M. EDOUARD MANET
M. Manet est né à Paris en 1833, Il n'a donc point la quarantaine. Élégant, bien pris, le visage singulière^ ment expressif, avec une barbe rousse aux moustaches en croc, il a dans sa tenue^ dans sa conversation et dans son esprit toutes les corrections qui semblent manquer à sa peinture. Chose bizarre, il est élève de M. Thomas Couture. Le croirait-on ? On a voulu retrouver dans son Buveur d'abHnthe quelques-uns des procédés du maître.
Mais, dès ce tableau, qui date de ses débuts (1860), M. Manet était tout à &it personnel, ou plutôt tout à
1. Manet (Edouard)^ né à Paris, en 1833. Élève de Thomas Couture. Il peignit, en 1860, le Buveur d'absinthe; eu 1861 y un Guitarero; en 1863, il eiposa au Salon des rtfuséSj ouvert par exception, plusieurs toiles, notamment le Déjev/Mt sur V herbe. Admis aux salons de 1864 et de 1865, il donna le Christel les Anges, un Combat de taureaux f Jésus insulté par les soldats j Olympia. En 1866, toutes ses œuvres furent repoussées et il fit Tannée suivante une exposition particulière. Il a expose en 1870 le portrait de Mlle Eva Ooaulès, et en 1872, le Combat du Kerseage et de VAlabama, marinç.
fait naturalisé espagnol. Son véritable maître est Goya. Quelques-unes des pochades de FAragonais semblent des fantaisies du Parisien. Ajoutez-y une certaine étude de Yelasquez, mais un soin égal à s'éloigner des élégances du mattre. Mais au-dessus des qualités acquises, le tempérament, la recherdie de Toriginalité, une vision souvent prodigieuse de la nature, un pinceau vigoureux, hardi, plein de crftnerie et de volonté, tel m'apparatt M. Edouard Hanet, dont les toreros et les racleurs de guitares pourraient figurer sans doute auprès des Goya les plus vivants.
M. Manet a évidemment un parti pris d'étonner les gens et de tirer un coup de revolver à l'oreille des badauds. Tantôt il groupe dans un déjeuner sur l'herbe des jeunes gens costumés de vêtements modernes et des femmes absolument nues , tantôt il peint une étrange et verdâtre courtisane, son Olympia^ en posant, comme une gageure, le chat noir d'Hoffmann au pied du lit. Ûe sont des façons de concevoir la peinture qui ne m'entrent point dans le cerveau, ni même dans les yeux, quoique je ne méconnaisse point les qualités de brosse et de pâte de l'artiste. Mais je demande volontiers une composition, un ensemble quelconque. Passons.
M. Manet entend seulement être un peintre, c'est-àdire un manieur de pinceau habile, et, à ce titre, je ne puis que répondre qu'il a raison de vouloir être cela. Son GuUarero du Salon de 1861 est demeuré un fort beau morceau de peinture ; le Buveur cC absinthe dont je parlais tout à l'heure est une des études les plas effroyablement saisissantes de la jeune écolo réaliste. Il y avait, dans la salle particulière que Durand Ruel affectait dernièrement à l'œuvre de Manet, un toréador debout, une espada^ si je m'en souviens, d'une contenance toute castillane et d'une vigoureuse couleur.
HâiSy encore un coupi ce sont là des morceaux de peinture et non des tableaux .
Ge n'est pas davantage un tableau que le Combat du Kearseageet de VAlhama qu'expose, cette année, M. Manet. M. Manet a été marin, mousse, novice, dans son jeune temps. On ne le dirait pas en regardant sa m^arvMj où la perspective devient traitée un peu trop à la façon japonaise. J'étais justement à Cherbourg au moment du combat que voici, et le tableau de M. Manet ne m'en rend point le côté dramatique. Des spectateuiiis, placés sur une barque, regardent au loin les deux vapeurs se canonner. Une coque de navire, d'un brun vert, un bout de ciel, des .flocons de fumée, et c'est la bataille! L'eau est noire, épaisse, admirablement peinte d'ailleurs. Il y a toujours là les qualités matérielles de M. Manet, les qualités de brçsse, mais vraiment on ne peut prendre cela pour une toile, et Ton était en droit d'attendre mieux d'un homme jeune, vigoureux, qui n'avait point exposé depuis deux années.
M. Manet était, durant le siège de Paris, artilleur auxiliaire, puis, comme plus d'un autre peintre, officier d'état-major de la garde nationale, dont H. Meissonier était commandant. Que n'a-t-il, puisqu'il tient aux réalités sombres, appliqué son pinceau à reproduire les scènes de ces heures d'hiver, les ciels bas, les joum boueux, les nuits de garde, les crépuscules striés da coups de feu,' et les levers de soleil avec les collines neigeuses et bossuées de cadavres î
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