‹ Peintres et sculpteurs contemporainsChapitre 44 sur 151 · M, EDOUARD DE BEAUMONT · texte numérisé non relu

M, EDOUARD DE BEAUMONT

H. de Beaumont n'était connu, il y a quelques années, que par d'amusantes silhouettes féminines de lithographies données au Charivari et des < cartes de menxAs et de visites^ » gentilles aquarelles imprp*. visées, au jour de l'an, pour les magasins de Susse; Il y a trois ou quatre ans, M. de Beaumont, modernisant la peinture de Gustave Moreau, exposa un Sphinx qui n'était point fsans qualités, et qui nous montrait les humains déchirés par des ongles féminins et roses; en 1870, il donnait une ou deux odalisques en déshabillé enlevées par des pirates orientaux, et ce petit art affriolant ne déplaisait pas à une partie du puhlic.

Aujourd'hui, M. de Beaumont va plus loin, et décidément il prétend faire école d'art erotique. Le tahleautln qu'il intitule Suite d'une armée^ appartient à ce genre particulier de productions qui, en littérature, nous a donné le roman obscène, en art dramatique la pièce à femmes, en peinture les grivoiseries du dixhuitième siècle. Des retires, séparés par une petite rivière d'un groupe de ribaudes, regardent de loin les femmes s'habiller et se déshabiller sur l'herbe, au pied d'un pommier en fleurs et devant les saules reverdis/tandis qu'un grand coq, témoin de ce décolletage, jette dans l'air printanier sa note claire et hardie», Je ne sais rien de plus faux, de plus lustré, de plus léché, de plus petit, de plus mesquin que cette peinture pornographique, bonne à émoustiller les vieillards.

1. Beaumont (Charles Edouard de), né à Lannion (Côtes-du-Nord), élève de Boisselier.

MédaiUé en 1870.

Qu'est-ce que cette scène de maquillage , ces ribaudes de la rue Bréda, ces reltres d'opéra-comique, ces costumes d'Albrecht Durer sortant de l'atelier de mascarade de Mme Delphine Baron? Une fillette nuQ change prestement de chemise, derrière un étendard du soie jaune avec Taigle noir de Tempire germanique. Une autre moqtre au public une cambrure de première danseuse revêtue du costume collant, et couverte du pourpoint à crevés des guerriers de Faust. Une vieille femme, pareille à la duègne de Gœthe et la meilleure figure du tableau, tend à une fillette un paquet de cheveux d'un blond tendre qui sortent du magasin du perruquier à là mode. Une fille se vautre sur un tas d'armures. Suite d'une armie^ dit M. de Beanmont. Et de quelle armée? Cette peinture lascive, cette gravelure soyeuse, avec ses chignons, ses chairs, ses rondeurs, ses épidermes d'ivoire, ses polissonneries élégantes, représente tout au plus une répétition générale d'une opérette des Variétés au moment d'un changement de costume. G*est l'art le plus affreux que je connaisse, ce petit art capiteux, sénile, alléchant, débauché qui attire les curieux et repousse les connaisseurs. Et M. de Beaumont, qui a peint ce ciel gris et brouillé, ces tons bleus de vêtements, ces armures, a cependant des qualités habiles, trop habiles. Ses coquetteries tournent trop facilement au prurit, et il aura mérité, après avoir pu être une sorte de Gavarni séduisant, d'être appelé le Gompte-Calix de la gravelure.

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