LA FONTAINE ET GUSTAVE DORÉ
Il faut bien que quelques-uns « aient de la chance » pour tant d'autres qui n'en ont pas.
Parlez de Gustave Doré à iin peintre, il vous dira qu'il n'a jamais fait un tableau; — à un dessinateur» il vous prouvera qu'il ne sait point dessiner. C'est aller trop loin. II faut reconnaître au jev/ne maître une grande assurance de crayon, un entrain inouï, une prodigieuse faculté de production, une audace souvent heureuse, un tempérament du premier ordre — toutes choses que l'on n'acquiert pas, et qu'on ne rencontre point chez le premier venu.
Ce que je lui reproche, c'est le sans-gêne avec lequel il traite les gens de génie qu'il prend sous sa protection et qui eussent été bien s^ises, les pauvres malheureux grands hommes I — de recevoir le dixième des acclamations que l'on prodigue à leur illustrateur,
M. Doré se vante de tout dédaigner, livres et journaux, de tout puiser dans sa vaste imagination, de tout inventer, de tout créer. Il le croit, et le fait croire aux autres qui, le répétant, en persuadent le public. Aujourd'hui, toute œuvre remarquable a besoin de M. Doré pour se présenter décemment devant le monde. On ne dit plus l'Enfer de Dante, on dit le Dante de Doré y comme on dit le Cervantes de Dori^ YAtala de Doré. Ce Dante de Doré I Des amoncellements de musculatures, des pastiches de Michel-Ange, les étemels effets à l'estompe ! Rien du texte, de l'esprit du livre, rien du caractère du poème.
Il y a en Italie, à Orvieto, une petite église qu'un ami de Dante, Luca Signorelli, peignit à fresques tout entière et qu'il couvrit, du hauX en bas, des scènes de la Divine Comédie. C'est là vraiment la traduction du Dante ; le peintre, cette fois, s'est inspiré du poète, a matérialisé sa pensée, l'a rendue visible et palpable. M. Doré n'avait qu'à f^ire le voyage d'Italie pour voir
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ce chef»d'œttfrei pour l'étudier^ pour s'en rapprocher peut-être. Mais M. Doré dédaigne l'éludei M. Doré ne date que de lui; ti$ bore ferait volonlierg un aulo- Aà'ïi de Rembrandt el de Rubens et des Flamands el des itaiiensi gens qu'il regarde coinme inutiles.
Lorsqu'il dut peindre pour le musée de Versailles celte étrange bataille d'Inkermanni noire et rouge eomme un homard qui ne serait suit que par tuoi' tié| on lui C9nseiila de se rendre en Grimée, d'éla-^ dier sur les lieux mêmes le ehamp de bataille et la nature :
— La nature ? rëpondit-ih Qu*est-ee que c'est que ça» la nature?
On lui parlait un jour de la Monna Lisa^ de eette tetriblé et séduisante Joconde du Vincii et M. Doré, en manière de plaisanterie, demandait où se trouvait cette merveille : — « Au Louvre, » lui dit-on. — Le maître répondit : Je ne tuis jamais ailé au Leuvre.
Ôd ie voit bien ^
I)ècembre 1866.
1. Comme tous les articles de polémique courante, cet article a fcbn ))étit ebin d'ibjusti'oé. l'àinié la t^ohiaine & la folié. Eu le voyant défigura^ J*avkls écrit ces lignée bèinttid j'eusse poussé uii brl. Mais, }e te Reconnais j M. Doré, malgré. ti^us sesdéflUtsi aasstts de Qualités pour être salué comiae un maître.