MEISSONIER
Tout est contraste dans la nature humaine. Le peintre qu'aimait et admirait le plus Eugène Delacroix, ce fougueux et vaste géniei c'était Meissonier. « Meissonier , dit un jour l'auteur du Massacre de Scio^ est le maître le plus incontestable de notre époque. » On Ta pourtant contesté, mais il n^en demeure pas moins à son rang, un des premiers parmi les artistes contemporains.
Je sais des gens qui n'admettront jamais qu'une nouvelle écrite avec talent vaille*un livre. Ceux-là s'éton-
1. MsissoNiER (Jean-Louis-Ëmest)i peintre de genre, né à Lyon en 1813. Élève de Léon Cogniet. Il a exposé : le Petit Messager (1836) ; Beligieux consolant un malade (1838); le Liseur (1840) ; la Partie d'échecs (1841)5 le Peintre dans son atelier (1843); le Corps de garde, Jeune homme regardant les dessins^ la Partie de piquet (1845); la Partie de houles, les Soldats (1848); le Fumeur (1849); les Bravi (1852); la Rixe (1855); le Hallehardier, Napoléon HI à SoîferinOf un Maréchal-ferranty un Musicien y un Peintre (1861); Suites d'une querelle de jeu (1865) ; une Lecture chez Diderot, le Capitaine, Cavaliers se faisant servir à boire, l'ihrdonnarice, le gé' néral Desaix à Varmée du Rhin, le Portait de Jf. Delahante (1867), Exp. an.); Charge de cavalerie (1867), etc.
M. Meissonier, élu membre de TAcadémie des Beaux-Arts en 1861, comme successeur d'Abel de Pujol, a obtenu une 3* médaille en 1840, une 2* en 1841 , deux l'«*, en 1843 et 1848, une grande médaille d'bonneur en 1855, une médaille d'honneur à PExpositlon universelle de 1867. Décoré en 1846, il a été promu officier en Juin .1856 et commandeur le 29 juin 1867.
a4 PEINTRES ET SCULPTEURS CONTEMPORAINS.
neraient sans doute d'entendre proclamer Meissonier un grand peintre. Le talent ne se mesure pas — fort heureusement — aux mètres carrés que couvrent les toiles, mais à Thorizon qu'elles nous montrent, petites ou grandes. Or, après Meissonier, personne parmi nos modernes n'a trouvé le moyen d'enfermer tant de choses dans de si petits espaces. Meissonier n'a vraiment d'égaux que les Mieris, les Gérard Dow et les Terburg. Pourtant il n'est pas Hollandais, dans le sens complet du mot. Il est Français et bien Français, par la tournure, par l'esprit, par la grftce, et ses peintures ont plus de sentiment que de naïveté. Remarquables surtout par l'expression et par le goût, elles ont à la fois une sûreté, une délicatesse et une largeur de touche qui les rendent inappréciables pour les amateurs. Quelle bonne fortune, en effet f Posséder de grandes peintures qui ne tiennent pas de place, des chefsd'œuvre qui ne sont pas meiilants !
Hélas I à cftté des amateurs, il y a les critiques.
Un jour, un écrivain de beaucoup d'esprit a tâté le pouls de Meissonier, puis il a hoché la tète, il a souri malignement, et il a renvoyé l'auteur du Liseur et du HalUbaxdùr^ en lui disant :
< Votre peinture est dwriuscide. >
Duriuscule, j'entends bien ; mais, s'il faut tout dire, je ne comprends pas, ou je crois comprendre que l'é* crivain en question a voulu avoir trop d'esprit. Il en a bien assez. Duriuscules, les tableaux de Meissonier? JNon pas ; il y a toute la largeur voulue, j'imagine, dans la Rvse^ et je ne crois pas qu'on puisse accuser de sécheresse la Lecture chez Diderot. Les infiniment petits personnages que nous montre l'artiste sont peints à la grande brosse, et respU*ent une vie qui manquera toujours à des modèles d'une taille plus ékDie.... Chercher querelle à un peintre sur la dimension de ses toiles^ c'est critiquer un homme de lettres sur les jambages
de son écriture. Laissez les autographes et Toyez le style.
Heissonier habite Poissy, et il quitte rarement sa msiison» son atelier. Lui aussi .est un travailleur, lui aussi est Tami du mieux; rarement un de ses tableaux le satisfait au premier coup ; il n'hésite pas alors, il le gratte. Meissonier se plaît à causer» nul ne connaît mieux que lui la peinture ; sa conversation, lorsqu'il aborde son art, est substantielle, intéressante. Il s'efface d'ailleurs volontiers et ne se met en frais d'éloges que lorsqu'il s'agit des autres. Tout en causant, il prend bien souvent un crayon, le taille, le laisse courir sur le papier, et voilà de merveilleux croquis subitement improvisés. Les amateurs de dessins auraient beau jeu à inviter Meissonier chez eux. U ne reste jamais inactif. Canotier comme Alphonse Karr, il monte à cheval comme Baucher, et soulève des poids comme M. Littré. De plus, il est chasseur, je crois. Vous avez dû voir sa photographie ; elle nous le montre assis et songeant, sa barbe dans la main, son chien favori à ses pieds.
Chaque artiste a son mot d'ordre, ai-Je dit à propos de Corot. Celui de Meissonier esX perfection^.
^ YI