là vie de M. Ingres tient dans ce mot. Il y a de l'athlète en lui. Depuis plus de soixante ans dans

1. Ce portrait était esquissé quelques années avant la mort de M. Ingres.

MÉDAILLONS WV PORTOAITS. 15

Tarëne» il oppose à tous les coupa un front impassible, — un courage, des convictions inébranlables. La na-* ture Pavait fait d'ailleurs pour les rudes combats. Petit, gros, court, tout en lui est robuste : les traits accusés, le front un peu étroiti mais taillé, dans l'airain, le nez légèrement recourbé^ la bouche sévère. Les joues pendent en se creusant de plis rigides; le menton, les pommettes, la mftchoire , semblent de fer. Cette physionomie d'apparence bilieuse est animée par 4es yeux noirs et rapides. Elle est colère et bonhomme h la fois, encadrée par des cheveux grisonnants, durs et séparés sur le milieu du front. Ce visage, rechigné d'ordinaire, trahit assez les âpretés du début, les irritations de la lutte, le dédaigneux orgueil du triomphe. Au surplus, l'ensemble du personnage est vulgaire ; sans le regard ei aubsi sans une incessante animation, une étonnante rapidité de mouvements, on le prendrait pour le premier venu. Ses ennemis (Dieu sait s'il en a) se vengent de ses chefs-d'œuvre en parlant de sa tournure boulotte^ ou bien encore en tenant registre de ses boutades, qui seraient insupportables, si elles ne venaient d'une ardente et implacable franchise.

M. Ingres, en effet, ne connaît ni transaction ni juste milieu. Il adore ou il exècre, et il ne fait pas plus mystère de ses amours que de ses haines. Voulez-vous qu'il s'emporte bien vite, parlez-lui des coloristes, citez Rubens. Soudain ses yeux jettent feu et flamme , son teint jaunit, et c'est alors qu'il lance brutalement des axiomes comme ceux-ci ; « La couleur, ne m'en parlez pas, elle est bonne pour les gens ivres,! >» — «Fuyez Rubens, c'est l'ennemi, le grand corrupteur. » Ah ! ne dédaignons pas ces belles haines : elles attisent }a foi dans Tart. Qui sait haïr, sait aimer, et maudite soit la pâle indifférence I

La haine cependant ne devrait pas exclure la justice. M. Ingres est l'ami du docteur Çabarrus, qui possède

dans sa galerie une superbe toile de Théodore Ghassériau. Lorsque le peintre va rendre visite au médecin, il lui faut se heurter du regard à cette toile maudite dont là couleur lui brûle les yeux. Alors que fait-il? Gravement il relève les larges pansMe son ample redingote, se voile le visage et pas^e. H. Ingres dëfmit la couleur « une idole. » Un beau jour, un critique irascible, M. Théophile Silvestre, lui a brutalement répondu : « Idole vous-même. » Et il a écrit YApothiose de M. Ingres^ un pamphlet. M. Ingres n'a jamais pu s'habituer à une attaque ; cependant il s'est tu, et il a répliqué par un laborieux silence, car ce vieillard travaille et lutte encore comme s'il n'avait pas conquis, par un demi-siècle de chefs-d'œuvre, le droit de se reposer. Une de ses grandes joies, lorsqu'il a quitté pour quelques heures le pinceau, c'est son violon. II en joue, ou croit en jouer comme Paganini. C'est son côté faible.

M. Ingres en bonnet de coton, jouant delà pochette. Quel tableau en vingt lignes pour un Diderot 1

M. Ingres est à présent — que Delacroix, SchefTer, Delaroche sont morts — le seul maître qui survive aux luttes ardentes des premières journées de ce tempsci; il aura vu tomber, un à un, ses glorieux émules qu'il a jadis appelés ses ennemis ; il peut se rendre compte à cette heure des lendemains de la gloire, et, en voyant que toujours, lorsqu'elle est belle, l'œuvre de l'artiste survit , il peut se dire que son œuvre, à lui, ne périra pas. Elle se placera justement à côté de ces grands noms qu'il vénère : Raphaël, Vinci, Mantegna — ses maîtres;^- et dès à présent il peut voir combien est juste la réponse de Théophile Gautier à ceux qui demandaient à quoi avait servi M. Ingres, puisque le peintre avait toujours cherché l'idéal dans un siècle passé, puisqu'il n'était pas de son temps :

Il n'est pas de son temps^ mais il est éternel.

IMËDAILLONS ET PORTRAITS. 17

M. Ingres Tient de mourir. Il y a quelques années, après avoir yu et étudié Tauteur de la Source, j'écrivais les lignes qui précèdent.

H. Ingres ne se fflcha point du croquis.

Il savait d'ailleurs combien les portraits sont difficiles à faire.

Lorsque pauvre, acculé par la nécessité on lui dit : Faites des portraits, il répondit — lui qui devait peindre Ghérubini et H. Bertin :

— Je ne saurai pas 1

Cet orgueilleux avait parfois des hésitations de débutant. C'est qu'il respectait Tart et ne l'abordait qu'avec des frissons que les impuissants ne connaîtront jamais.

On le trouva un jour, à soixante-dix ans passés, copiant un tableau, une esquisse de maître. — A votre Age, monsieur Ingres! —Oui, répondit-il, c'est pour apprendre I

B fait bon jeter un regard sur cette vie, droite et sévère, tracée au cordeau d'une main rigide et strictement suivie. Ingres naît à Montauban en 1780. Son père donnait à la fois des leçons de musique et des leçons de dessin. L'enfant apprend à tenir un crayon et à r&cler du violon. II s'élève dans le travail, déjà ne cherchant plus sa voie, et l'ayant trouvée devant une copie de Raphaël qu'un peintre toulousain, M. Roques avait rapportée de Florence. A seize ans, il vient à Paris. L'atelier qui s'ouvre devant lui est l'atelier de David. Tout le jour Ingres étudiait sous la direction du matlre qui venait alors de sortir de la prison du Luxembourg pour peindre le tableau des Sabines. Le

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