M. BOUGUEREAU
Jeune encore, M. Bouguereau a conquis une place excellente parmi les artistes contemporains. Il a su attirer les regards de la foule; la critique compte avec lui. II a un atelier; à son tour il a des élèves. On peut donc, avec lui, compter comme avec un maître, et, comme ïï est d'âge encore à se corriger de ses défauts, ne pas lui marchander la vérité.
En 1850, M. Bouguereau, alors âgé de vingt-cinq ans, remportait le grand prix de Rome, qu'il partageait avec M. Baudry. Son tableau de concours, Zénobie trouvée sur les bords de l'Àraxe, .contenait des qualités sérieuses qui annonçaient un peintre. Après cinq ans passés à la villa de Médicis, il revint, et tout d'abord
1. BououEREAU (Adolphe William), né à la Rochelle, le 30 noTembre 1825. Ëlèvede M. Picot. U a exposé en 1855 : le Triomphe du martyre j ou le corps de sainte Cécile apporté dans les catacombes ; V Amour fralemelf etc., et depuis : VEmpereur visitant les inondés de Tarascon; le Retour de Tobie, le Printemps, VÉté, VAmour, V Amitié, la Fortune, la Danse, Arion sur un cheval marin, Bacchante sur une panthère, ces huit derniers sujets à la cire ; le Triomphe de Vénus (1856); les Quatre heures du jour, plafond (1859) ; le Jour des morts, VAmour blessé (1859) ; la Première discorde, Faun£ et Bacchante, le Retour des champs, la Paix (1861) ; la sainte Famille, les Remords, la Bacchante (1863) ; Baigneuse, le Sommeil (1864); Famille indigente, un Portrait (1865); les Premières caresses. Convoitise (1866); la Sceuratnée, un Amour (1867); Pastorale, enfants endormis (1868) -, etc.
Il a exécuté des peintures murales dans la chapelle Saint-Louis de l'église Sainte- Glotilde et dans l'église Saint-Augustin.
M. Bouguereau, prix de Rome en 1850, a obtenu une médaille de dauxième classe en 1855, une première médaille en 1857, une médaille de troisième classe à TExposition universelle de 1867. Il est chevalier de la Légion d'honneur depuis 1859.
s'affirma par une œuvre excellente : le Corps de sainte Cécile apporté dans les Catacombes. Le jeune peintre continuait la filiation des peintres de l'école de David ; mais ses compositions, un peu théâtrales, offraient de solides et profondes qualités, par exemple un sentiment véritable de Tantiquité, une initiation complète aux choses du style. On devinait là moins de tempérament que d'étude, moins d'enthousiasme que de volonté. Bouguereau, en effet, est peintre parce qu'il a voulu être peintre; il s'est imposé d'arriver au premier rang, et il est parvenu par la force d'une ardente volonté, secondée, il est vrai, par des dispositfbns éminentes. Élève de M. Picot, il était le premier à l'atelier, où il se mettait à travailler à des esquisses, avant l'heure. L'atelier fermé, il courait aux amphithéâtres d'anatomie,aux cours d'histoire naturelle, de physique, de perspective. Rentré chez lui le soir, il mettait ses notes en ordre, travaillait encore, dessinait, lisait, s'instruisait. Gomme il s'endormait tard, le matin, pour s'éveiller tout à fait, il prenait, dans ce demi-sommeil si lourd à secouer, une carafe d'eau et se la versait sur la tète. Â Home, pendant les cinq ans de séjour, on l'avait vu, piocheur infatigable, remplir ses cartons d'études incessantes. Rien ne résiste & de telles natures. « Bouguereau aurait pu être, à son gré, me disait sérieusement un de ses amis, le premier de nos industriels, et pour cela il eût commencé par travailler de ses mains ; éloquent comme Démosthène, et pour cela il eût parlé, comme lui, la bouche pleine de cailloux; savant comme M. Littré, et pour cela il eût secoué toute la poussière des bibliothèques ; ministre s'il eût voulu, et pour cela il eût remué un monde. »
Bouguereau est petit, alerte, quoique gros ; l'air rail, leur, l'œil pétillant ; quelque chose du satyre, le visage d'Alphonse Rarr, et parfois son imperturbable esprit de saillies. Comment cette nature tive, ardente, se lais-
seraiUelle entraîner à faire des tableaux pommadés, luisants, comme en ces derniers temps? Certain Oreste poursuivi par les Fwne^ rappelait les plus mauvais jours de l'école de l'Empire. Assurément M. Bouguereau n'est pas en progrès, pas plus dans cet essai de tragédie morte que dans certaine tentative de saynète larmoyante, le Jour des morts. Ce n'est plus là le Retour de TobielJAixis ce qui sauvera M. Bouguereau, ce qui lui fera conserver la place émineute qu'il a conquise, c'est, avec sa ferme volonté, le sentiment exquis de l'art antique qu'il a puisé en son ftme plus encore qu'en ses éludes, et qui rayonne dans certains de ses tableaux comme au-dessus de l'Eurotas le soleil toujours étincelant de l'éternellement jeune Attique^