M. DESGOFFE
M. Biaise Desgoffe, qui a eu pour maître M. Fiandrin, qu'on ne saurait lui reprocher d'avoir imité, s'est constitué, dans l'art contemporain, une place à part, où il est souvnrain absolu. M. Desgoffe règne sur les buis, les émaux et le cristal de roche.
Il est maître dans l'art de faire reluire ie^ agates, de rincer les verres et d'essuyer les marbres. Les réchauds en vermeil, ses coupes en onyx, ses aiguières en sardoine sont des chefs-d'œuvre de reproduction absolue. Benvenuto cisèle et M. Desgoffe photographie. Il nous rend, avec un soin minutieux, les objets d'art les plus difficiles à représenter : il leur donne même, au besoin, le reflet, la lumière, et pas un ne trouverait comme lui le moyen de faire se mirer l'image d'une fenêtre dans un verre de Venise.
Est-ce bien là de l'art? A coup sûr, un art étonnant et un art utile. Grâce à M. Desgoffe, on peut briser une coupe bu un vase; s'il les a peints, ils ne seront point perdus. On les retrouvera toujours dans ses tableaux. Pour un art aussi particulier, j'imagine qu'il faut un tempérament spécial, une patience de Chinois ou de bénédictin. Que de peines et que de sueurs pour rendre ainsi les menus détails d'un meuble, d'un bijou, d'un fruit, d'une sculpture ! C'est de la peinture au ïnètre, dont il semble qu'on ne puisse peindre qu'un millimè*
1. Desgoffe (Biaise- Alexandre), né à Paris. Élève de f'iandrîn. Il s'est particulièrement appliqué aux peintures de nature morte et à la reproduction minutieusement exacte des objets d'art et d'ameublement.
Il a obtenu une médaille de troisième classe en 1847| deux de deuxième classe, en 1843 et 1848, une de première classe en 1845 et un rappel en 1857. Il a été décoré en 1857.
tre par jour. M Desgoffe arrache des cris d'admiration à la foule, et des sourires de stupéfaction aux artistes. Il a peint, pour le Salon de 1872, divers objets exposés au Louvre : le casque du roi Henri lY, un pot d'ivoire du seizième siècle, une statuette en buis de Jean de llologne, etc. , etc., le tout entremêlé de raisins et de pêches, et reposant sur une étoffe brodée d'or. Gomme toujours , cela est prodigieux de fini. C'est léché, pignoché admirablement. Gela effraye comme le spectre même de ces objets : on prendrait le tableau pour une glace où se reflètent les fruits et les bibelots.
Tout cela d'ailleurs est peint de la même façon; tout cela est luisant, savonné, vitrifié. Les pêches et les prunes sont en marbre , le casque est trop poli et semble du verre, les noix ouvertes sont en agate, Igs feuilles de vigne sont en émail et viennent non d'un cep, mais de chez un bijoutier. Ges raisins, ces pêches ressemblent à ces fruits de cire qu'on expose à la devanture des parfumeurs.
Ce qui est stupéfiant, c'est la broderie d'or du tapis ; on compterait littéralement les coups d'aiguille de Touvrière, et par conséquent les coups de pinceau de TouTrier. Un prodige encore, c'est le coup de lumière sur les seins et le nombril de la statuette de Jean de Bologne. On est abasourdi, sinon charmé, et l'on garde tout au moins au peintre de l'estime, sinon de l'admiration
Mais que prouve tout le talent, toute la patience, toute la science dépensés à ces choses mortes? tJn fruit peint par Philippe Rousseau, et un poisson peint par YoUon représentent encore la vie, la nature, mais le l)ric àbrac admirable de M. Desgoffe me laisse particulièrement froid. M. Biaise Desgoffe est le conservateur des gemmes et des agates^ mais il n'en est pas le peintre.